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Toshiba a-t-il trouvé la vraie recette de l’open innovation ?

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Toshiba a-t-il trouvé la vraie recette de l’open innovation ?

La France, terre d’open innovation ? Pour Toshiba et ses PME innovantes partenaires, pas de doute. Une exception culturelle française ou japonaise ? Ni l’un, ni l’autre. Juste une histoire d’homme.

L’open innovation, il y a ceux qui en parlent et ceux qui la mettent en pratique. Toshiba France fait partie des seconds. Une espèce rare en France (mais pas seulement). Un cas d’autant plus exceptionnel que, là où les grands groupes français en sont encore à créer des fonds d’investissement, des incubateurs et à multiplier les partenariats de… R&D, Toshiba signe des contrats commerciaux avec des PME innovantes. Oh, pas cinquante. Ce 27 mars 2013, Toshiba France a présenté 5 partenariats effectifs avec 4 start-up françaises (Avob, Ijenko, Isidore, Eukles) et une entreprise japonaise, Pilot. Si ce dernier cas a, comme on peut l’imaginer, été piloté depuis le Japon, les 4 autres sont des exceptions françaises pour la firme japonaise, mais à retombée mondiale. Explications.

La division Toshiba France est en fait le laboratoire "open innovation" du groupe. Mais pas à cause d’une décision centralisée. Non. C’est dû autant à un concours de circonstance qu’à la motivation d’un homme, Philippe Delahaye, président de Toshiba France. C’est d’ailleurs lui qui raconte. "L’open innovation, ça marche. Aujourd’hui c’est reconnu par nos dirigeants au Japon. Mais, au départ ce n’était pas évident ! On a débuté dans cette stratégie en 2008 par un partenariat avec WizTV, pour insérer le partage d’écran sur nos télés connectées. Aujourd’hui la PME travaille en liaison directe avec le siège social pour continuer le développement sur toutes les TV connectées." Et tout le monde y gagne. La PME n’a pas été dépouillée de sa technologie. Toshiba profite d’une technologie de classe internationale et d’une équipe motivée. Du vrai gagnant-gagnant.

Pourquoi donc s’arrêter là ? 70 % des produits de Toshiba sont connectables. Or, explique Philippe Delahaye, "nous avons compris très vite qu’il était plus intelligent (smart) d’ajouter des services en ligne plutôt que de les embarquer dans nos produits". Et pourquoi développer ces services, s’ils existent déjà ? Pour autant, aucune démarche formelle n’a été mise en place pour porter cette stratégie d’open innovation. "Pour trouver des partenaires potentiels pour la maison connectée, la ville intelligente, l’efficacité énergétique, on a écouté le réseau, un revendeur, un client, qui a entendu parler d’une start-up, d’une technologie, qui pourrait nous intéresser." La modestie, le respect et surtout les échanges humains ont fait le reste. Jusqu’au contrat, que la start-up souhaite rester en marque blanche (comme Ijenko), sous marque Toshiba (comme avec Avob) ou sous sa marque, comme E-sidor. " Nous vendons des licences et du support à Toshiba, qui s’occupe de commercialiser notre solution auprès des collectivités avec son matériel ", raconte Frédéric Freund PDG d’Isidor (interfaces internet intuitive et conviviale pour seniors).

Si besoin Toshiba va même aller jusqu’à déposer un brevet en co-invention avec une start-up française. "Cela protège aussi ses intérêts", explique Philippe Delahaye. Pour lui, de toute façon, "il ne faut pas étouffer les start-up, mais respecter leurs droits et avancer ensemble sans beau discours, mais en faisant ce que l’on dit. Cela fait du bien de les valoriser. Tout seuls, ils sont trop petits". Un discours sincère, qu’il demande à ses équipes de mettre en pratique. Un de ses collaborateurs glisse même que c’est lui qui porte toute la démarche et insuffle cette dynamique vertueuse de protection des PME et d’échanges.

Et si ça marche, c’est peut-être justement parce que la démarche n’est pas structurée. "Chaque responsable de division va avoir sa propre approche, rencontrer des entreprises, décider ou non d'aller plus loin", explique Philippe Hartmanshenn, directeur général de Cloud & Solutions Division chez Toshiba Systèmes France. Pour lui, c’est possible parce que Toshiba a gardé une culture de PME. "Structurer l’open innovation n’est pas souhaitable. Cela tuerait ce qui la fait vivre : la relation très humaine".

Le dialogue, l’échange, n’est pas le seul atout de Toshiba. "Quand on veut construire un partenariat avec Toshiba, il faut y aller. Pas d’inquiétude sur la propriété industrielle. Une des spécificités de la culture japonaise, c’est la construction dans la durée d’un lien de confiance", explique Serge Subiron, PDG de Ijenko (services de gestion de l’énergie pour le marché résidentiel.). Chez Toshiba il a même rencontré un élément culturel, le Namawashi, qu’il n’avait croisé nulle part ailleurs. "C’est une construction du consensus pas à pas. C’est long. Mais on connaît les règles."

Après avoir pris le temps de construire la relation, reste à valider l’approche auprès des clients. La commercialisation des nouveaux services de Toshiba démarre, en France mais aussi à l’étranger, pour certains. "Avec les partenariats que nous avons noués, nous avons des solutions de classe mondiale. C’est ce qui nous a encouragés à continuer dans cette voie", résume Philippe Delahaye. Le marché dira si c’était la bonne.

Aurélie Barbaux

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