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Le livre trop désuni pour éviter un tsunami numérique ?

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Analyse "Le numérique m'a tuer" pourrait écrire l'industrie du disque. Après le cinéma, la presse et la télévision, l'édition de livres sera-t-elle la prochaine touchée par la numérisation ? A-t-elle les moyens de résister ? La deuxième édition du forum de Tokyo a tenté de fait le point. 

Le livre trop désuni pour éviter un tsunami numérique ?
Le livre trop désuni pour éviter un tsunami numérique ? © LSA

L’édition de livres connaîtra-t-elle le sort de l’industrie musicale ? Telle était la question sous-jacente à une des tables rondes organisées, à l'initiative de l’Afdel, l’association des éditeurs de logiciels et de solution Internet, pour la deuxième édition du Forum de Tokyo qui s'est tenu mardi 24 novembre à Paris au Palais de Tokyo.

 

Tsunami numérique sur la musique

Un sort peu enviable, si on en croît le journaliste Benjamin Petrover, auteur de Ils ont tué mon disque (éditions first) : "la musique a été le premier secteur à subir le tsunami numérique en 1999. Quand l’industrie a sombré, beaucoup d’observateurs ont pensé 'bien fait'. Personne ne s’est dit, c’est ce qui va nous arriver". Et pourtant, après la musique, le cinéma, la presse et la télévision ont suivi. Et le monde littéraire pourrait être le prochain.

 

S’il est encore préservé, c’est sûrement parce que c’est un marché de taille relativement plus modeste et à la croissance relativement plus faible. Et l’omniprésence et la présence d’Amazon est telle que Loïc Rivière, le délégué général de l’Afdel, considère "que les éditeurs sont comme tétanisés".

 

reconquérir du temps de lecture

Et l’enjeu est différent à celui des autres industries culturelles. La lecture de livres est une activité très fortement concurrencée par les nouveaux usages. "Il faut défendre la littérature contre d’autres consommation culturelle, car les personnes ont de moins en moins de temps pour la lecture de livres", indique la directrice de la stratégie et du livre de la Fnac Coralie Piton. Le risque implicite exprimé est que les personnes préfèrent regarder une série, jouer en ligne ou même lire autre chose que des livres sur leurs terminaux fixes et mobiles. En effet, ce ne serait pas la lecture en soi qui régresse : sur internet on lit les réseaux sociaux, des blogs… D’où cette conviction de la stratège de la Fnac : "le numérique peut être un moyen pour reconquérir des moments de lecture".

 

La présidente et cofondatrice de Youboox, Hélène Mérillon estime, elle aussi, que la disparition du livre des écrans est un des deux dangers qui menace l’édition, avec le risque de piratage qui a été fatal à l’industrie musicale.

En bonne vendeuse de son business, elle estime que les offres de streaming de livres pourraient être une solution, assurant que les livres proposés s’adressent à des publics complémentaires de ceux de l’édition traditionnelle (petits lecteurs, lecteurs dans des pays francophones…). Youboox revendique 1 million de lecteurs dont la moitié hors de France et sa présidente assure reverser la moitié du chiffre d’affaires à la chaîne du livre.

 

le streaming toujours en débat

Une argumentation qui ne convainc qu’à moitié Coralie Piton de la Fnac qui calcule que le coût d’un abonnement représente l’équivalent de l’achat de dix livres, ce qui correspond à la consommation d’un bon lecteur en France (!). Autrement dit, pour elle, la valeur produite par les offres de streaming n’est pas évidente.

 

Les débats sur ce qui est arrivé à l’industrie musicale éclaire aussi d’un regard mitigé l’attrait des offres d’abonnement. Paradoxal, Benjamin Petrover estime qu’elles "ont été une bonne nouvelle, puisque grâce à elle une génération qui n’a jamais payé auparavant l'a fait." Il insiste sur le rôle négatif du gouvernement qui a, selon lui, "préféré équiper les ménages à Internet, quitte à sacrifier l’industrie musicale qui avait appelé à l’aide dès 1999".

 

Reste que les solutions de streaming ne font pas l’unanimité. Le secrétaire général de la Sacem, David El Sayegh, une des difficultés rencontrées par les sociétés de collecte vient du fait que certaines sociétés de collecte de droits se sont retrouvés face à des entreprises qui ne voulaient pas négocier. Une vision partagée notamment par le CEO de Qobuz, Yves Riesel : "certains ont mis des millions sur la table pour avoir leur pré carré, peu leur importait qu’il soit vide. Ils ne recherchaient ni la qualité, ni le soin de rémunérer toutes les parties prenantes. Ce qu’ils voulaient c’était le monopole". Une fois arrivé à cette situation, ils ont les mains libres pour négocier dans une situation qui les avantage, selon le pdg de l’entreprise française actuellement en grande difficulté financière.

 

S'allier au lieu de discuter

Pour Loïc Rivière, cette analyse doit être relativisée, car il estime que les offres de streaming ont souffert au début de la réticence des maisons de disques à ouvrir leur catalogue. "Deezer a reversé jusqu’à 94 % de son chiffre d’affaires aux ayant-droits, calcule-t-il. S’il s’en est sorti, c’est grâce à l’appui de son actionnaire Orange, alors que ce qui manque à Qobuz c’est l’appui d’un industriel".

 

Face à ce panorama de la situation de l’industrie musicale, les éditeurs de livres auraient intérêt à avoir une approche plus offensive, en anticipant ce qui s’est passé. Une des difficultés de ce secteur est qu’il comprend des groupes de grande taille (Hachette, Editis, ou encore l’entité issue du rapprochement de Gallimard et de Flammarion ou encore le groupe Actes Sud) et des maisons plus modestes. Face à la puissance des GAFA, la division n’est pas un atout.

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