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A Beersheva, Mounir Mahjoubi veut s’inspirer du modèle cybersécuritaire israélien

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Reportage Dernière étape de la visite en Israël du secrétaire d’Etat, Mounir Mahjoubi était jeudi à Beersheva dans le hub technologique réunissant multinationales, start-upers, investisseurs et universitaires. L’occasion de décrypter un modèle d’écosystème dont la France souhaite s’inspirer.

A Beersheva, Mounir Mahjoubi veut s’inspirer du modèle cybersécuritaire israélien
Mounir Mahjoubi avec Yoav Tzruya de JVP à Beersheva. © Anthony Lesme

"Chaque jour est une surprise”, s’émerveille Mounir Mahjoubi. Pour la dernière étape de son déplacement, le secrétaire d’Etat au numérique était le 7 septembre au sud d’Israël, au beau milieu du désert du Neguev.

 

De ce côté de Beersheva, il n’y avait rien, seulement des chameaux”, souligne Yoav Tzruya en pointant les nouveaux building flambants neuf du parc technologique ouvert en 2013. Cet associé de JVP, la plus importante société d’investissement israélienne en capital risque, emmène le secrétaire d’Etat faire le tour des lieux. “Regardez, ici, vous avez les bureaux gouvernementaux spécialisés dans la cybersécurité et le digital, là vous avez les multinationales, à peu près 40 sur le territoire et des dizaines de start-up. A moins d’un kilomètre, vous avez l’université. De l’autre côté, c’est encore vide mais des corps d’armée vont s’établir ici. A seulement 300 mètres, plus de 30 000 personnes vont venir travailler, notamment des unités intelligentes comme la fameuse unité 8200, vous connaissez non ?” Le secrétaire d’Etat acquiesce avec un sourire.

 

 

la force d'un cluster concentré

L’Unité 8200 est un véritable corps d’élite de l’intelligence israélienne, spécialisée dans les nouvelles technologies et notamment la cybersécurité. Selon une enquête récente du journal Le Temps, “on estime à 1000 le nombre de pépites lancées à ce jour par ses anciens agents secrets, version 2.0”. L’investisseur oublie de dire que le projet vient d’être suspendu par l’armée. Selon le quotidien économique israélien Globes Tsahal s’inquiète du peu d’empressement de la part du gouvernement dans la construction d’une ligne à grande vitesse reliant Tel-Aviv à Beersheva, une condition sine qua non pour le déplacement de deux corps d’armée dans cette région désertique. Le projet est tellement avancé qu’il verra très certainement le jour, reste à savoir quand. L’installation d’unités de Tsahal sera la dernière pièce d’un édifice riche et savamment construit.

 

Mounir Mahjoubi ne cache pas son admiration : “La géographie de ce lieu est incroyable. On retrouve au même endroit les entreprises, l’armée, une université de top niveau international, des investisseurs et un Etat très actif. C’est un type de clusters ici comme on a en France mais il faut qu’on retienne ce qui a bien fonctionné ici pour bien faire fonctionner les nôtres. Notamment en terme de fluidité.” “C’est un véritable modèle qu’on souhaite exporter”, acquiesce Yoav Tzruya, “La proximité géographique est un élément clef parce que si le hub était situé en dehors de la ville, tout serait trop loin pour tous les évènements. C’est pour ça que c’est important de tout concentrer pour attirer les compagnies, les travailleurs et les étudiants”.

 

Basé à Jérusalem et présent à Beersheva depuis 2013, le fond en capital-risque JVP s’est concentré sur les domaines touchant la cybersécurité et le traitement des données. Il a investi dans plus de 120 start-up, dont 11 dans le Neguev. Uniquement des financements à plus d’un million de dollars et souvent bien supérieurs. “L’Etat n’est pas très bon pour accomplir les programmes mais en revanche il peut les financer. Par exemple ici, pour le premier million de dollars investi, l’Etat nous prête la moitié. Et il sera payé en retour uniquement en cas de succès”, précise Yoav. Autre associée de JVP et directrice d’exploitation, Fiona Darmon, insiste sur l’importance des multinationales qui “recrutent, achètent et forment”. “Le modèle marche parce que les multinationales préservent leur activité en Israël. Les zones qui ont été développées apportent tellement en terme d’expertise, de recherche que c’est toujours intéressant pour les entreprises de rester ici. Les avantages fiscaux sont aussi un élément d’attraction. Par exemple, les sociétés qui cherchent des solutions en cybersécurité obtiennent 20% de baisses d’impôts, ici, sur ce campus.”

 

De sociétés françaises travaillent avec l'université Ben Gourion de Beesheva

Autre étape de la visite du secrétaire d’Etat, l’université Ben Gourion de Beersheva. Créé en 1969, cette université de 20 000 étudiants est bien le poumon et le pilier de ce hub. Partenaires d’Oxford, du Cern ou de l’université de Chicago, l’établissement israélien est reconnu pour ses recherches en greentech, en biologie mais aussi en informatique. Le gouvernement décide dans les années 2000 d’installer ses départements en création digitale mais aussi en cybersécurité. Une nouvelle impulsion qui pousse l’Université à développer ses unités de recherche en informatique. Responsable du département d’ingénierie informatique, le professeur Jihad El-Sana souligne que l’Université a créé ces dernières années “12 laboratoires spécialisés dans des matières comme l’ingénierie graphique, la vision par ordinateur, la robotique, la cryptographie, la géométrie. Nos étudiants peuvent se spécialiser dans le machine learning, le traitement des données, les jeux vidéos ou la cybersécurité”. Mounir Mahjoubi très à l’écoute rappelle “qu’il n’existe pas de structure équivalente en Europe.” “Un étudiant sur trois reste ici après son cursus, c’est important pour nous de puiser dans une main d’oeuvre bien formée”, relève Yoav Tzruya.

 

Un écosystème qui attire de plus en plus de Français, à Beersheva et ailleurs. Orange est l’un des partenaires de JVP ainsi que plusieurs autres grands groupes d’assurance, de banque d’investissement ou de grandes familles françaises dont le fonds d’investissement préfère taire les noms. “Ce qui est très intéressant, explique Fiona Darmon, c’est qu’ils cherchent des collaborations, avec un partage des compétences et des connaissances pour construire des projets communs.” Le rêve de Mahjoubi est peut-être déjà lancé, celui de “voir des sociétés israéliennes et françaises travailler ensemble pour conquérir le monde.”

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