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Travail et numérique : Il faut laisser l'innovation se développer avant de réguler selon le ministre du Travail américain

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Entretien Exclusif Vendredi 15 janvier s'est tenu à Paris, au siège de l'OCDE une rencontre des ministres du Travail des pays membres. Chercheurs, syndicalistes et politiques ont esquissé leur vision de l'avenir du travail à l'heure de la mondialisation et de la numérisation. A cette occasion, le secrétaire d'état au Travail des Etats-Unis, Thomas Perez a accepté de répondre aux questions de L'Usine Digitale et de L'Usine Nouvelle. Une interview à l'américaine évidemment : dix minutes très pro entre deux portes. Top chrono. Mais suffisament pour qu'il nous explique qu'Outre-Atlantique, l'important est de laisser l'innovation se développer avant de légiférer sur les protections pour les salariés et les contributeurs de ces acteurs émergents. Une phase d’observation qui n’aura qu’un temps assure le ministre, pour qui "tout le monde doit profiter des gisements d'innovation" et bénéficier "d'un filet de sécurité."

Travail et numérique : Il faut laisser l'innovation se développer avant de réguler selon le ministre du Travail américain
Travail et numérique : Il faut laisser l'innovation se développer avant de réguler selon le ministre du Travail américain © Tiffany L. Koebel

L'Usine Digitale : Êtes-vous inquiet de l’évolution des emplois à l’ère digitale avec d’un côté des emplois très qualifiés, d’autres très peu qualifiés et au milieu une disparition des emplois de la classe moyenne ?

Thomas Perez : L’enjeu de la création d’emplois est de s’assurer que, dans tous les secteurs, la classe moyenne est embarquée dans le train. Cette question se pose aussi bien dans ce qu’on appelle "l’économie du partage" que dans l’économie traditionnelle. Ainsi, l’industrie manufacturière a évolué. Si vous allez sur un site, vous allez voir des travailleurs se balader avec des iPad. Dans le monde d’hier, beaucoup de gens travaillaient avec leurs seuls muscles. Aujourd’hui, ils ont besoin de leur cerveau et de leurs muscles. C’est pourquoi nous investissons à ce point dans les compétences par la formation. Il faut que dans cette nouvelle économie, l’innovation soit inclusive socialement.

 

Mais à quelles conditions peut-elle être inclusive ?

Il faut que les nouvelles opportunités de travail disposent d’un filet de sécurité, que ces nouveaux emplois ne soient pas des voies sans issue. Aux Etats-Unis, comme à l’OCDE lors des conférences sur le futur du travail, nous avons beaucoup parlé de cette nouvelle économie "on demand" et de son impact. C'est une évolution qui suscite beaucoup d’intérêt et nourrit des discussions passionnées.

 

Je crois que le plus grand risque serait d’essayer de ralentir le développement d’une innovation technologique, cela n’a jamais fonctionné dans l’histoire. Il faut s'en emparer à bras le corps et s’assurer ensuite de la rendre inclusive.

 

Il faut que les travailleurs de cette "nouvelle" économie en profitent grâce à l'adoption de bons outils. Il ne faut pas qu'ils soient écrasés par elle. Nous avons réuni les employeurs, les travailleurs et leurs représentants pour imaginer ce que pourrait être cette innovation inclusive. Ce nouvel espace du "on demand" doit procurer des opportunités aux travailleurs, avec des salaires décents, si l'on veut que cette innovation fonctionne.

 

La ministre du travail allemande s'est insurgée contre les plates-formes qui ne paient pas d’impôts en Europe, alors qu’elles y réalisent une partie de leur business. Que pensez-vous de cette attitude, et avez-vous les moyens de les forcer à contribuer ?

 

Pour ce que j’en sais, les plates-formes américaines, payent leurs impôts aux USA pour le service qu’elles offrent là-bas. Ce n’est pas un sujet dans nos discussions avec ces compagnies émergentes. Ce dont nous parlons, c’est du filet de sécurité sociale pour leurs travailleurs : les salaires mais aussi une assurance accident. Si vous êtes blessés pendant le travail dans une usine vous avez une compensation, comment s’assurer d'une protection équivalente avec le travail à la tâche ? Et comment développer de manière générale différentes formes de protection ?

 

Pourriez-vous légiférer sur ce sujet ?

Nous avons des discussions. Mais nous voulons avant tout avoir une meilleure vision de cette nouvelle économie, de sa taille, de ses contours. Avant de commencer par réguler nous avons déjà besoin de comprendre en profondeur les défis et les opportunités. C’est là-dessus que nous travaillons en ce moment.

 

Si la création d’emplois est très dynamique aux Etats-Unis, le taux d’activité reste bas à 62,6 %. Y-a-t-il des emplois pour tout le monde ?

Nous vivons une longue période ininterrompue de création d’emplois. Cela dure depuis 70 mois et nous avons créé 14,1 millions de jobs. Il est vrai que le taux d’activité a baissé mais c’est un phénomène qui a commencé il y a 30 ans. La première cause est démographique : notre société vieillit. Cela n’a donc pas de sens de comparer le taux d’activité actuel avec celui, par exemple de l’année 1977, comme l'a fait récemment l'un de mes interlocuteurs. A l’époque il y avait beaucoup plus de jeunes susceptibles d’être en emploi. Mais si la démographie est la première cause de cette baisse d’activité, ce n’est pas la seule.

 

Nous pouvons mettre en oeuvre des politiques pour avoir plus de gens qui participent au marché du travail. La principale est de recevoir un revenu de remplacement en cas d’absence forcée. Par exemple, si vous avez un enfant aux Etats-Unis, vous avez intérêt à avoir épargné avant pour financer votre arrêt de travail. Nous pourrions avoir plus de femmes qui travaillent si nous avions une prise en charge digne du 21e siècle de leur congé maternité.

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