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2015, l'année ou Uber a accouché d'un inquiétant nom commun : ubérisation

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Innovation perpétuelle, admiration de ses pairs, bris des règles établies, transformation de l’économie, transformation du travail... Uber est à la fois le mouton noir du numérique, le nom de la transformation de l’économie et le symbole de tous les bouleversements. Au point qu’ils ont pris son nom : uberisation.

2015, l'année ou Uber a accouché d'un inquiétant nom commun : ubérisation
2015, l'année ou Uber a accouché d'un inquiétant nom commun : ubérisation © Emmanuelle Delsol

2015 l’année de Star Wars épisode VII ? Certes, mais cette année, la force numérique aussi s’est régulièrement manifestée du côté obscure. Et pour prolonger un peu la métaphore, dans la Silicon Valley, Dark Vador serait plutôt petit, parlerait d’une voix normale et préfèrerait le costume à l’armure. Travis Kalanick dirige Uber. Et pas de doute, son entreprise a agité l’actualité toute l’année.

 

L’innovation permanente

Commençons néanmoins par ce qui ne fache pas. Ou pas trop, du moins. En 2015, Uber a continué de déployer des trésors d’innovation. Au point de déclencher l’admiration pour l’ensemble de son œuvre, de certains de ses aînés, comme Salesforce et son patron Mark Benioff. Au point de tenter les plus grands, comme Facebook qui, pour développer son app de plus en plus cruciale Messenger, y propose désormais directement les services d’Uber. Le Californien a aussi testé de nouvelles idées comme UberCopter à Cannes, la livraison de sapin pour la deuxième année ou le plus stratégique Uber Eats. Autant de services nés dans son bien-nommé département Uber Everything


De bruit et de fureur

Uber agite le numérique avec son innovation permanente. Mais c’est aussi – surtout ? – la colère qu’il déclenche sur son passage qui fait parler de lui. Celle des taxis, bien sûr, en priorité. Celle de ses chauffeurs, ensuite. Celle des gouvernements, aussi. Non qu’Uber soit pire que ses confrères du numérique. Il n’est qu’une des nombreuses entreprises à adopter une certaine agilité fiscale dans les pays où il exerce.

 

Il n’est aussi qu'une des nombreuses entreprises du numérique qui profitent des arcanes du droit pour contourner les difficultés, qui poussent le bouchon jusqu’à ce que les autorités locales ne puissent plus le supporter et rentrent finalement dans le rang, autant que possible et qui roulent allègrement sur le droit du travail et profitent des travailleurs des plates-formes

 

Simplement, Uber, lui, se jette tête la première dans toutes les arènes sans s’occuper ni des obstacles que sont les règles établies de longue date, ni de son image…  Et les habitants de San Francisco qui s’en prennent aux méthodes de AirBnB en affichant des pancartes de protestation à leurs fenêtres font bien moins de bruit – littéralement –  que les centaines de taxis parisiens qui bloquent la Capitale et brûlent des pneus sur le périphérique. Ou – moins littéralement – que les dirigeants français d’Uber emprisonnés pour avoir refusé de fermer leur service UberPop, jugé illégal.


Uber est ainsi entré frontalement en collision avec le monde bien réel des taxis dont il veut casser le modèle sans prendre de gants. Et est devenu le vilain petit canard de la Silicon Valley. Même ses chauffeurs américains ont lancé une action de classe à son encontre. Toujours aussi peu enclin à calmer le jeu, face à de telles actions qui le contrarient, il a tout simplement décidé de leur interdire de le poursuivre en justice ! Décision prise sans doute par son nouveau conseiller juridique. David Plouffe, conseiller en chef d’Uber et ancien conseiller du président Barack Obama…

 

En France, après une année émaillée d’affrontements avec la justice, le gouvernement et les membres de son propre site, il a même été à l’origine d’une première mondiale dont il se serait surement passé : la création d’un syndicat de chauffeurs Uber.

 

Uberisation à tous les étages

Mais les méthodes d’Uber ont aussi fait de lui un symbole de la transformation numérique de l’économie. Au point que son nom en est devenu synonyme. Un nom propre substantivé pour désigner directement la menace que tous les modèles de plates-formes font peser sur les anciens modèles d’entreprise. Et l'uberisation fut.

 

Le mot – même de plus en plus mal compris et galvaudé – fait trembler. Pour l’économie traditionnelle, il traduit l’impérieuse nécessité de se transformer pour faire face à la nouvelle économie. Chez les taxis, naturellement, pour commencer. Mais dans des industries plus que centenaires aussi, comme l’automobile. Bousculée d’ailleurs jusque dans ses processus de production avec des acteurs nouveaux comme Local Motors ou France Craft Automobiles.

 

Des secteurs aussi proches du numérique que les télécoms sont eux aussi concernés comme le précisait Stéphane Richard, PDG d’Orange, en octobre 2015 à l’Usine digitale. D’autres domaines qui ont pu se croire à l’abri de par leur métier n’échappent pas non plus à la menace. Comme l’assurance, le voyage, et même l’agriculture

 

Uber uberise le travail

Mais l’uberisation porte doublement bien son nom quand on évoque plus globalement un sujet de transformation majeure : le travail. Et pour cause, Uber est bel et bien une de ces plates-formes qui échappent au droit du travail en faisant de ses chauffeurs des membres et non des employés. Au point que The Economist évoquait il y a presqu’un an déjà un tout nouveau capitalisme de plate-forme.

 

2015, année d’Uber. Mais gageons que le Californien n’a aucune intention de s’arrêter au 31 décembre et saura aussi faire sienne 2016.

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