Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Trump s’en prend au H-1B, le visa indispensable à l'écosystème de la Silicon Valley

Twitter Facebook Linkedin Google + Email
×

Donald Trump poursuit sa valse des décrets. Nouvelle cible : le programme de visas H-1B, très prisé des entreprises de la Silicon Valley pour embaucher des ingénieurs qualifiés.

Trump s’en prend au H-1B, le visa indispensable à l'écosystème de la Silicon Valley
Trump s’en prend au H-1B, le visa indispensable à l'écosystème de la Silicon Valley © Flickr - CC

199 000. C’est le nombre de demandes de visa H-1B reçues par l’US Citizenship and Immigration Services (USCIS) début avril (durant les quatre jours d’ouverture de la procédure). "Nous observons une baisse par rapport à l’année précédente où nous avions enregistré 236 000 dossiers", indique l’USCIS.

 

Le 1er octobre prochain, seuls 85 000 postulants recevront un visa. C’est-à-dire moins d’un candidat sur deux. Le visa H-1B offre une autorisation de travail de trois ans (renouvelable une fois) à ses bénéficiaires. Pour l’obtenir, il faut une entreprise qui le sponsorise et un peu (beaucoup) de chance. Car ce type de visa est soumis à une loterie depuis quatre ans.

 

Le sésame de la vallée

Le précieux sésame n’est pas réservé exclusivement aux entreprises de la tech mais celles-ci en dépendent beaucoup. Que ça soit les géants de la vallée ou même les start-up, les boîtes du numérique sont toutes confrontées au même problème : la pénurie d’ingénieurs. Ce qui les pousse à se tourner vers des salariés étrangers qualifiés.

 

Au 31 décembre 2016, Facebook comptabilisait 3339 employés sous visa H-1B, pour 17 048 salariés au total, soit quasiment 20 % de ses effectifs. "La majorité des employeurs qui passent par le programme H-1B le font honnêtement, parce qu’ils ont besoin de compétences et de talents bien particuliers", souligne Paul Bertoni, avocat spécialisé en Droit de l’immigration à San Francisco.

 

Restreindre l'accès au visa H-1B

Mardi, dans une usine du Wisconsin, Donald Trump a signé un décret au titre sans équivoque : "Achetez américain, embauchez américain". Selon lui, le H-1B "est attribué sans aucun contrôle et ce n'est pas normal". Avec cette réforme, le milliardaire veut faire en sorte que ce programme de visa "revienne à son objectif initial : donner des visas aux postulants les plus diplômés sur les postes les mieux payés".

 

L’administration Trump n’a pas dit explicitement vouloir réduire le nombre de visas octroyés chaque année. L’objectif semble plutôt d’en restreindre l’accès en le réservant à des salariés jugés plus qualifiés et à une main d’oeuvre coûteuse pour ne pas concurrencer les travailleurs américains.

 

Paul Bertoni rappelle que l’objectif du H-1B "n’est pas de remplacer les travailleurs américains. Au contraire, les entreprises américaines utilisent ce visa pour avoir accès aux qualifications des travailleurs étrangers - diplômés d’universités américaines pour la plupart - en complément de la main d’oeuvre américaine." Il ajoute que ces travailleurs étrangers "profitent grandement à l’économie américaine" et que "le taux de chômage des professions qui ont recours au H-1B est très faible par rapport au nombre de demandeurs d’emploi sur le plan national".

 

Renforcement des contrôles

En signant ce décret, Donald Trump entend "lutter contre la fraude et les abus". À ce sujet l’USCIS a annoncé, début avril, un renforcement des contrôles afin d’identifier les employeurs qui "abusent du système". Cela se traduit par des visites inopinées dans les entreprises.

 

Le genre de contrôle aléatoire dont Maurin Lenglart, ingénieur dans une start-up de data analytics, a fait l’objet en début de semaine. "Une personne mandatée par le Congrès est entrée dans les locaux, il a montré son badge et a demandé à me parler, explique le Français titulaire d’un H-1B depuis un an et demi. Son objectif était de savoir si j’étais un vrai employé de la boîte, si je faisais un travail réellement qualifié et si j’étais exploité." L’inspecteur a ensuite expliqué à cet ingénieur de 26 ans que le contrôle était anonyme et que le but du Congrès était d’établir des statistiques sur le programme de H-1B afin d’évaluer les abus éventuels.

 

Marge de manoeuvre limitée

Du côté des procédures en cours, c’est le flou artistique. Pour Antoine Rivière, postulant au programme H-1B cette année et développeur à SLIVER.tv, une start-up basée à Cupertino, "le processus reste obscur, on ne sait pas vraiment ce qu’il va se passer avec Trump."

 

Mais en pratique, la marge de manoeuvre de Donald Trump reste limitée car seul le Congrès peut réformer le programme. "Cet ordre exécutif ne devrait pas avoir d’impact immédiat sur les visas H-1B. La modification du programme nécessite la mise en place de mesures législatives qui prennent du temps", précise l’avocat Paul Bertoni.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

media

Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l'utilisation des cookies.OK

En savoir plus
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale