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La fintech, oui, mais de quoi s'agit-il vraiment ?

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La Fintech n'en finit plus de faire couler de l'encre. Elle serait en passe de révolutionner le secteur financier. Les banques en seraient terrifiées. Mais de quoi s'agit-il exactement ? Payer avec son smartphone, est-ce de la Fintech ? Et le bitcoin ? Et le crowdfunding ? L'Usine Digitale revient pour vous sur ce phénomène, le décrypte et le dédramatise.

La fintech, oui, mais de quoi s'agit-il vraiment ?
La fintech, oui, mais de quoi s'agit-il vraiment ? © @Antana - Flickr c.c.

On entend beaucoup de la Fintech depuis quelques années. Un secteur dont le nom, contraction de "finance" et "technologie", résume parfaitement ce qu'il représente : de jeunes sociétés innovantes qui veulent chambouler le milieu conservateur et stagnant de la banque et de la finance avec les nouvelles technologies. Mais quelles sont ces technologies au juste ? En quoi les nouveaux services de paiement changent la donne ? Le financement participatif est-t-il vraiment une menace pour le financement traditionnel ? Que font les banques pour sécuriser leurs systèmes ? Et la blockchain est-elle vraiment en passe de tout révolutionner ? Autant de questions auxquelles nous répondons dans cette enquête.

 

La révolution des méthodes de paiement

Comme souvent, l'élément déclencheur pour les Fintechs a été le constat d'un manque flagrant de qualité de service dans une industrie donnée (ici, le milieu bancaire). Procédures éculées, sites web poussifs, applications mobiles aux fonctionnalités rachitiques... De ces frustrations sont nés de jeunes acteurs ambitieux, qui y ont vu l'opportunité d'être les architectes du renouveau du secteur.

 

Qu'ils s'appellent Smile&Pay, Bankin' ou Leetchi, leur proposition de valeur réside dans la rapidité, la simplicité et l'efficacité de leurs solutions pour le client. Plus besoin de vérifier chaque compte de chacune de ses banques séparemment, Bankin' en propose une vision unifiée. Plus besoin d'investir des milliers d'euros pour accepter les cartes bancaires lorsqu'on est un petit commerçant, Smile&Pay s'en charge pour 100 euros. Et c'est sans compter sur les systèmes de paiement mobiles d'Apple ou de Google.

 

On met souvent en avant le fait que l'arrivée de ces start-up représente un risque de désintermédiation pour les banques, qui craignent que ces dernières ne phagocytent leur marché. Il est en réalité peu probable que les banques perdent leur statut et leur rôle clé, mais leur complaisance a ouvert la porte à une diversification des acteurs. Et le succès – même il y a quinze ans – d'entreprises comme PayPal prouve qu'un positionnement de rupture est tout à fait capable de faire d'une start-up un acteur de premier plan mondial, même dans la finance.

 

Les banques réagissent

Sans aller jusqu'à créer la panique dans l'establishment, la Fintech a donc poussé les banques à réagir, que ce soit par des développements internes, par l'achat de solutions externes ou même au travers d'acquisitions de start-up. A titre d'exemple, le réseau interbancaire Swift a lancé en 2015 l'initiative GPI, pour Global Payment Innovation. Leur constat : les paiements internationaux souffrent de sérieux problèmes de qualité de service et d'inefficacité. "Ils peuvent être lents, prendre plusieurs jours, sont chers, ne fournissent aucune transparence sur les frais, et ne peuvent pas être facilement traqués", explique Stanley Wachs, directeur de l’innovation dans les paiements chez Swift.

 

L'entreprise a donc mis en place un nouvel ensemble de règles et pratiques pour les banques, et a développé un "Payment Tracker" qu'elle voit comme "le DHL des paiements" et qui permettra de connaître instantanément le statut d'un transfert de fonds. 91 banques ont rejoint l’initiative, dont cinq françaises : la BNP, la Société Genérale, le Crédit Agricole, Natixis et le Crédit Mutuel. "Lorsque nous avons abordé le sujet l'année dernière, une quarantaine de banques étaient déjà très demandeuses et insistaient sur le fait qu'il fallait agir immédiatement", révèle Stanley Wachs.

 

Une diversification des moyens de financement

Le financement est l'autre grand sujet des Fintech. Le boom du financement participatif il y a 4 ans a remis en cause les schémas traditionnels en permettant à tout un chacun de jouer les investisseurs. Outre les traditionnels Kickstarter, Ulule ou Kisskissbankbank, qui se spécialisent dans le financement de biens culturels (jeux vidéo, films, album musicaux, bandes dessinées...) ou de produits de grande consommation (objets connectés, accessoires pour smartphones...), ce nouveau mode de financement s'est décliné à de nombreux domaines : prêts pour les professionnels (crédit.fr), prêts à d'autres particuliers (Prêt d'Union), financement de start-up en échange d'actions (Anaxago)...

