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Le numérique en campagne : Open data, le nouveau digital washing des candidats

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Tribune Chaque semaine le Think Tank Renaissance Numérique décortique les propositions et petites phrases relatives au numérique des candidats déclarés à la présidentielles 2017 (ou à l'une de ses primaires). Cette semaine, ce sont les annonces des candidats sur la politique d'ouverture des données publiques qui passent à la moulinette de ce fact checker digital. 

Le numérique en campagne : Open data, le nouveau digital washing des candidats
Selon le think tank Renaissance Numérique, les candidats auraient une vraie marge de manœuvre pour proposer une politique de la donnée ouverte innovante et efficace, mais ils manquent malheureusement d'imagination sur ce point. © justgrimes - Flickr CC

Pour afficher une image de modernité teintée de numérique, les candidats en lice pour la Présidentielle proposent tous l’obligation généralisée de l'« open data » pour l’administration publique. Outil de transparence et contre-pouvoir citoyen, chacun affirme qu’il sera LE candidat à faire aboutir cette ouverture de l'Etat. 

 

  • Pour François Fillon, il s'agit de « mettre l’open data au service de l’action publique »;
  • Pour Arnaud Montebourg, l'idée est « d’organiser de manière obligatoire la libération des données publiques, notamment en matière de finances publiques » ;
  • Pour Benoît Hamon, il faut mener « une politique d’open data et de transparence des données publiques » et garantir « un large accès du public aux données conservées et traitées par les administrations publiques » ;
  • Emmanuel Macron, lui, se dit prêt à « ouvrir l’accès aux données ».

 

Aucun des candidats ne va plus loin que cette annonce programmatique, peu coûteuse du fait que la généralisation de l’open data a déjà été votée dans la loi numérique d’Axelle Lemaire. Dans leur programme, les candidats ne font donc qu’annoncer, stratégie bien courante, une mesure déjà actée.

 

Pourtant la politique d’open data telle que l’implémente la loi numérique est encore loin d’être suffisante pour faire de la libération de la donnée un contre-pouvoir citoyen effectif. Les candidats auraient donc une vraie marge de manœuvre pour proposer une politique de la donnée ouverte innovante et efficace, mais ils manquent malheureusement d'imagination sur ce point.

 

Parler d'open data ne suffit pas à mettre en place un vrai contre-pouvoir citoyen

Sans préciser ni pourquoi, ni comment, les candidats s’engouffrent donc dans l’« open data washing ». Mais au-delà d’une mesure de maquillage, aucun d’entre eux ne détaille comment rendre opérationnelle une telle politique en faveur du contrôle citoyen.

 

En effet, il ne faut pas avoir d’illusion sur le fait que la donnée ouverte, même après l’entrée en vigueur de la loi numérique, ne créera pas réellement de valeur pour la vie publique, sans que ne soient levés, au préalable, un certain nombre d’obstacles.

 

Le premier d’entre eux repose sur le fait que les citoyens ne sont pas formés à traiter cette donnée, et qu’aujourd’hui, bien rares sont les organisations à savoir s’en saisir. Deuxièmement, les données libérées sont souvent des données de second rang (parcs, pistes cyclables, etc.), sans grand impact pour la transparence de la vie publique. Enfin, les données seraient libérées sans une étude approfondie de leur possible impact sur le droit au respect de la vie privée et celui du secret des affaires. 

 

La Qualité des données Libérées, plutôt que la quantité

La fondation Jean Jaurès et le think tank Renaissance Numérique vont porter prochainement de nouvelles propositions sur les enjeux de la politique à l’heure du numérique. Ces propositions s’orienteront sur plusieurs axes, comme la co-construction et l’évaluation des politiques publiques, ou encore la transparence et l’ouverture des acteurs publics.

 

Un des freins identifiés à la libération des données, est la lenteur et la difficulté avec lesquelles les administrations récoltent et traitent ces informations. Ainsi, pour une politique open data concrète et qui fournit des résultats, il est nécessaire de se concentrer en priorité sur la qualité des données libérées, plutôt que la quantité. Ces données doivent être utiles aux citoyens, actualisées, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, car les agents de la fonction publique n’ont pas encore dans leur feuille de route la mission d'entretien des données.

 

Former les citoyens à la data science

Par ailleurs, pour faire de la donnée un réel levier citoyen, il faut former ce dernier à la manipuler et à la faire parler. La data science ne doit plus être réservée exclusivement à un petit groupe d’acteurs du numérique ou à quelques geeks, au risque de limiter l’efficacité de ce contre-pouvoir. Ainsi des moyens doivent être alloués à la formation des citoyens à la data science, par des associations de la société civile, afin d’exercer pleinement leur prérogative d’évaluation de la vie publique. De plus, une réflexion doit être menée pour modifier le format dans lequel les données sont libérées, afin de rendre le portail data.gouv.fr plus accessible aux citoyens encore peu éduqués numériquement. 

 

Si les candidats veulent être à la hauteur des engagements pris sur la transparence de la vie publique, une politique d’ouverture des données publiques ne se suffit pas en elle-même. Elle doit être issue d'une vision plus ambitieuse du passage à une société collaborative où l'individu voit ses moyens d'action renforcés.

 

Les prémisses des travaux du think tank Renaissance Numérique et de la Fondation Jean Jaurès sont expliqués dans la web émission "Démocratie : le réenchantement numérique ?", en présence d’Axelle Lemaire, Secrétaire d’État chargée du numérique et de l’innovation.

 

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