[Etude] Les entreprises peinent encore à utiliser le plein potentiel du cloud

Étude Seuls 12 à 15% des entreprises utilisent le cloud autrement que pour stocker des données, selon une étude menée par Accenture. Ces entreprises ont su s'approprier cette technologie à différentes échelles afin d'être davantage compétitives et innovantes. Alain Lesenechal, directeur exécutif Cloud First chez Accenture, revient sur les résultats de cette étude et l'intérêt pour les entreprises d'une stratégie "cloud-first".

[Etude] Les entreprises peinent encore à utiliser le plein potentiel du cloud © Numérique.gouv.fr

Depuis quelques années les entreprises se sont majoritairement tournées vers le cloud. Que ce soit pour stocker leurs données, collaborer avec leurs employés et partenaires ou booster leurs innovations, comme le liste une étude menée par Accenture (voir méthodologie à la fin). Un virage technologique qui s'est accentué avec la pandémie de Covid-19 qui a conduit à accélérer la transition numérique des entreprises.

Pourtant l'usage qui en est fait diffère d'une organisation à l'autre. Seuls 12 à 15% des entreprises intègrent le potentiel complet du cloud à leur développement, ce sont les "concurrents du continuum", comme l'explique Alain Lesenechal, directeur exécutif Cloud First chez Accenture, à L'Usine Digitale.


Une adoption à deux vitesses
Beaucoup d'organisations considèrent encore le cloud uniquement "comme un nouveau réceptacle. Un data center qui est la destination d'une migration simple de leurs données", indique Alain Lesenechal. Seul un petit pourcentage d'entreprises (12 à 15%) cherche à en tirer une plus grande valeur. Ce groupe "s'engage dans une trajectoire plus sophistiquée en considérant le cloud comme un continuum de technologies qui s'étend sur différents sites et types de propriétés", ajoute le directeur exécutif Cloud First.

Ces organisations utilisent le cloud à différents échelons et emploient différentes technologies telles que "la 5G et les réseaux définis par logiciel (software-defined networks) de type cloud-first". Ces entreprises "innovent davantage au niveau de l'automatisation, de la réorganisation du travail, de l'expérience client, etc., relate Alain Lesenechal. Elles sont deux à trois fois plus performantes que le reste du groupe".

Des économies plus importantes
De manière globale, le cloud permet aux entreprises de faire des économies. Mais les concurrents du continuum "réalisent une réduction des coûts entre 1,2 fois (Amérique du Nord) et 2,7 fois (Europe) supérieure à celle des organisations qui se concentrent principalement sur la migration des données", détaille Alain Lesenechal.

Qui sont ces "concurrents du continuum" ? Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les entreprises faisant partie de ce groupe ne sont pas forcément des sociétés technologiques par définition. "L'accélération et l'adoption du cloud est universelle et ceux qui y arrivent le mieux sont ceux qui le font le plus rapidement", indique simplement Alain Lesenechal. Certaines entreprises, en service depuis plus de 150 ans, ont su réussir cette transition en faisant preuve d'agilité. "Elles ont su aller chercher les économies, et apporter une nouvelle offre de service sur leur marché cible, auprès des clients ou en interne auprès des salariés, etc.", indique Alain Lesenechal.

De nouvelles formes de revenus
Les "concurrents du continuum" donnent la priorité à l'expérience et investissent en ce sens. "Ils utilisent une combinaison de conception centrée sur l'humain et des technologies basées sur le cloud computing, tel que l'edge computing, pour repenser l'expérience et la rapprocher de l'endroit où leurs clients, partenaires et employés s'engagent", confie l'expert.

L'utilisation du cloud sous toutes ses formes a également permis aux entreprises "d'accéder à des revenus qu'elles n'étaient pas en mesure de dégager autrement", dévoile Alain Lesenechal. La pandémie a entraîné "la création de nouvelles unités commerciales, permettant de proposer des solutions et des services dont le développement n'était pas prévu initialement", ajoute-t-il. 

Menace de cyberattaques
Pourtant, le passage à une stratégie "cloud-first" peut, pour certaines organisations, être freiné par la menace des cyberattaques qui se multiplient ces derniers temps. "La capacité d'innovation des 'hyperscalers' montre qu'elles ne mettraient pas à mal leurs organisations et qu'elles investissent de ce fait dans la sécurité", tempère l'expert. La question des données, de leur gestion et le risque des failles numériques restent "des questions prédominantes à tous les niveaux, mais je pense que c'est une crainte qui n'est pas justifiée factuellement ou techniquement", a ajouté Alain Lesenechal.

Enfin, si aujourd'hui les entreprises profitant du plein potentiel du cloud ne représentent qu'un petit pourcentage, les chiffres devraient augmenter dans les années à venir, notamment du côté de l'industrie automobile prévoit Accenture. "Tous les acteurs s'orientent vers une vision du véhicule proche de celle de Tesla et envisagent la voiture comme une plateforme à part entière", explique Alain Lesenechal. Les entreprises du secteur mettent de ce fait les moyens nécessaires pour développer ce type de produit et investissent massivement pour prendre ce virage technologique. "Ce n'est ni envisageable ni envisagé que cela se fasse sans le cloud, ces acteurs vont très certainement rejoindre ceux du continuum beaucoup plus rapidement que le reste", projette Alain Lesenechal.

*Méthodologie : L'enquête a été menée auprès de 4 000 cadres supérieurs d'organisations des secteurs privé et public dans le monde entre 2020 et 2021. Auprès d'entreprises IT et non.