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Eric Vaysset (Wilco) : "Nous voulons transformer beaucoup plus de 'start' en 'up'"

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Entretien Le programme de financement Scientipôle devient Wilco, un dispositif d'accélération pour les start-up technologiques. Objectif : aider les jeunes pousses à décrocher des commandes pour qu'elles atteignent le plus rapidement possible le million d'euros de chiffre d'affaires. La structure réfléchit à tisser un réseau d'accélérateurs régionaux pour propulser 500 start-up par an. Interview avec son directeur, Eric Vaysset. 

L'Usine Digitale : 15 ans après sa création, Scientipôle devient Wilco. Pourquoi ce changement d'identité ?

Eric Vaysset : Ce changement d'identité est l'aboutissement d'un changement plus profond en termes de positionnement et de périmètre d'activité. Initialement, Scientipôle finançait les start-up du plateau de Saclay (Essonne, ndlr). 15 ans plus tard, Wilco offre à toutes les start-up technologiques franciliennes un programme d'accélération pour les amener jusqu’à leur premier million d'euros de chiffre d'affaires. Nous sommes donc passés d'un acteur local du financement à un accélérateur régional, intégrant un bouquet de services d’accompagnement sur 3 ans et un financement non dilutif pour les entrepreneurs.  

 

UD : Wilco ce n'est pas un seul programme d'accélération, mais cinq…

E.V. : En effet, Wilco est organisé en cinq accélérateurs orientés "marchés" (auxquels les start-up s’adressent) et pas "technologies" : Usine du futur, retail/e-commerce, santé/silver economy, transformation digitale et BtoC. Chaque accélérateur fonctionne à l’identique et accueille deux promotions de 15 start-up par an, soit 10 promotions de 15 start-up. Pour chaque promotion, nous recevons entre 60 et 80 candidatures. La sélection s'effectue sur dossier, puis sur pitch devant des entrepreneurs aguerris.

 

UD : Quels sont les critères de sélection ?

E.V. : Les critères de sélection sont identiques pour chaque accélérateur. Nous regardons si les projets (encore en phase de prototype) semblent disposer du potentiel pour devenir une entreprise capable d’atteindre cet objectif d’un million d'euros de chiffre d'affaires en trois ans. Notre évaluation porte sur l'équipe (qui pilote cette start-up), sur la proposition de valeur (en quoi cette technologie crée-t-elle de la valeur chez des clients potentiels, et comment : gain de qualité, de temps, d'argent ?), sur sa capacité à livrer la promesse, à défendre sa position, aux ressources nécessaires… Bref, nous examinons le projet d’entreprise dans son ambition, sa globalité et sa cohérence, bien au-delà de la technologie en tant que telle.

 

UD : Quelle mission s'est donnée Wilco ?

E.V. : De transformer beaucoup plus de "start" en "up" ! Notre souci n’est plus le taux de survie (85% à 5 ans chez les start-up que nous accélérons), mais la croissance insuffisante de la plupart des start-up. C’est compliqué de décoller : 15% seulement des start-up françaises atteignent leur premier million d'euros de chiffre d'affaires au bout de trois ans. Nous souhaitons, d'ici 2019, porter ce taux à 30%. Notre objectif n'est pas de faire une ou deux licornes (start-up dont la valorisation est supérieure à 1 milliard d'euros, ndlr), mais de générer 35 à 40 start-up par an, qui deviendront ensuite des PME, voire des ETI. D’ores et déjà, le chiffre d’affaires à un an des start-up du millésime 2016 a crû de 30% par rapport à celui de 2015.

 

UD : Votre programme d'accélération s'étale sur trois ans. Comment s'articule-t-il ?

E.V. : Notre programme se décompose en trois étapes. La première étape (start station), consiste à muscler, challenger et consolider le plan de développement des start-up, via quatre jours d’ateliers collectifs avec la promotion des 15 start-up sélectionnées. Ensuite, le binôme Wilco, qui pilote chaque accélérateur, accompagne individuellement les start-up. Cette première étape dure de un à six mois en fonction de leur maturité. Entre la 1ère et la 2e étape, environ 15% des start-up sélectionnées abandonnent pour des raisons diverses.

