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Devenir une "smart island", sans se transformer en Hawaï bis : l’enjeu de Tahiti

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La Polynésie française a organisé le Digital Festival Tahiti du 16 au 18 mars 2017. Objectif : sensibiliser les habitants et les entreprises privées à la nécessaire transition numérique. Et transformer la Polynésie française en une "smart island". Une première pour l’archipel. Présente sur place, L’Usine Digitale en a profité pour rencontrer les acteurs locaux, public et privés.

Devenir une smart island, sans se transformer en Hawaï bis : l’enjeu de Tahiti
Devenir une "smart island", sans se transformer en Hawaï bis : l’enjeu de Tahiti © The TerraMar Project

21 h de voyage (minimum) sont nécessaires pour rejoindre Paris à Papeete. Pour la métropole, Tahiti, c’est l’île du bout du monde perdue au milieu de l’Océan pacifique. Une île paradisiaque… mais pas forcément réputée pour sa puissance économique. Et encore moins numérique. Pourtant, le potentiel existe, et les choses sont en train de se mettre en place, petit à petit. C’est d’ailleurs bien le but du Digital Festival Tahiti, le premier événement de cette ampleur en Polynésie française, qui s’est tenu du 16 au 18 mars 2017 : sensibiliser la population et les entreprises à la nécessaire transformation digitale.


Si loin et pourtant si proche

"La Polynésie n’est pas si éloignée que cela", déclare Jean-Christophe Bouissou, ministre de l’économie numérique de Polynésie française depuis début février 2017 après avoir été Ministre du Tourisme et du Logement pendant 7 ans. "Elle fait 5,5 millions de mètres carrés et est située sur un axe très stratégique entre le bloc US et l’Asie. Nous sommes à 3h de vol d’Auckland, un peu plus de 5h de l’Australie et à peine 8h de vol des Etats-Unis et 9h de l’Amérique du Sud…".

Et si seulement trois vols directs internationaux (Auckland, Tokyo et Los Angeles), opérés par Air Tahiti Nui, existent, le gouvernement est actuellement en discussions avec des compagnies aériennes, notamment chinoises pour relier des villes comme Pékin, Hong Kong et Shanghai à Tahiti, explique le Ministre de l’économie numérique.

 

Un archipel encore trop peu connecté

La Polynésie française, c’est un archipel de 118 îles, dont 67 habitées. Autant dire que cela pose de nombreuses problématiques. Pour signer des documents officiels, les habitants de Moorea, Bora Bora… n’ont d’autres choix que de faire le déplacement à Tahiti. En effet, la signature électronique n’existe toujours pas. Et ce n’est qu’un exemple. L’éloignement et le manque d’infrastructures pour garantir un réseau de connectivité fiable et homogène posent des problèmes dans les secteurs de la santé, de l’éducation et du tourisme.

Côté e-commerce, de nombreux freins existent aussi. Les Polynésiens n’ont pas d’adresse, juste une boîte postale. Pas simple pour la livraison de produits périssables ! Pourtant, l’île principale de Tahiti n’ayant qu’une route principale, générant de nombreux problèmes de circulation quotidiens, cela pourrait véritablement désengorger le trafic aux heures encombrées.
 

Les priorités

Les exemples sont nombreux. Et le gouvernement semble en être conscient : "L’infrastructure est à construire. Il y a un intérêt grandissant sur le fait que le bloc Asie et le bloc Amérique du sud viendront ensemble à imaginer des connexions sur du très très haut débit, notamment avec le câble", poursuit Jean-Christophe Bouissou (photo ci-contre). Avant d’ajouter : "Nous sommes très preneurs de participer avec la Chine et le Chili sur la mise en place de projets de pose de câble dans le futur". A ce jour, en effet, un seul câble, baptisé Honotua, dessert Tahiti, la reliant à Hawaii.  "Avec un seul câble, nous n’avons pas de sortie sécuritaire si celui-ci se rompt", déclare Stéphane Chin Loy, président de la CCISM.  "Un second raccordement nous donnera une porte de secours pour tous les échanges numériques." Si, ce projet d’un deuxième câble vient tout juste d'être validé, reste à savoir quand il sera opérationnel.


