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Le livre peut-il vraiment s’inspirer du streaming de musique ?

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En bouleversant les modes de la consommation culturelle, le numérique déstabilise les chaînes de valeur traditionnelles. Après l’industrie de la musique, le monde du livre devrait lui aussi succomber aux charmes (vénéneux pour certains) de l’abonnement illimité. Une prédiction qui a fait débat lors d’une table ronde organisée en marge du Salon du livre de Paris.

Le livre peut-il vraiment s’inspirer du streaming de musique ?
Le livre peut-il vraiment s’inspirer du streaming de musique ? © antonioxaloso - Flickr - C.C.

Cela paraît inéluctable. De plus en plus de biens culturels seront commercialisés sous la forme d’abonnement, prévient Françoise Benhamou, économiste de la culture et auteur de "Le livre à l’heure du numérique" (Éditions du Seuil). Pour elle, il n’y a aucune raison que le livre échappe à ce mouvement. Mais, a-t-elle prévenu en introduction d’un passionnant débat organisé en marge du Salon du Livre de Paris, cela ne contribuera en rien au développement de la lecture : "En France, les barrières ne relèvent pas d’un problème d’offre, mais des pratiques de lecture et d’un effet générationnel, les jeunes lisant moins que leurs aînés."

Pour les consommateurs, l’abonnement à une solution de streaming offre pourtant des avantages dans l’air du temps : paiement simplifié, accès aisé, passage à la légalité face au téléchargement illégal... Mais pour les entreprises traditionnelles de la chaîne du livre, ce nouveau modèle pose de nombreuses questions, sur la rémunération des auteurs et des éditeurs et sur la diversité de l’offre.

Le modèle Deezer

L’expérience de la production musicale serait un exemple rassurant, si l’on en croit Clément Cézard, ancien responsable du développement de Deezer, passé chez Netflix en mars 2015. Si, en 2014, aux États-Unis, les revenus du streaming de musique ont été supérieurs à ceux de la vente de CD c'est parce que l’offre est complète : "Au départ, il était important pour nous d’avoir toutes les maisons de disques." Le service de streaming musical revendique aujourd’hui 20 millions d’utilisateurs gratuits et 7 millions de payants, produisant un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros, grâce à des abonnements à 10 euros par mois et à des recettes publicitaires. Selon Clément Cézard, Deezer reverse aux maisons de disques et aux organismes de gestion collective, 70% à 75% de son chiffre d’affaires hors taxes, soit 5,60 euros environ par abonnement. La répartition se fait en fonction du poids relatif des différentes maisons de disques.

Le pari de Youscribe

L’événement déclenchant le paiement des droits étant l’écoute de 30 secondes d’un morceau.  Le modèle peut-il être transposé tel quel dans le livre ? C’est le pari de Juan Pirlot de Corbion, le fondateur Youscribe. Pour déclencher le paiement des droits avec son service d’abonnement illimité, il faudra que le lecteur ait lu 10% du total de l’œuvre. Selon ses calculs, le monde du livre n’a rien à craindre. Son modèle assurerait un chiffre d’affaires moyen par exemplaire lu de 2,70 euros, contre 3,20 euros dans le circuit actuel et 0,60 euro pour les prêts en bibliothèque. Son estimation s’appuie sur l’hypothèse qu’un lecteur abonné à une plateforme de streaming de livres lira deux ouvrages par mois, soit la moyenne observée pour un lecteur de bibliothèque. Et d’ajouter que comme dans les bibliothèques "nous rémunérerons les lectures partielles, fractionnées."

Vers une chronologie du livre ?

Reste que pour le moment, "les éditeurs préfèrent la vente à l’unité, reconnaît Juan Pirlot de Corbio. Et il faut écouter ce qui les gêne" dans les abonnements au streaming. Pour signe de sa bonne volonté, il s’est même dit prêt à travailler avec les libraires, estimant que l’abonnement à une formule de streaming ne se substitue pas l’achat d’ouvrages. Il s’est dit favorable à la présence de liens vers les boutiques les plus proches sur sa plateforme. De même, il estime qu’une chronologie des médias pourrait être envisagée : les nouveautés restant pendant un certain temps le privilège des magasins, tandis que les plateformes de streaming proposeraient les livres dans un second temps. Tout est ouvert, pourvu que ce soit consensuel.

Christophe Bys

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