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Au secours, les entreprises françaises ont oublié d’investir dans le numérique !

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France Stratégie vient de publier une note d'analyse sur les causes du retard français en matière de productivité. Surprise, elle n'évoque pas l'insupportable coût du travail, mais le manque d'investissement dans le numérique des entreprises tricolores. Parmi les causes mises en avant dans cette étude figurent notamment un tissu d'entreprises peu productives trop protégées qui ont fait des choix d'investissement peu judicieux, ainsi que des pratiques de management peu efficientes. La bonne nouvelle paradoxale de cette étude : les entreprises en ont sous le pied si elles migrent enfin vraiment vers le numérique...

Au secours, les entreprises françaises ont oublié d’investir dans le numérique !
Au secours, les entreprises françaises ont oublié d’investir dans le numérique ! © ChrisDag - Flickr - C.C

Alors que le débat économique sur la croissance se focalise sur le coût du travail et les 35 heures, une étude de France Stratégie évoque le rôle d’autres facteurs beaucoup moins évoqués. A commencer par l’incroyable retard des entreprises françaises en matière d’investissement dans le numérique. L’austère organisme d’études rattaché à Matignon pointe la structuration du tissu industriel composée de petites entreprises vieillissantes, peu aptes à saisir la vague du changement qui vient.

 

Mais repartons du début. Dans une note intitulée Comprendre le ralentissement de la productivité en France, France Stratégie dresse un constat sans appel : l’économie française a décroché en matière de productivité et ce n’est pas la crise de 2008 qui peut l’expliquer. Alors que durant la décennie 90, l’économie des Etats-Unis connaît un rebond de la productivité, l’économie française (comme d’autres en Europe à l’exception de la Suède) "a décroché des Etats-Unis et [n’a] toujours pas rattrapé le retard accumulé durant la période 1995 2005." A ce retard se sont ajoutés les effets de la crise de 2008, les entreprises n’ajustant pas immédiatement la main d’œuvre à la baisse observée de la production : plus de salariés qui produisent moins, c’est un décrochage de 8% par rapport à la période précédente.

 

Chéri, j'ai oublié d'investir dans le numérique 

France Stratégie, s’appuyant sur des solides travaux universitaires, montre alors que la source principale de cette baisse vient du retard pris par les entreprises françaises dans la numérisation : "En 2012, le stock de capital TIC français serait inférieur d’environ un quart au stock des Etats-Unis, à peu près au niveau des années 1980." Et les chiffres cités font hésiter entre l’effroi et les pleurs : seulement 17 % des entreprises françaises utilisent les réseaux sociaux pour la relation client.

 

A quoi est dû ce déficit d’investissement ? France Stratégie évacue l’idée d’un manque de moyens financiers qui expliquerait cette situation : "La France semble souffrir plus d’un problème de mal-investissement que de sous-investissement." Alors que tous les corporatismes semblent être réunis pour empêcher l’émergence de nouveaux secteurs économiques (pour le coup les syndicats de salariés et d’employeurs font jeu égal pour maintenir le statu quo), l’étude observe non sans paradoxe que le mal français vient d’un manque de destruction créatrice, soit la disparition de petites entreprises vieillissantes, peu modernes au bénéfice de grandes entreprises plus productives.

 

Les entreprises les moins productives trop protégées ?

Alors que les seules rigidités du droit du travail semblent aujourd’hui être l’alpha et l’oméga de la médiocrité économique française, France Stratégie rappelle d’autres facteurs de blocage : "Le dynamisme entrepreneurial d’une économie dépend aussi des barrières à la sortie qui peuvent protéger de manière excessive les entreprises en place", note prudemment France Stratégie avant d'en pointer certaines tout en reconnaissant qu’il existe aussi des "rigidités légales et réglementaires limitant le développement des entreprises les plus productives." On l'oublie mais pour qu'il y ait destruction créatrice, il faut des disparitions d'entreprises.

 

Faut-il se désoler de ce tableau noir ? Oui, si on regarde vers le passé. Non, si on choisit de se concentrer sur l’avenir. Ce retard numérique est finalement une bonne nouvelle. Si la France s’y met vraiment, elle possède un vrai réservoir de productivité du travail, donc de croissance et d’emplois à terme. "La plus grande diffusion des technologies numériques et la recomposition d’une partie du tissu productif pourrait assurer un rebond non négligeable des gains de productivité", assure le rapport.

 

Revoir les pratiques managériales pour améliorer les compétences

France Stratégie dresse la liste des trois pistes à suivre pour y arriver. Il faudrait d’abord renforcer les compétences des salariés, de sorte qu’ils soient capables de "s’adapter et de maîtriser ces nouveaux outils." L’étude pointe notamment la nécessité d’améliorer le management des entreprises, des études ayant montré un lien fort entre la qualité de l’encadrement et la productivité du travail.

 

Dans ce domaine, la France ne brille pas : "la littérature [scientifique] met en évidence que la qualité du management est meilleure dans les entreprises dont la structure actionnariale est diversifiée ou qui sont dirigées par des PDG indépendants du propriétaire historique. Or dans les comparaisons internationales, la France ressort comme un pays où le degré de contrôle familial des entreprises reste important", insiste France Stratégie.

 

A cela s’ajoute la nécessité d’aider les entreprises les plus innovantes. Cela passe par une révision de l’environnement réglementaire qui facilite la création d’entreprise mais facilite aussi la disparition des entreprises inefficaces. La productivité d’ensemble de l’économie est à ce prix.

 

En finir avec le marché dual du travail pour plus de mobilité

Enfin, les auteurs rappellent la nécessité de revoir le Code du travail, en assurant plus de flexibilité et de sécurité, l’un ne pouvant pas aller sans l’autre. France Stratégie rappelle que les Français restent en moyenne 11,4 années chez le même employeur, soit plus longtemps que dans la majorité des autres pays. La France a fait le choix de flexibiliser à la marge, en duellisant son marché du travail, avec d’un côté des salariés en CDI protégés et de l’autre les CDD. La solution passe par une meilleure flexisécurité pour tous. Le but serait d’inciter notamment les salariés les plus qualifiés à prendre des risques pour rejoindre des entreprises plus innovantes. Le manque de confiance dans l’avenir a aussi cet effet paradoxal : mêmes les plus aptes rechignent à changer d’emploi. Vous avez dit économie bloquée...

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