 

La deuxième étape (loan sessions) est celle du financement, le métier initial de Scientipôle, Notre aide de financement peut aller jusqu'à 120 000 euros par entreprise. La particularité, c'est qu'il s'agit d'un financement non dilutif. Wilco prête cette somme aux entrepreneurs (et pas à la société, ndlr) et ce sont les créateurs / dirigeants qui mettent cette somme au capital de l'entreprise, ce qui permet à la fois de renforcer les fonds propres de l'entreprise, sans que la part des fondateurs ne soit diluée, et de faire levier auprès d’autres dispositifs publics (tels Bpifrance, la région Ile-de-France...) et pour des levées de fonds ultérieures. Ce prêt "Entrepreneurs" offre un différé de remboursement d'un an, puis un remboursement linéaire sur quatre années, sans intérêts ni garantie personnelle, ce qui rend plus sereins les créateurs. En 2018, Wilco prêtera 10 millions d'euros. Le taux de remboursement historique des prêts s'èleve, lui, à 94%.

 

La troisième étape (Up Sessions) s'étale sur 2 ans et demi à trois ans. C'est la phase d'accélération. Et pour accélérer, une start-up a besoin de commandes et donc de clients. Wilco propose ainsi aux start-up un accompagnement commercial par des business developpers, avec un cofinancement de 50% de cet accompagnement. Nous accompagnons ainsi une centaine de start-up par an pour aller chercher des commandes : c'est le nerf de la guerre. Sans commandes, pas de chiffre d'affaires. Nous proposons également d’aider les start-up dans la structuration de leur développement, via des parcours thématiques pour leur fournir savoir-faire et outils sur les axes majeurs de leur développement : "se développer", "se financer", "se structurer", "se médiatiser"...

 

UD : Vous ne prenez pas de parts dans les start-up que vous accompagnez. Quel est donc votre business model ?

E.V. : Les start-up accompagnées payent une seule fois 750 euros dès leur sélection dans l'un des cinq accélérateurs, mais ce n'est pas cette somme qui nous permet de supporter les coûts de fonctionnement. Notre mission est "d'intérêt général" : accélérer la création d’emplois (qualifiés, non délocalisables) par le développement économique de ces entreprises, grâce au soutien combiné de la région Ile-de-France et d'acteurs privés. Aujourd’hui, 35 partenaires Corporate cofinancent Wilco, comme Airbus, Air liquide, BNP Paribas, EDF, Orange, SNCF… Notre modèle économique est, par ailleurs, lié à notre statut d’association éligible au régime du mécénat. (Les personnes physiques et morales, dont les grands groupes, sont incitées fiscalement à faire des dons, ndlr). 

 

UD : Comptez-vous décliner ce modèle dans d'autres régions ?

Transposer ce modèle d'accélération de start-up avec un financement non dilutif en régions est plus compliqué car il n'y a pas le même deal flow (Flux de dossiers d'investissement, ndlr) qu'en Ile-de-France, ce qui induit des économies d’échelles moins importantes, et donc un coût de structure relatif plus élevé pour un accélérateur de type Wilco dans n’importe quelle région. Pour autant, le sujet est très intéressant et il est sur la table en ce moment. Nous cherchons à résoudre la question du modèle économique, tout en conservant notre ADN. Paca, Rhône-Alpes, Pays de la Loire, Grand Est, Hauts-de-France… 7 ou 8 régions en France pourraient s’inspirer de ce modèle. Nous aimerions contribuer au maillage d’un réseau d'accélérateurs régionaux qui, collectivement, pourraient accélérer 500 nouvelles start-up françaises par an, et faire ainsi de la France une vraie start-up nation.

 

UD : Comment rester attractif après le lancement de Station F ?

E.V. : Contrairement à Station F ou à d'autres incubateurs de la région, nous n'hébergeons aucune start-up. Nous sommes un dispositif d’accélération "hors sol". A notre connaissance, Wilco est à ce jour le seul dispositif qui associe programme d’accélération sur trois ans, plus de 100 nouvelles start-up accélérées chaque année et un financement non dilutif. Station F, c'est une très bonne nouvelle : c'est du deal flow supplémentaire, même si nous ne cherchons pas plus de deal flow, mais un deal flow encore meilleur. En 2017, nous aurons enregistré environ 900 candidatures pour 150 start-up sélectionnées, soit un ratio de 1 sur 6. Si des start-up issues de Station F correspondent à nos critères de sélection, nous les accompagnerons comme les autres. 

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