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Comment Emmaüs Connect travaille à l'indispensable insertion numérique des plus précaires

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Emmaüs Connect accompagne les plus précaires vers le numérique. Une démarche devenue essentielle pour l'insertion dans le travail et l'accès à de meilleures conditions de vie. Avec des services publics de plus en plus dématérialisés, l'association du mouvement de l'Abbé Pierre accélère en 2016 en développant ses propres services. A commencer par deux plates-formes, de e-learning et d'accès à l'emploi pour les jeunes.

Comment Emmaüs Connect travaille à l'indispensable insertion numérique des plus précaires
Comment Emmaüs Connect travaille à l'indispensable insertion numérique des plus précaires © Site Emmaus COnnect

Le 5 janvier, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du numérique, a nommé le point d’accueil Connexions Solidaires de Saint-Denis, "pôle référent de la médiation numérique pour les publics en situation de précarité". Cet espace est un des lieux ouverts par l'association Emmaüs Connect du mouvement fondé par l'Abbé Pierre pour accompagner les français les plus défavorisés vers le numérique. "Cette convention signée avec l'Etat établit une mission, un esprit, se félicite Margault Phélip, directrice adjointe de l'association membre du mouvement créé par l'Abbé Pierre. Mais c’est à nous de la transformer en un plan d’action pour un impact réel."

 

La moitié des français précaires perdus face au numérique

Un cinquième des français se sentirait encore en difficulté face au numérique, selon l'association. Et parmi les plus précaires, la proportion serait plus proche de la moitié. "C'est pourtant un formidable accélérateur pour l’insertion dans l’emploi, le logement, insiste Margault Phélip. Mais c'est aussi un moyen efficace d'améliorer les conditions de vie de ces populations précaires, en payant certains biens moins chers sur Le Bon Coin, par exemple, ou en économisant sur les télécommunications, avec l’étranger entre autres."

 

Emmaüs Connect est née en 2013, après trois années de préparation du projet. Depuis six ans, elle est présente auprès des plus défavorisés pour les sensibiliser et les accompagner vers le numérique sans jamais les contraindre ni les stigmatiser. Elle réalise sur le terrain des "diagnostics télécoms". Un outil d'évaluation des compétences, de l'équipement, du budget consacré au numérique ainsi que des attentes et des intérêts pour le sujet des personnes concernées. Elle a ainsi déjà accompagné 20000 personnes. "C’est bien, mais largement insuffisant, rappelle Margault Phélip. La cible, ce sont 5 millions de précaires sociaux et numériques!"

 

De plus en plus de services publics accessibles seulement enligne

Mais l'association souhaite accélérer sa mission sans réinventer la poudre ni mettre en place des dispositifs qu’elle n’a pas les moyens d’assumer. Comme l'explique sa directrice adjointe, à partir de 2016, la pression sera encore plus forte. De plus en plus de services publics ne seront désormais plus accessibles qu'en ligne. "C’est le cas pour la prime d’activité sur les bas salaires, l’inscription à Pôle emploi, et bientôt les déclarations de revenus et du RSA," précise Margault Phélips.

 

Depuis un ou deux ans, l’association cherche des leviers plus puissants pour se développer sur trois axes. Pour commencer, elle forme les travailleurs sociaux à identifier les personnes en situation de précarité numérique. Mais elle prend aussi appui sur les collectivités mais pas pour obtenir des subventions. Elle travaille avec elles sur des stratégies pensées autour des enjeux de la précarité numérique à l’échelle du territoire. "Nous avons commencé à élaborer un plan de diagnostic territorial sur l’inclusion numérique à Grenoble avec le soutien de la région Rhône-Alpes," raconte par exemple Margault Phélip.

 

Des services made in Emmaüs Connect

Enfin, dernier axe de développement et véritable défi pour 2016, Emmaüs Connect a décidé de sauter le pas et de développer ses propres services numériques dans le cadre d’une nouvelle association qui sera créée en février 2016. Les premiers seront deux plates-formes. Une pour l’emploi des jeunes, et une pour l’acquisition de compétences de base en e-learning pour les bénéficiaires du RSA.


