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"Comment j’ai survécu à la coolitude des start-up", ou l'envers du décor berlinois

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Entretien Avec "Bienvenue dans le nouveau monde", qui paraît le 23 février 2017, Mathilde Ramadier démonte l’envers du décor des start-up qu’elle a vécu à Berlin. Contrôle, infantilisation, précarisation et, à la fin, un gâchis de talents : un portrait au vitriol mais avec humour de la bohême numérique

Comment j’ai survécu à la coolitude des start-up, ou l'envers du décor berlinois
"Comment j’ai survécu à la coolitude des start-up", ou l'envers du décor berlinois © Florent Sarges

Depuis que quelqu’un lui a dit qu’elle est un lanceur d’alerte, Mathilde Ramadier fait parfois des cauchemars, rêve qu’elle est poursuivie, rejetée. Pourtant, "non, je ne suis pas un lanceur d’alerte, c’est beaucoup plus modeste. J’ai écrit "Bienvenue dans le nouveau monde" pour libérer la parole de ceux que l’on n’entend jamais : ces petites mains dont l’histoire est plutôt celle d’un échec, dans cette grande histoire de succès que les startups mettent en scène", explique la jeune femme.


Berlin capitale de la bohême numérique

Une expérience qu’elle a déjà décrite dans un très beau récit graphique, "Berlin 2.0", sous forme romancée. Pendant quatre ans, elle est passée d’un contrat de freelance à une période d’essai à durée indéterminée dans l’eldorado des start-up berlinoises. "Mon contrat le plus long a été de six mois", raconte Mathilde Ramadier qui est arrivée dans la capitale allemande en 2011, bardée de diplômes et d’envies.

 

Comme d’autres, elle a été attirée par le dynamisme culturel, le prix des loyers et ces jeunes pousses en plein essor. En 2016, 220 start-ups berlinoises levaient des fonds, pour un montant total de 1,07 milliard d’euros. Berlin, "capitale de la bohême numérique", c’est pourtant révélé un miroir aux alouettes.

 

"Manager du vide"

Très vite, elle s’est rendue compte que les titres ronflants étaient des cache-misère : "Dans les offres d’emploi tout le monde est manager". Elle-même était "content manager France", pour un salaire de 960 euros brut en 4/5e. Passée par Normale sup, diplômée d’art graphique et de philosophie, sa tâche consistait à écrire et réécrire des textes pour vendre des meubles sur le marché français. La fonction revient à formater ces textes pour les algorithmes de Google. "J’écrivais pour des robots", constate Mathilde Ramadier, "j’étais manager du vide".

"Le problème est que ces faux managers sont recrutés avec des niveaux de diplômes qui permettraient justement d’aspirer à ce type de poste mais qui n’en sont pas vraiment", commente-t-elle.

 

Le mythe de la hiérarchie horizontale

Pas question non plus de prendre des initiatives. "La hiérarchie horizontale est un mythe", estime-t-elle. Beaucoup se joue sur la sympathie, le tutoiement. Les convocations chez le manager des ressources humaines se concluent par un smiley. "La culture du LoL est partout", constate Mathilde Ramadier, mais "à la fin, cette amitié sert souvent à faire passer plus facilement des heures supplémentaires non rémunérées". Après tout, "puisqu’on ne travaille pas, on s’amuse," pourquoi compter ?
Au passage, Mathilde Ramadier dénonce aussi cette gamification du travail qui sert essentiellement à surveiller les employés et les garder sous la main. L’un de ses exemples vécus : l’utilisation du logiciel 7geese où chaque employé doit afficher ses objectifs pour la semaine et "liker" ceux de ses collègues. "En principe, cet outil de management social sert à aiguiser la cohésion du groupe mais en pratique, c’est une mise en concurrence et un flicage permanent. J’ai vu le stress que ce régime de terreur engendrait chez mes collègues".


Les habits neufs de la précarité

In fine, "ce qui me glace, c’est cette fracture entre le langage utilisé, la gestion automatisée des ressources humaines et la misère humaine qu’ils recouvrent", regrette Mathilde Ramadier. Bien sûr, "il y a des startuper heureux". Entre 23 et 28 ans, un jeune n’a pas nécessairement envie de se poser. "Cette impression que tout est friable et risque de s’effondrer à tout moment peut être excitante."
A long terme pourtant, "il arrive un moment où ce jeune constate qu’il ne pourra pas évoluer, que les contrats sont précaires que la boîte n’existera peut-être pas dans un an…" et qu’il ne peut toujours pas louer un logement à lui.


On redescend sur terre ?

Bref, pour Mathilde Ramadier, il faudrait arrêter de vivre dans un monde fantasmatique peuplé de "licornes", de "business angels" et de "manager du bonheur" pour réfléchir au modèle."Hou hou ! On redescend sur terre deux minutes?" plaide-t-elle pour conclure.

 

Mathilde Ramadier, "Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j’ai survécu à la coolitude des start-ups", sortie le 23 février aux éditions Premier Parallèle

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2 commentaires

verdarie

25/02/2017 18h56 - verdarie

C'est dur de redescendre sur terre lorsqu'on vend du rêve. Croire que parce qu'on est bardé de diplômes ça va suffire pour se concocter un petit nid douillet, c'est oublier un peu vite que pour survivre l'entreprise se doit de surmonter les dures lois du marché. Pouvoir sortir des salaires chaque mois et payer les charges fixes demande que l'entreprise soit meilleure que ses concurrentes.C'est juste la condition de sa survie.

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josé

27/02/2017 16h14 - josé

Commentaire ridicule: taisez-vous.

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