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Dans la Silicon Valley, Orange pivote... comme les start-up !

mis à jour le 23 août 2017 à 08H05
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A San Francisco, Orange Fab n'accueille plus de promotions de start-up sur une période de trois mois. La structure opère dorénavant comme une agence de talents, en mettant en contact les start-up avec différents managers du groupe, analystes et mentors selon leurs besoins spécifiques. Désormais, l'opérateur privilégie aussi les investissements aux partenariats. Un moyen de mieux prendre le pouls des dernières tendances technologiques de la Vallée et d'anticiper leur envol ainsi que leur marché de prédilection. 

Dans la Silicon Valley, Orange pivote... comme les start-up !
Dans la Silicon Valley, Orange pivote... comme les start-up ! © Orange

Il n'y a pas que les start-up qui pivotent dans la Silicon Valley. A San Francisco, Orange Fab, l'accélérateur de start-up de l'opérateur français, a récemment changé son business model. Né en 2013, le dispositif regroupe une cinquantaine de collaborateurs qui se chargent de détecter les signaux faibles de la Silicon Valley pour identifier les potentielles opportunités... ou menaces.  

 

Désormais, la structure ne propose plus de programmes d'accélération classiques sur une période de trois mois. "On a arrêté parce que les start-up ne veulent plus faire partie de ces programmes, notamment les start-up matures. Elles n'ont pas le temps", raconte Julie Leclercq. En charge du business development chez Orange Silicon Valley, elle évoque des sessions de mentorat désertées, où des experts sollicités expressément se retrouvent finalement devant une poignée de start-up.

 

De l'accélérateur à l'agence de talents

Autre indicateur de cette défection : la baisse de popularité des demo days (l'équivalent d'un grand oral pour les start-up qui sortent d'un programme d'accélération) organisés par l'accélérateur d'Orange. Alors qu'en 2013 le premier demo day d'Orange Fab US avait rassemblé plus de 150 personnes (dont Stéphane Richard, le CEO du groupe), ces sessions ont, au fur et à mesure, vu leur attractivité décroitre. La cause, sans doute, à la multiplication des demo days dans la région. "Aujourd'hui, il peut y avoir jusqu’à 10 demo days par semaine. Il est difficile de recruter une audience de qualité", constate Julie Leclercq.

"Désormais, nous fonctionnons comme une plateforme et connectons des start-up à fort potentiel avec des managers d'Orange, des exécutifs de grands groupes et des investisseurs", poursuit-elle. Orange Fab connecte aussi les pépites avec des analystes et des mentors ad hoc, comme Justin Kan, le fondateur de Twitch. L'accélérateur propose aussi un espace de coworking que les start-up de la Vallée peuvent utiliser ponctuellement lorsqu'elles sont de passage à San Francisco. Orange Fab organise également des voyages d'affaires à Paris, séjours pendant lesquels il se charge d'orchestrer tous les rendez-vous avec les interlocuteurs du groupe.

 

Des partenariats aux investissements

A sa naissance en 2013, Orange Fab US avait aussi pour mission de structurer les collaborations d'Orange avec les start-up à travers des partenariats. Et si une quinzaine de projets pilotes et de contrats ont été établis entre l'opérateur et les jeunes pousses, là aussi Orange a rencontré quelques difficultés pour industrialiser cette approche. Pêle-mêle : la barrière de la langue, le décalage horaire, les habitudes locales ou tout simplement une aversion aux risques.

La règle des trois "N"

Chez l'opérateur, chaque investissement doit suivre la règle des trois N, pour : the Now, the New and the Next. Le "now" signifie qu'un investissement peut être poussé par le besoin présent  et clairement identifié par un département du groupe d'une technologie. Le "new" correspond à une problématique formulée par un département du groupe et à laquelle les fournisseurs ne peuvent répondre. On ne sait pas encore quelle technologie est pertinente. Il faut donc repérer et investir dans la start-up qui semble détenir la réponse à ce besoin. Enfin, le "next" correspond, lui, à une démarche de diversification et de spéculation pragmatique. 

 

Orange Fab a donc décidé de privilégier les investissements, à travers le fonds d'investissement corporate Orange Digital Ventures. Au total, six investissements de 500 000 à 3 millions d'euros ont été réalisés. "Investir dans une start-up permet de mieux comprendre les rythmes", explique George Nahon, le patron d'Orange Silicon Valley. "Lorsque vous êtes investisseur dans une société, vous êtes associé à des travaux, des réunions, qui vous permettent de comprendre les évolutions de marché. Cela vous permet d'être exposé à des cas clients réels de la start-up et ainsi de comprendre la complexité du sujet, les besoins spécifiques que peuvent avoir des clients. Sur la base de ces interactions, vous pouvez prendre un meilleur pouls des tendances, identifier quel secteur économique est le plus intéressé par une technologie", poursuit-il.

 

Orange prend le pouls de la VR et de la voiture connectée

Dans la Silicon Valley, Orange a ainsi investi dans le studio de réalité virtuelle WeVR. "Cela nous permet de mieux comprendre quelle est la part relative du succès de la réalité virtuelle dans l'univers grand public, le monde de l'entreprise, celui du commerce ou de l'industrie", détaille Georges Nahon.
Orange a aussi pris une participation dans la société Veniam. La start-up originaire de Porto, qui s'est développée dans la Silicon Valley, a créé un système de communication pour les véhicules. Il s'agit d'une sorte de routeur Wi-fi spécifique avec un protocole propriétaire qui permet de créer un réseau d'information pour partager l'état de la route et du trafic par exemple. "C'est un investissement intéressant pour nous dans le cadre de la smart city. Sa technologie ne va pas remplacer le réseau aujourd'hui, mais peut-être qu'une partie de la connectivité dans la ville de demain se fera aussi par des véhicules qui communiquent entre eux", anticipe George Nahon.

 

Orange, apprenti VC

Parmi les autres investissements, on peut citer également la start-up Payjoy, qui vise à faciliter l'achat de smartphone, et Chain, qui développe des chaînes de blocs privées pour les entreprises qui évoluent dans les milieux financiers.
Cette récente activité de Corporate VC (CVC) n'est pas non plus sans d'obstacles pour Orange. Dans le milieu des investisseurs, les CVC ne sont pas toujours vus d'un bon œil."On nous reproche parfois d'être trop lent, de ne pas prendre de décision, de ne pas être suffisamment présent dans la vie des start-up", raconte George Nahon. La difficulté réside aussi dans les objectifs divergents. "Les VC  classiques ne sont pas focalisés sur l'alignement avec les stratégies des entreprises. C'est de l'investissement qualifié spéculatif à la recherche de rendements importants dans un ou des secteurs", résume le PDG d'Orange Silicon Valley.

 

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