Une plate-forme Clic-and-Job pour les plus jeunes

Clic-and-job, la première, ouvrira au mois d'avril afin d'accompagner les jeunes en difficulté d’insertion vers l’emploi, avec l'aide des professionnels des missions locales, qui s'occupent justement de l'emploi des jeunes. Emmaüs Connect a donc développé un site et un outil de recherche d’emploi extrêmement simples avec l’aide de l’Éducation Nationale. Une version bêta sera testée dès la fin janvier dans les missions locales de Lille, de Grenoble et de Paris, et à l’École de la deuxième chance à Paris. L’idée : démultiplier l’action de l’association et toucher un million de jeunes d’ici 3 ans. "Nous avons aussi réalisé une étude anthropologique sur les usages numériques des jeunes qui nous sert à tester les services auprès d’eux, poursuit Margault Phélip. Sans placer le niveau trop bas, on doit cependant absolument s’adapter à leurs usages. Pas de vidéos de plus de 3 minutes, pas de textes de plus de 10 lignes..."

 

La plate-forme de e-learning, elle, sera destinée à l’apprentissage de nouveaux métiers, dans le numérique. Comme toutes les associations du mouvement, Emmaüs Connect emploie des personnes en précarité. Sur 65 salariés, 40 sont des contrats d'avenir ou d'accompagnement vers l'emploi, qui sont formés aux métiers du social ou du numérique.


Des partenaires numériques

Emmaüs Connect travaille beaucoup avec les acteurs sociaux et les collectivités, mais aussi avec des entreprises publiques et privées. La SNCF ou EDF qui veulent dématérialiser leurs services, ou Cap Gemini Consulting qui travaille sur la dématérialisation des pouvoirs publics. L'association s’appuie aussi sur des entreprises du numérique et des télécoms. SFR donne ainsi des minutes de communication et des accès data. Huawei lui, met des clés 3G à disposition. Emmaüs Connect réfléchit aussi avec Orange et Bouygues Telecom, mais à une toute petite échelle, sur une gestion à l’amiable des impayés. Un sujet très sensible en particulier quand il s'agit d'étudier comment empêcher, comme l'évoque Axelle Lemaire, la "rupture de ligne".

 

Un enjeu social et de compétitivité

L'Etat français ne dispose d'aucune étude de l'impact d'une démarche de "connexion" des plus précaires. Emmaüs Connect le regrette estimant qu'il s'agit d'un enjeu social, mais aussi de compétitivité. D'autant que, comme le raconte sa directrice adjointe, la Grande-Bretagne, elle, a mené ce type d'enquête en 2012, pour un résultat étonnant. "11 millions de britanniques étaient alors considérés comme déconnectés, précise Margault Phélips. La Grande-Bretagne a calculé que les connecter ferait économiser quelque 80 milliards d’euros à l’Etat et que son PIB augmenterait d'autant. Ils ont aussi évalué à 1500 euros par an le gain de pouvoir d’achat de chaque personne défavorisée connectée !" Le gouvernement britannique a aussitôt lancé un plan d'inclusion numérique.

 

Une veille et des études anthropologiques

Outre son travail de terrain et désormais le développement de plates-formes, Emmaüs Connect réalise une veille permanente des innovations et services dans son domaine d’action en France et dans le monde entier. Mais elle publie aussi des travaux qui s’appuient sur l’étude de l’historique de ses actions, de statistiques. Elle a même embauché un anthropologue, Yves-Marie Davenel, qui a déjà publié un travail sur les jeunes, et un autre sur l’action sociale et le numérique, dans le cadre de la publication en ligne. Son troisième rapport concernera l'usage du numérique en zone rurale. Il y travaille dans le Nord Pas-de-Calais avec la Mutuelle sociale agricole (MSA). "Et nous avons déjà constaté un très fort rejet du numérique dans ce monde rural qui n’existe plus du tout en zone urbaine." Un nouvel enjeu sur un autre terrain.

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