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Et si le marché du livre d'occasion était le vrai défi numérique des éditeurs

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C'est un bouleversement silencieux qui s'opère. La France du bon coin, pour reprendre le titre d'une étude récente de l'institut de l'entreprise, a aussi ébranlé Saint Germain des Prés, le quartier historique de l'édition française. En effet, le marché du livre d'occasion s'est amplement développé sous l'influence de deux bonnes fées : Internet et la crise économique. Un livre sur cinq aujourd'hui vendu serait d'occasion. Cela n'est guère étonnant, étant donné les astuces développées par les plateformes numériques, à commencer par Priceminister Rakuten, le libraire aux 12 millions de livres.

Et si le marché du livre d'occasion était le vrai défi numérique des éditeurs
Et si le marché du livre d'occasion était le vrai défi numérique des éditeurs

A force de parler d'Amazon et de ses Kindle ou des risques de piratage des livres électroniques, on rate un des profonds changements induits par l'arrivée d'Internet et qui a touché le monde du livre comme beaucoup d'autres : le boom d'un marché de l'occasion.

 

Vincent Chabault, sociologue à l'Université Paris Descartes et auteur de Vers la fin des librairies à La documentation française (2014) rapporte que le marché de l'occasion atteindrait 800 millions d'euros, soit un livre sur cinq. Même si, prudent, il rappelle qu'il est "très difficile de l'estimer précisément". Une chose est sûre, c'est qu'il s'est développé en même temps que les plateformes Internet mettant en relation offreurs et demandeurs, élargissant pour les uns le champ des acheteurs potentiels, pour les autres celui des fournisseurs possibles.

 

Le bouquiniste version high tech

Les moins de 20 ans ne s'en souviennent pas, mais qui voulait acheter un livre d'occasion avant l'arrivée du Net devait ne pas être allergique à la poussière et avoir l'esprit aventureux. La visite aux bouquinistes était en effet le passage obligé. Sur les rayons, l'offre était physiquement limitée. Et une fois dans le magasin, il fallait soit prendre au prix indiqué, soit marchander sans aucune garantie de succès.

 

Aujourd'hui, tout cela paraît lointain avec le développement des places de marchés où les lecteurs peuvent acheter et vendre des livres d'occasion, plus ou moins récents, en comparant les prix et en trouvant parfois dès le jour de lancement de certains best-sellers, le même livre proposé 20 ou 30 % moins cher, voire plus. Cela a constitué une véritable aubaine alors que la conjoncture économique se dégradait. "La crise économique a été un accélérateur, car les consommateurs sont de plus attentifs à leurs dépenses, à toutes leurs dépenses. Ainsi, le troc se développe par exemple", observe Bruno Schmutz, directeur général adjoint d'Ipsos Connect. A l'heure du covoiturage et du partage d'appartement pour les vacances, même le livre qui faisait la fierté des bibliothèques d'antan a perdu de sa sacrâlité. "Le rapport à l'objet, à la consommation a changé ", poursuit-il.

 

Pour les éditeurs c'est un manque à gagner et ce d'autant que les gros lecteurs font partie des amateurs d'achats d'occasion. 

 

Priceminister le plus grand libraire d'Europe est japonais

Un signe ne trompe pas : un site Internet comme celui de la FNAC qui n'a longtemps proposé que des livres neufs s'est mis à vendre des livres d'occasion, pour essayer de conserver les clients tentés d'aller voir sur des places de marchés plus ouvertes.

 

C'est le cas de Priceminister, une entreprise créée en 2000 par de jeunes français, racheté depuis par le japonais Rakuten. Après avoir mis en relation des particuliers, le site s'est ouvert aux professionnels (les bouquinistes d'antan) mais aussi à des commerçants qui ont pignon sur rue, et pour certains leur propre site Internet. Ainsi en est-il des librairies Gibert Jeune, Chapitre ou Decitre... attirés par les 10 millions de visiteurs uniques, soit presque autant que le nombre de livres en vente, 11 millions, ce qui en fait la plus grande librairie d'Europe ! "Nous avons développé de nombreux outils pour les aider à mieux vendre ", explique Odile Szabo, directrice marketing et communication de Priceminister Rakuten.

 

Cette dernière cite par exemple les connaissances acquises par Priceminister pour élaborer un mail avec un bon taux de transformation, c'est-à-dire qui débouche sur une vente. "C'était une des motivations du rachat par Rakuten qui avait identifié un potentiel de développement sur le B to C", poursuit-elle. Les librairies en ligne bénéficient ainsi d'un conseiller qui les aide à vendre mieux et plus, étant entendu que la plateforme y trouve son intérêt, puisqu'elle se rémunère sur les transactions réalisées.

 

Une ergonomie user friendly

Il n'est donc guère étonnant que 15 ans après son ouverture et malgré sa diversification, le livre reste la catégorie la plus importante, en volume de transactions. Un tiers du volume d'affaires de seconde main réalisé concerne le livre d'occasion. Même si la directrice du marketing définit son rôle comme celui de " simplifier et de garantir la transaction."

 

Vous voulez vendre un livre ? Rien de plus simple, il suffit de scanner le code barre et voilà votre offre en ligne ou presque. Là réside aussi le secret du marché d'occasion. Parmi les facteurs qui expliquent le succès d'un site, Vincent Chabault cite "l'ergonomie du site, la confiance dans le système de paiement et la disponibilité de l'offre". Celui qui réunit ces critères bénéficie d'un cercle vertueux : plus les consommateurs sont nombreux, plus les vendeurs sont attirés. Plus il en est ainsi, plus de nouveaux acheteurs viendront...

 

Ainsi progresse le marché de l'occasion du livre, sans que l'on voit très bien ce qui pourrait le freiner. La taxe sur les transactions mises à l'étude régulièrement par le syndicat national de l'édition ? Avec la redevance sur les box Internet, il s'agit d'un des serpents de mer les plus récurents.

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