 

Des services comme Patreon.com permettent même de recevoir chaque mois des paiements de la part d'abonnés, autant de petits "patrons" dont le soutien peut vite faire la différence. De quoi permettre à de nouveaux métiers du divertissement, comme celui de "Youtubeur", d'être rémunérés directement par le public. Si ces solutions présentent des alternatives concrètes au classique prêt bancaire ou à l'investissement traditionnel, elles restent cependant plus complémentaires que concurrentes. Elles simplifient les démarches pour les petits projets et garantissent l'indépendance, ou du moins une plus grande marge de manoeuvre aux créateurs indépendants ou aux entrepreneurs en lesquels l'establishment ne croit pas.

 

Elles ouvrent une voie à ceux en qui le public croit, et peuvent même servir à convaincre les fonds d'investissement qu'un projet a de l'avenir. Mais un prêt immobilier pour l'achat d'un logement ou le financement du "scale up" d'une start-up restent l'apanage des acteurs traditionnels. On assiste donc surtout à une diversification des modes de financement qui n'a pas vocation à remplacer les systèmes existants.

 

L'élusive blockchain

La technologie qui fait couler le plus d'encre dans les milieux financiers est probablement la blockchain et sa première application : le bitcoin. En 2012, le bitcoin était perçu comme un danger mortel pour les banques. Ce système d'échange monétaire décentralisé et universel les rendrait redondantes et inutiles. Plus d'un milliard de dollars a été investi dans les start-up s'y spécialisant au fil des ans. Mais quatre ans plus tard, la prophétie ne s'est pas réalisée. Non seulement le bitcoin en est pratiquement toujours au même point, mais des luttes intestines sur son évolution remettent sérieusement en cause sa pertinence.

 

D'autres cryptomonnaies ont désormais le vent en poupe, comme Ethereum et son principe de "smart contracts", mais elles ne sont pas exemptes de problèmes non plus. Le scandale "The DAO" a conduit à la perte de 50 milions de dollars. D'autres abus du système ont continué d'entacher Ethereum, qui enchaîne les scissions vers de nouvelles variantes et reste très clairement un "work-in-progress". C'est de manière générale le problème de la blockchain. Alors que le buzz n'a pas cessé sur telle ou telle application qu'elle pourrait avoir, peu de moyens ont été investis dans la recherche académique pour démontrer si oui ou non le système est fiable, stable, de confiance et pérenne. Et c'est sans parler bien évidemment de la simplicité d'utilisation pour le citoyen lambda.

 

C'est pourquoi les cryptomonnaies sont aujourd'hui encore majoritairement utilisées pour des transactions illégales. La blockchain n'a pas dit son dernier mot, et les start-up comme les banques et autres grands groupes (Swift y compris) continuent à s'y intéresser, mais la révolution n'est pas pour tout de suite.

 

Confiance, risque et sécurité

S'il est un domaine dans lequel les banques excellent, c'est la gestion du risque. C'est une part non négligeable de leur rôle, l'assurance qu'une somme d'argent ne peut pas disparaître sans qu'il n'y ait de recours possible de la part d'un client. C'est aussi l'approche que risquent de suivre les banques face aux cybermenaces accrues qu'elles subissent, d'après François Marchessaux, associé au sein du cabinet Colombus Consulting. "Trois points de vue s'affrontent pour savoir qui doit gérer la sécurité informatique. Est-ce la filière risque, la direction des sytèmes d'information, ou faut-il créer une gestion tranversale de la sécurité physique, numérique et humaine ? Il n'y a pas de consensus aujourd'hui, mais je pense à titre personnel que la DSI n'a pas vocation à s'en charger, d'autant qu'elle est souvent sous pression au niveau budgétaire."

 

L'augmentation de ces menaces va surtout pousser les établissements à accélérer leur transformation digitale. Certaines en faisant appel à des prestataires spécialisés, d'autres en créant leur propre centre opérationnel de détection d'incidents de sécurité, et de manière générale en mettant à profit les progrès technologiques. "Il aurait fallu mettre en place le 'security by design' il y a 15 ans, car tout ce qu'on a fait dans le digital, les sites web, les applications mobiles, n'est pas correctement sécurisé, tempête-t-il. C'est de là que provient le danger, car aujourd'hui le client a un accès direct au système d'information des banques. Combiné à une plus grande accessibilité technique, cela produit une évolution de la chaîne de valeur de l’attaquant qui fait que le hacking se vulgarise."

 

Plutôt que de tout redévelopper elles-mêmes, individuellement, les banques auront tout intérêt à s'appuyer sur des technologies de ruptures venant de petits acteurs à mesure qu'elles arriveront à maturité (chiffrement des données, authentification biométrique et multifactorielle, etc.).

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