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Plates-formes, cloud, big data... l'Arcep doit repenser son rôle, selon Emmanuel Macron

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Le 19 janvier, Sébastien Soriano, présentait ses premiers vœux de président de l’Arcep, accompagné d’Emmanuel Macron. Rajeunissement du ton, changement de méthode et surtout évolution du rôle du régulateur, au delà des seuls télécoms jusqu’aux plates-formes.

Plates-formes, cloud, big data... l'Arcep doit repenser son rôle, selon Emmanuel Macron
Plates-formes, cloud, big data... l'Arcep doit repenser son rôle, selon Emmanuel Macron © Emmanuelle Delsol

A l’Arcep, le changement, c’est maintenant. Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le 19 janvier, le secteur des télécoms a entendu un régulateur rajeuni entre autres par son président, Sébastien Soriano. La cérémonie a pris des airs plus dynamiques et actuels, mais l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) a confirmé l’évolution de ses missions, de son périmètre d’action et de ses méthodes.

 

Réinventer la mission

C’est Emmanuel Macron lui-même qui l’a affirmé. En matière de télécoms et de numérique “le gouvernement et l’ARCEP doivent réinventer leur mission. Pour accompagner notre société, l’économie, les acteurs, en préservant les règles mais aussi les préférences collectives comme la protection des données". Selon lui, il faut savoir penser le cadre et la règle de la liberté nécessaire au numérique, avec de l'investissement, une saine concurrence, la couverture du pays, et la transparence des services et de prix pour l'utilisateur.

 

Renouer avec la flamme des débuts

Duo bien huilé avec le président de l’Arcep qui a listé, à l’occasion du bilan de sa revue stratégique, quatre piliers en parfaite cohérence avec le discours du ministre de l'économie. Sébastien Soriano a ainsi fait de l’investissement dans les infrastructures, de la connexion des territoires, de l’Internet ouvert et d’un prisme favorable à l’innovation, les bases de sa stratégie. “Il faut renouer avec la flamme des débuts de l’ouverture à la concurrence, quand les opérateurs étaient encore des start-up”, s’est-il enthousiasmé.

 

Parmi les douze chantiers de l’Arcep, on trouve d'ailleurs des sujets totalement nouveaux. Comme l’étude des terminaux avec leurs OS, leurs navigateurs. L’internet des objets et ses réseaux, et ses possibles opérateurs. Et surtout la très attendue régulation des plates-formes. “Il y a urgence à les comprendre”, a affirmé le président de l’Arcep.

 

Trop traîner nourrit la frustration sociale

Emmanuel Macron a souhaité prendre deux résolutions 2016 pour le secteur des télécoms : la vigilance et l’insolence. La vigilance quant à la poursuite l’investissement, à l’égalité d’accès à la couverture mobile, au partage de réseaux mobiles et à l’itinérance -sujet sensible alors qu’Orange tente de racheter Bouygues Telecom-, à la poursuite du plan THD. Le ministre a d’ailleurs rappelé en particulier la promesse de François Hollande au monde rural de la prise en charge par l’Etat du coût de construction des pylônes dans les 300 communes recensées en zone blanche. Emmanuel Macron a fait de ce thème un enjeu fort bien plus politique que simplement technique ou concurrentiel. “2016 doit être l’année du déploiement massif de la fibre optique, a-t-il insisté. Y compris dans les zones les moins rentables. Sans cela, cela nourrit la frustration sociale, la colère politique et le malaise.”

 

Prendre en compte l’inclusion très tôt

Le président de l’Arcep a d’ailleurs regretté que le régulateur, comme l’Etat et les opérateurs n’aient pas mieux pris conscience du revers de l’engouement pour le numérique et les télécommunications : la dépendance que les Français auraient développé vis à vis d’eux. “Il faut prendre en compte l’inclusion numérique dès le départ. Il faut orienter le marché vers la couverture, c’est pour cela que nous avons ajouté celle des trains lors de l’attribution de la bande des 700 MHz.”

