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Big Data : "Il faut réfléchir un cran plus loin", pour le patron d'Orange Healthcare

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Pour apprendre à tirer parti du big data dans la santé, le think thank "Healthcare Data Institute" vient d’être fondé par Orange et plusieurs partenaires, dont un grand laboratoire pharmaceutique. Thierry Zylberberg, le directeur d’Orange Healthcare, revient sur ses enjeux. 

Big Data : Il faut réfléchir un cran plus loin, pour le patron d'Orange Healthcare
Big Data : "Il faut réfléchir un cran plus loin", pour le patron d'Orange Healthcare

L'Usine Digitale - Pourquoi créer un think tank sur les Big data en santé ?

Thierry Zylberberg - Quand on pense big data, l’approche naïve consiste à se dire : nous n’avons qu’à mettre en place une gigantesque base de données de tout ce qu’on sait dans le domaine médical et lancer un supercalculateur qui répondrait à tout. Mais si vous ne savez pas ce que vous cherchez, vous ne trouverez pas grand-chose ! Car ce n’est pas si simple : lorsque le premier génome a été séquencé, on a réalisé que l’on n’avait pas beaucoup avancé car le degré de complexité est supérieur à ce que l’on imaginait.

Nous sommes convaincus que les big data sont un sujet essentiel, mais qu’il faut réfléchir un cran plus loin à comment s’en servir et en tirer de la valeur. D’où la création du "Healthcare Data Institute", qui regroupera des industriels et différentes parties prenantes comme Vitalia, le deuxième groupe d’hospitalisation privée en France, le cabinet d’avocat Desmarais, spécialisé dans la santé, une société d’informatique et un grand laboratoire pharmaceutique. Il s’agira de réfléchir à ce que pourrait être l’apport des technologies du big data à la santé.

Que pensez-vous de l’invasion des objets connectés?

Il y a une confusion entre deux domaines qui pour l’instant sont encore assez distincts : celui de la santé et celui du bien-être. Avec l’arrivée des objets connectés, on a perdu de vue cette distinction qui, pour moi, reste fondamentale. Si vous souffrez d’une maladie chronique et que vous avez besoin d’un suivi à distance, vous allez rentrer dans un parcours de soins avec des professionnels de santé. Le médecin vous prescrit un appareil médical dont les informations sont transmises selon un protocole médical. Il s’agit alors de données personnelles de santé, très réglementées en France comme dans d’autres pays.

Mais lorsqu’on choisit de s’équiper d’un tensiomètre connecté à de multiples applications par exemple, on franchit une muraille invisible pour entrer dans le domaine du bien-être, avec des données que vous produisez pour vous-mêmes : le nombre de pas que vous avez fait, la qualité de votre sommeil… Mais ce n’est pas médical.

C’est pourtant un marché que doit regarder Orange

Je ne nie pas qu’il y ait un marché mondial des objets connectés, mais les questions que tout le monde se pose sont : s’agit-il d’une vague durable ou d’une mode ? Comment peut-on en tirer de la valeur ? En ce qui me concerne, je cherche quelle est la chaîne de valeur qui permette à Orange de se positionner en se différenciant des autres acteurs. Un de nos atouts, c’est que les gens nous font plus confiance qu’à Google ou Facebook pour la sécurisation des données privées. 

Les pure players du numérique ne vous auraient donc pas détrôné en e-santé ?

Google fournit des interfaces très bien faites pour les objets connectés. Il vient aussi d’imaginer un système permettant, à partir d’une recherche sur un mot-clé, d’être mis en relation avec un médecin. Je pense que l’erreur fondamentale que commettent Google et d’autres, c’est d’imaginer que le monde de la santé est unique quel que soit le pays. Ce n’est pas le cas du tout ! Aux Etats-Unis, ce sont les assurances privées fournies par l’employeur qui règlent une visite chez le médecin. En France, c’est le tiers payant. En Angleterre, c’est l’Etat… Si on ne prend pas ces spécificités en compte, on ne crée pas de valeur pour les patients, les médecins et l’écosystème.

Chez Orange Healthcare, nous avons lancé au Cameroun au printemps un service d’information médicale, "My Healthline" : je pose une question sur un problème précis et un médecin ou une infirmière me répond. Comme c’est en Afrique et que la population dispose d’un budget très faible, nous le proposons par textos, légèrement surtaxés pour permettre au professionnel de santé de s’engager car il est rémunéré. Notre service dispose d’un véritable modèle économique. Il cumule plus de 1000 appels par semaine.

En France, le modèle économique de la e-santé peine toujours à émerger, vous-même l’avez souvent déploré…

Dans les faits, les choses ont bougé, même si ce n’est pas aussi vite qu’on le voudrait. Deux programmes ont été lancés par le gouvernement l’an dernier et commencent à se concrétiser. Le premier, "Territoires de soins numériques", avec beaucoup d’argent sur la table, consiste à expérimenter en grandeur réelle des parcours de soins numériques pour les patients afin de mettre en place de nouvelles pratiques. Cinq régions ont été sélectionnées par le gouvernement il y a un mois. A elles, maintenant, de lancer des appels d’offres. On devrait voir les premiers patients connectés avant 2015.

Le second est l’expérimentation de l’article 36 du PLFSS (budget de la Sécurité Sociale, ndlr) pour 2014, qui introduisait la possibilité dans certaines régions de mettre en place des rémunérations expérimentales pour traiter à distance des pathologies chroniques. Nous travaillons avec l’Agence régionale de santé de Bourgogne sur l’hypertension. On devrait dégager un modèle de rémunération pérenne.

Selon le cabinet Roland Berger, la clé pour réussir en e-santé est le partenariat. Etes-vous d’accord ?

Oui, et c’est que nous mettons en pratique. Pour le programme "Territoires de soins numériques", nous avons créé un consortium avec un intégrateur et d’autres acteurs aux métiers spécifiques que nous recruterons en fonction des appels d’offres. Alors que les pure players mondiaux n’ont pas le temps, l’énergie, la capacité de s’allier avec tel acteur de telle région. Or la santé est un domaine national, voire régional.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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1 commentaire

Drloicetienne

14/11/2014 00h02 - Drloicetienne

Tout à fait d'accord : dans les big datas il y a trop de bruit et pas assez de granularité pour en tirer quelque chose qui ait un sens au plan médical. C'est donc de smart datas dont il faut parler. Mais les smart datas ne peuvent être définies que grâce à une ontologie solide que seuls des systèmes experts structurés peuvent fournir. Vous avez dit "partenariat", cher Thierry ! Serait-ce un nouveauté dans la grande Maison Orange ? En tout cas, je n'ai jamais pu vous rencontrer sur ce sujet. Faites un petit tour sur e-docteur.com, et vous verrez ce que sont des smart datas. Bien à vous Dr Loïc Etienne Pdt Medical Intelligence Service

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