Autre priorité : l’e-administration. Pour faciliter la vie des insulaires, le gouvernement a ouvert un portail numérique  qui permet d’accéder à des téléservices pour obtenir des actes administratifs, comme un permis de construire, le duplicata d’un permis de conduire… "Il a ouvert il y a quelques mois et nous sommes aujourd’hui en train de parfaire le système".  Un bon début… en attendant la mise en place officielle de la signature électronique qui évitera aux Polynésiens de se déplacer juste pour un papier…

 

Le tourisme

Au-delà de l’amélioration de l’infrastructure et de l’administration, le gouvernement s’est fixé des priorités numériques dans trois secteurs clés. Premier axe : le tourisme, première source de revenus de l’archipel. Chaque année, la Polynésie accueille 250 000 visiteurs, dont 200000 dans les hôtels et 50 000 sur des bateaux ou des paquebots…  Mais comment leur offrir une bonne connectivité ? C’est bien l’ambition du gouvernement : "Nous souhaitons que les touristes puissent se connecter à Internet gratuitement dès la sortie de l’avion et jusque dans les îles. Nous prévoyons aussi un service d’assistance renforcé", annonce Jean-Christophe Bouissou. Objectif : faire en sorte que les touristes partagent en direct leurs expériences et deviennent ainsi de vrais ambassadeurs de la destination. Un moyen aussi de récolter des données et offrir de nouveaux services. Et Stéphane Chin Loy (photo ci-contre) de renchérir : "Le tourisme est le moteur de l’économie polynésienne. Son essor va permettre de redonner de l’espoir aux chefs d’entreprise". Mais attention, Jean-Christophe Bouissou est clair : "Nous ne souhaitons pas devenir un Hawaï où le nombre de touristes explosent. Tahiti et ses îles doivent garder leur authenticité".
 

L’éducation

Autre secteur sur lequel le gouvernement compte déployer des efforts : l’éducation. "Avec 80 îles habitées, nous devons mener une politique de désenclavement", affirme Jean-Christophe Bouissou. Formation à distance, gestion des absences du personnel enseignant, passage des examens… autant de problématiques auxquelles peut répondre le numérique.
Et pour sensibiliser la nouvelle génération au numérique dès le plus jeune âge, l’apprentissage du codage est également au menu. "Nous allons lancer des sessions de formations mais je souhaite aller plus loin. Je veux que le codage soit intégré dans les programmes dès le primaire : ce doit être une langue connue de nos enfants".
 

La santé

Troisième axe prioritaire : l’e-santé. Avec l’éloignement des îles, le numérique est en effet clé pour limiter les évacuations sanitaires, organiser les consultations à distance et développer le dossier médical dématérialisé, entre autres. "Permettre aux chirurgiens et aux médecins d’intervenir à distance pour prodiguer les premiers soins permettrait par exemple de limiter de nombreux frais", exprime Jean-Christophe Bouissou.

 

Le Transport et la mobilité ainsi que la gestion climatique et environnementale sont aussi des secteurs sur lesquels le gouvernement se penche. Et sur lesquels les acteurs privés, comme EDT-Engie se mobilisent.

 

Les choses se mettent en place…

A l’occasion, d’un workshop "smart island" organisé dans le cadre du Digital Festival, les acteurs locaux, privés comme public, ont fait part de leurs attentes, pour aller plus vite. De ce débat sont nées plusieurs idées, comme la mise en place d’une cartographie des acteurs de l’écosystème afin de repérer où sont les manques et les compléter, la création d’un Conseil interministériel du numérique, comme cela existe pour la Mer (CIMer)... Autrement dit s’organiser de manière collaborative.

Le gouvernement en est conscient. Le Sdan (Schéma directeur d'aménagement numérique) va dans ce sens. De même que le programme Smart Polynesia 2025. Ce document liste 118 mesures que le gouvernement doit arrêter. Parmi elles, la connection de toutes les Tuamotu et des îles Marquises au travers du câble numérique. Montant du budget : 10 milliards de francs pacifiques français (XPF), soit 0,08 Md d’euros, à dépenser sur les  prochaines années pour parfaire la sécurité du réseau et la poursuite de la pose de la fibre optique. A cela, il faut ajouter 200 M XPF (1,7 M€) par an dans le cadre de "Smart Polynesia" sur une période de 5 à 6 ans.

De son côté, OPEN, Organisation des Professionnels de l’Économie Numérique, créé en 2011, s'active également pour faire rattraper le retard. "Nous lançons des études sectorielles pour calculer l’effet de levier du numérique en terme de croissance d’activité", annonce Vincent Fabre, président d’OPEN.

 

… petit à petit

L'ambition est belle, reste maintenant à faire travailler les grands acteurs de concert. Et cela risque de prendre encore du temps, le temps que l’archipel s’organise. Et que les guerres de pouvoir ou de monopole s’apaisent. Stéphane Chin Loy est lucide : "Nous sommes conscients que nous ne pourrons pas doubler le PIB à moyen terme, mais nous misons sur une croissance de 20 à 30% dans 5 ans à venir". Mais c’est maintenant que tout se joue, martèle Muriel Pontarollo, AMOA du Digital Festival Tahiti : "Si tout le monde attend que les uns et les autres bougent et se mettent d’accord, on n’y arrivera pas. Il faut se donner les moyens d’avancer en convergence et de passer à l’action." Et ne pas hésiter à prendre des risques.

 

Consultez le document "Smart Polynesia 2025"

 

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