 

Réguler les nouveaux usages

La deuxième résolution d’Emmanuel Macron, l’insolence, est destinée à “garder la capacité à innover et à penser différemment. Car c’est un préalable à la modernisation de l’économie”. Cette deuxième résolution, condition de l’innovation du pays pour le ministre, revêt quatre aspects : l'investissement dans les nouveaux réseaux comme l’Internet des objets, la neutralité du Net, l’amélioration des réseaux mobiles et l’amélioration des cartes de couverture. Pour le ministre L’Arcep doit repenser son rôle. “Le gouvernement mobilise l’écosystème, l’Arcep agit sur le socle. Mais cela ne concerne plus uniquement les télécoms, mais aussi les usages, tout un écosystème. Il faut aussi réguler les nouveaux usages (cloud, big data, sécurité…) qui s'appuient sur les réseaux, mais pas les freiner.”

 

Penser européen

“On ne peut plus penser seulement dans un cadre national", a affirmé Emmanuel Macron. Il faut aussi porter l’esprit de conquête au niveau européen. Et il se trouve que désormais Sébastien Soriano va aussi présider le Berec, le régulateur européen. Un rôle à jouer dans la fixation des règles du marché unique mais aussi dans la capacité à construire un vrai marché.

 

La multitude

Côté méthode aussi, le changement, c’est maintenant. Le régulateur veut s’appuyer sur la multitude et réguler par la data. En mettant en place des dispositifs de signalement et en “dégroupant la data”. C’est à dire en allant par exemple la chercher chez les opérateurs pour comparer les niveaux de service. Mais le régulateur veut aussi conserver une valeur ajoutée face à cette multitude qui peut faire pression. “Nous sommes un arbitre, mais nous devons aussi être un expert”, insiste Sébastien Soriano. Déjà saisie par le gouvernement sur les questions de bande passante, par exemple, l’Autorité va l’être de nouveau par Axelle Lemaire sur l’accélération de la bascule en IPv6.

 

L’Arcep va aussi davantage collaborer avec les autres institutions. Elle a accepté de travailler à la mise en place d’un forum des institutions proposé par le CSA pour partager des études et mieux comprendre le numérique. Elle va renforcer sa collaboration avec la CNIL sur la protection des données personnelles.

Orange-Bougues Telecom Sur toutes les lèvres

Aux vœux de l’ARCEP, ni le ministre de l’économie, ni le président de l’Autorité n’ont fait d’allusion sur scène au possible rachat de Bouygues Telecom par Orange. Pourtant il était sur toutes les lèvres. Et le spectacle était aussi dans la salle. Il faut rappeler que la filiale de Bouygues était convoitée en juin 2015 par Altice, et que ce dernier comme Iliad sera concerné par l’opération. Alors le moindre rapprochement, la moindre conversation entre les nombreux dirigeants de ces groupes, tous présents pour l’occasion, étaient observés à la loupe, et  l’objet de commentaires, de supputations, d”interprétations.

Pour commencer,  la présence du très rare Patrick Drahi a déclenché flashs et brouhaha à son arrivée. Mais aussi au moment où Michel Combes et lui ont abordé un Stéphane Richard, bien obligé de sourire et de poser pour la photo. Le PDG d’Orange était jusque là assis à coté de Didier Casas, le secrétaire général de Bouygues Telecom. Un moyen opportuniste pour Altice de se rappeler au bon souvenir d’Orange?…. Ou pas… Après la conférence, les patrons des deux groupes se sont éclipsé.

En revanche, on a pu voir Xavier Niel, le fondateur d’Iliad, en grande conversation avec Bruno Lasserre, Le président de l’autorité de la concurrence. Un peu plus tard, le patron de Free et son DG, Maxime Lombardini, échangeaient avec Pierre Louette, directeur général délégué d’Orange. Pour autant, qu’on ne s’y trompe pas. Le petit monde des télécoms français était de sortie et a profité des vœux de son régulateur pour faire le show. Mais il ne montre en public que ce qu’il veut bien.

 

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