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Comment STMicroelectronics devrait (sauf surprise) arrêter son activité décodeurs

| mis à jour le 25 janvier 2016 à 16H36
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Analyse Pour mettre fin aux pertes chroniques dans ses circuits numériques avancés, STMicroelectronics pencherait pour une sortie en douceur des décodeurs. Son PDG Carlo Bozotti devrait l’annoncer lors de la présentation des résultats annuels de 2015. A moins qu’il réserve une autre option surprise.

Comment STMicroelectronics devrait (sauf surprise) arrêter son activité décodeurs
Comment STMicroelectronics devrait (sauf surprise) arrêter son activité décodeurs © Guittet Pascal

Le suspense est à son comble chez STMicroelectronics. Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs présente, le 27 janvier 2016, ses résultats annuels de 2015. Son PDG Carlo Bozotti devrait en profiter pour annoncer son plan de restructuration de la  division DPG (Digital product group) des circuits numériques avancés. Selon les informations qui circulent en interne, il pencherait pour une sortie en douceur des décodeurs responsables de l’essentiel des pertes chroniques dans cette activité.

 

Option déjà présentée en catimini aux investisseurs

Depuis trois mois, la direction ne fait pas mystère de sa préférence pour cette option. Carlo Ferro, directeur financier du groupe, l’a laissé clairement entendre aux investisseurs lors des réunions privées avec Merril Lynch à Londres et Zurich. C’est ce scénario que la banque d’affaires américaine a retenu dans sa note d’analyse confidentielle datée du 3 novembre 2015 et dont nous nous sommes procuré une copie.

 

La division DPG regroupe trois grandes familles de puces : les processeurs pour décodeurs et passerelles télécoms, les circuits sur mesure Asic, et les composants photoniques pour applications spécifiques de détection et d’imagerie. Les Asic, auparavant déficitaires, sont revenus au vert en 2015, et les composants photoniques, encore dans le rouge, devraient suivre cette année, selon les espoirs de la direction. Les circuits pour décodeurs représentent 40% des revenus de la division mais 75% de son déficit. Sur le troisième trimestre 2015, ils affichent une perte de 62 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de seulement 52 millions. La situation sur ce segment devient intenable.

 

écrasé par l'américain Broadcom

Dans les décodeurs, STMicroelectronic souffre de la montée en puissance des américains Broadcom, Qualcomm ou Marvell sur le haut de gamme, et de la concurrence du taiwanais MediaTek dans l’entrée de gamme et la moyenne gamme. Selon ABI Research, sa part de marché est tombée de 21% en 2010 à 15% en 2014, alors que celle de Broadcom est montée de 35% à près de 50% sur la même période. "C’est une période intense de consolidation et d'échec sur ce marché, analyse Sam Rosen, vice-président au cabinet ABI Research. STMicro a trébuché à cause de son incapacité à suivre l’accélération de la cadence d’innovation en investissant sur deux équipes de conception parallèles, et à cause d’un manque stratégique d'intégration de certaines fonctions ou de réduction des coûts à travers des puces dérivées."

 

Carlo Bozotti ne se fait guère d’illusion. Même en corrigeant ces erreurs, son groupe a peu de chance d’inverser la situation. D’autant que le marché connait de sombres perspectives suite au remplacement des services vidéo via décodeurs par des services cloud comme Netflix. Selon ABI Research, entre 2010 et 2015, il est passé de 4 milliards de dollars à 3,7 milliards dans le monde, et le déclin va se poursuivre.

 

gérer l'impact social

Pas de fermeture brutale toutefois. La direction privilégierait une extinction "naturelle" en arrêtant tout investissement et tout développement dans les décodeurs. De quoi économiser, selon Merril Lynch, environ 350 millions de dollars, l’équivalent de la perte annuelle dans la division DPG. Cette option offrirait au groupe l’avantage de continuer à honorer ses contrats avec les clients et de profiter de la vente des produits existants jusqu’à leur mort commerciale. Elle lui donnerait aussi du temps pour traiter l'impact social sans faire trop de vague.

 

Inciter au départ volontaire

L’activité dédiée aux décodeurs emploie un peu plus de 1800 personnes dans le monde, dont environ 1000 en France réparties principalement sur Grenoble, Paris et Le Mans. Selon les informations en interne, la direction n’envisagerait pas de reprendre la totalité des effectifs libérés comme il l’a fait dans les puces pour mobiles lors du démantèlement de ST-Ericsson à l’été 2013.

 

En France, seule la moitié de l’effectif concerné, soit 400 à 500 personnes, serait conservée grâce à un redéploiement sur des projets de développement pour des marchés émergents comme l’Internet des objets, et dans la division MMS (microcontrôleurs, mémoires et éléments sécurisés), la seule activité qui se porte bien aujourd‘hui. Le reste serait invité à quitter l’entreprise sur la base de départs volontaires, comme cela été fait en 2014-2015 pour 150 postes dans les composants photoniques.

 

Se tourner vers les marchés émergents

Une réunion du conseil de surveillance est prévue le 26 janvier 2016, veille de la présentation des résultats 2015. A l’ordre du jour : le plan de restructuration dans les décodeurs mais aussi une nouvelle stratégie de croissance tournée vers ces marchés émergents. De quoi répondre aux exigences de Bercy qui conditionne toute remise à plat dans les circuits numériques avancés par un changement préalable de stratégie. STMicroelectronics est à l'aube d'un tournant majeur de son histoire.

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