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Un internet européen, une solution pour garantir la protection des données ? Rien n'est moins sûr...

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La proposition d'Angela Merkel  de créer un "réseau de communications électroniques européen" relance le débat sur la localisation des données. Pour l'analyste Daniel Castro, membre du think-tank "Information technology and innovation formation", le rapatriement des données sur le vieux continent ne garantit pas leur sûreté.

Un internet européen, une solution pour garantir la protection des données ? Rien n'est moins sûr...
Un internet européen, une solution pour garantir la protection des données ? Rien n'est moins sûr... © Wesleynitsckie - Flickr - C.C.

Un "Euronet" comme alternative à Internet : le concept doit être discuté par Angela Merkel et François Hollande ce 19 février lors d'un conseil des ministres franco-allemand. Les deux pays semblent sur la même ligne concernant ce projet de "réseau de communications électroniques européen", dont les contours sont encore flous mais qui éviterait que les données personnelles des Européens transitent par les Etats-Unis. "Nous allons parler des fournisseurs d'accès à internet européens qui offrent de la sécurité pour nos citoyens, pour que personne n'ait à envoyer des mails et d'autres informations de l'autre côté de l'Atlantique" a déclaré la chancelière lors de son podcast hebdomadaire, le 15 février.

la nationalisation des données, une "fausse promesse" ?

En filigrane se pose la question de la localisation des données. La France et l'Allemagne souhaiteraient contraindre les géants du net à héberger leurs données dans le pays de résidence des utilisateurs. Pour Daniel Castro, l'auteur d'un rapport titré "Les fausses promesses de la nationalisation des données" paru en décembre 2013, ce n'est pas forcément la réponse ultime aux problèmes de sécurité. "L'idée que les données doivent être hébergées 'à domicile' pour garantir leur sécurité est fausse", tranche l'analyste au sein de l'Itif (Information technology and innovation formation, un think tank basé à Washington). "La sécurité des données ne dépend pas de l'endroit où elles sont hébergées, mais des mesures prises pour les stocker de façon sûre. Les mesures de sécurité peuvent être faibles ou fortes dans un pays étranger, et faibles ou fortes dans leur propre pays".

faire émerger des acteurs européens performants

Axer le débat sur la localisation des données, c'est donc traiter une partie de la question seulement, selon le spécialiste. D'autant plus que rien n'indique que les utilisateurs préfèreraient un hypothétique "Euronet" bâti par les champions du continent plutôt qu'un Internet mondial. "Dans sa logique, Angela Merkel devrait convaincre les Allemands d'utiliser des services mail allemands. Or, les utilisateurs choisissent une technologie sur la base de son efficacité, pas en fonction de sa nationalité. Les Allemands, et plus largement les Européens, doivent bâtir des services mails qui surpassent leurs concurrents sur le marché en termes de coût, de qualité et de simplicité d'utilisation. C'est une tâche gigantesque et complexe. Et il faudrait faire la même chose pour tous les services générant de la donnée : messagerie instantanée, stockage de fichiers, etc."

la carotte et le bâton

Obliger les groupes étrangers à héberger leurs données en Europe, "ça reviendrait à bannir certains services" ajoute Daniel Castro. "Cela permettrait d'atteindre le but escompté, mais aurait des conséquences néfastes pour les entreprises du continent qui voudraient accéder aux meilleures technologies, qui bien souvent ne sont pas européennes". Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pas sûr, d'autant plus que la menace vient autant des Européens eux-mêmes que des Américains...

Sylvain Arnulf

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