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Pourquoi l'Inde refuse les Free Basics de Facebook

| mis à jour le 09 février 2016 à 12H28
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Analyse Le régulateur indien des télécoms interdit désormais aux fournisseurs de services de vendre ou d'offrir un accès différencié et incomplet à internet. Cette décision confirme l’interdiction faite à Facebook dès fin décembre de proposer ses Free Basics, comme nous l'écrivions dans l'article ci-dessous. En tentant de se défendre, et en persistant à jouer la carte de l’humanitaire, Mark Zuckerberg n’avait alors fait que jeter de l’huile sur le feu. En jeu, le droit à la neutralité du Net, y compris pour les plus pauvres !

Pourquoi l'Inde refuse les Free Basics de Facebook
Pourquoi l'Inde refuse les Free Basics de Facebook © Internet.org

L’Inde a claqué - au moins provisoirement - la porte au nez de Mark Zuckerberg et de ses Free Basics, le 23 décembre. Le jeune patron de Facebook a pourtant décidé, dans une stratégie qui semble plutôt risquée, de persister en s’impliquant directement dans la bataille qui l’oppose au régulateur local, TRAI.

 

Avec Free Basics, émanation d’Internet.org, Facebook propose via l’opérateur Reliance, une liste de services Internet "de base", comme leur nom l’indique. Des services choisis et maîtrisés par le Californien et ses partenaires. Une version allégée de son propre réseau social, bien sûr, mais aussi le moteur Bing de Microsoft plutôt que Google, etc.

 

Facebook n'est pas Internet

De quoi contrarier les autorités du pays, et de nombreux indiens. Car Facebook n’est pas Internet, comme le rappelait en mai 2015 au quotidien britannique le Guardian, Tim Berners-Lee, inventeur du web, dans un article où il recommandait de "just say no" à Internet.org...

 

Parmi les nombreux indiens mobilisés contre Free Basics, des universitaires vont jusqu’à le juger dangereux au plus haut point, et ce pour trois raisons principales. Un, Free Basics détermine seul quels sont les services de bases nécessaires aux internautes indiens. Deux, il contrôle de fait quel coût est appliqué à tel ou tel contenu. Trois, il a accès à tous les contenus personnels créés et utilisés par des millions d’indiens…

 

Pays émergent ou pas, la méfiance vis-à-vis des géants du net est toujours la même. Facebook a fait un pas vers le régulateur en acceptant que des développeurs indépendants proposent leurs services dans Free Basics, mais il reste celui qui choisit. Sans surprise, la démarche est apparue insuffisante pour le TRAI.

 

Zuckerberg ne comprend pas pourquoi l'Inde ne veut pas de sa bienveillance

Mark Zuckerberg s’obstine pourtant, via étonnante tribune publiée le 28 octobre dans le Times of India. Dans un article sur Quartz publié le même jour, la journaliste Alice Truong parodie le patron de Facebook : "Mais quelle mouche a donc piqué l’Inde ?" s’interroge-t-elle à sa place, avec ironie. Sans détour, elle se moque des intentions du Californien, de son paternalisme et surtout de sa réaction face aux réticences du pays, et à l’interdiction de Free Basics. Pour elle, Mark Zuckerberg a réagi en passif-agressif, en enfant injustement privé de son jouet, et submergé par une incompréhension tout occidentale. Une incompréhension face à une Inde qui ose refuser l’aide bienveillante de Facebook qui souhaite pourtant apporter Internet gratuitement à tous ses habitants…

 

La décision du régulateur indien a sonné comme un rappel cinglant aux géants américains. Ni l’Inde, ni aucun grand pays émergent, ne sont prêts à vendre leur âme pour avoir Internet. Même sans tomber dans le drame faustien, l’Inde est pauvre certes, mais son faible niveau de connexion au réseau des réseaux ne requière pas pour autant de lui proposer une solution au rabais. Et comme le rappelle l’article d’Alice Truong, elle n’empêche pas les Indiens de tenir tout particulièrement à la neutralité du Net. Et de poursuivre : ce principe n’est pas une question dont seuls les pays occidentaux, riches, se préoccupent.

 

Pourquoi persister à faire passer son ambition pour de l'humanitaire ?

Contrairement à nombre de ses concurrents, Mark Zuckerberg commet un vrai digital faux pas. Il persiste à faire passer ses ambitions, après tout légitimes pour une entreprise, d’augmenter ses parts de marché dans le monde, pour une action humanitaire. Il a lancé Internet.org sur ce mode. Et en Inde, il s’est répandu en interviews, pages de publicité; avec une campagne pour conduire le public indien à influencer le régulateur en sa faveur… On peut se demander pourquoi.

 

Personne n’est dupe. Amazon, en pleine conquête de l’Inde, ne prétend pas vouloir équiper chaque indien d’un téléphone pour le sauver de la misère. Quoi que l’on pense de l’entreprise de Jeff Bezos loin d’être exempte de tout défaut, le géant du e-commerce contribue pourtant à le faire, en développant tout simplement son activité dans le pays et en vendant entre autres des mobiles chinois abordables même dans les quartiers pauvres... Un petit conseil pour Mark Zuckerberg peut-être ?

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

2 commentaires

Jennifer @ xilopix.com

31/12/2015 16h25 - Jennifer @ xilopix.com

Il sera intéressant de voir ce que le débat va donner comme résultat dans les prochains jours, car déjà Facebook avec Free Basic s'est déjà retiré d'Egypte...

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rd

31/12/2015 14h11 - rd

Il s'agit juste d'une remarque de forme qui m'agace : emergent (pays émergents) ne prend pas de "a". Cette faute est visible dans plusieurs articles de vos journalistes. Merci http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/pays_émergent/47084

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