Les Etats-Unis disent avoir des preuves que Huawei peut accèder aux réseaux télécoms depuis dix ans au moins

Vu ailleurs L’administration américaine réaffirme que le géant chinois Huawei a la capacité d'espionner les réseaux télécoms pour lesquels il fournit des équipements, et ce depuis au moins une dizaine d’années. Afin de convaincre leurs alliés à travers le monde, les Etats-Unis sont désormais disposés à leur fournir des preuves de ce qu'ils avancent. Ils les ont déjà transmises à l’Allemagne et au Royaume-Uni l'année dernière, et la France pourrait prochainement imposer des restrictions.

Les Etats-Unis disent avoir des preuves que Huawei peut accèder aux réseaux télécoms depuis dix ans au moins © Arthur Le Denn

Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis accusent Huawei d’espionnage pour le compte de Pékin. Mais le Wall Street Journal rapporte mardi 11 février 2020 que l’administration Trump est désormais disposée à partager ses preuves que le champion chinois dispose de la capacité technique d'accéder aux réseaux cellulaires de ses clients, et ce depuis au moins dix ans. Des backdoors auraient été créées dans ses équipements à cette fin spécifique, et bien entendu à l’insu des opérateurs télécoms.

"DES PREUVES CLAIRES ET DIRECTES"

"Nous avons des preuves comme quoi Huawei est secrètement capable d’accéder à des informations sensibles et personnelles via les infrastructures réseau utilisant ses équipements partout dans le monde", a assuré Robert O’Brien, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis. Il a aussi révélé que le gouvernement américain s'en est aperçu dès 2009, lors qu'il a audité les premiers équipements 4G de l'entreprise.

Les équipementiers sont légalement obligés de prévoir une possibilité d'accès à leurs produits à destination des autorités, mais il est aussi requis qu'ils ne puissent pas y accéder eux-mêmes sans le consentement de l'opérateur télécoms. Or Huawei ne respecterait pas ces règles... Et mettrait ces capacités au service des services secrets chinois. C’est pourquoi le gouvernement américain a placé l’entreprise sur liste noire en 2019.

Depuis le début de l’année, la presse allemande avance que le cabinet d'Angela Merkel dispose de "preuves claires et directes" quant aux pratiques de Huawei en la matière. Ces documents, remis par les Etats-Unis, ont également été transmis au gouvernement britannique. Ce dernier a, malgré la pression qui était exercée sur lui, décidé de ne pas interdire l’intégralité des équipements de la marque au lotus, préférant cantonner son rôle à la périphérie de réseau. Un compromis similaire pourrait être trouvé en Allemagne dans les prochaines semaines.

LA FRANCE POURRAIT finalement LIMITER LE RÔLE DE HUAWEI

La France, elle, avance prudemment en terrain miné. Alors que la Chine est devenue un partenaire économique majeur, bannir Huawei reviendrait à ternir les relations commerciales entre les deux pays. L’exécutif s’est, donc, muré dans le silence à la suite de l’adoption par le Parlement de la loi sur la sécurité des réseaux mobile. Face à la pression des opérateurs télécoms, très inquiets d’investir dans des équipements qui pourraient un jour être prohibés, le gouvernement devrait prochainement sortir de sa réserve pour imposer un plus grand nombre de restrictions à l’encontre de la marque au lotus.

Ainsi, ce dimanche 9 février 2020, l’ambassade de Chine en France s’est dite "choquée et inquiète" en apprenant, par voie de presse, que la décision aurait été prise d’"interdire aux équipements 5G de Huawei d’être utilisés dans des dizaines de grandes villes françaises et imposer à Huawei une durée de validité d’autorisation nettement plus courte que celles des équipementiers européens, comme Nokia et Ericsson". Si le gouvernement n’a pas officialisé cette prise de position, celle-ci pourrait, donc, être plus ferme encore que celle adoptée par le Royaume-Uni. La Chine estime qu’une telle "différence de traitement constituerait une discrimination" à l’égard de ses entreprises et n’hésite pas à menacer le "partenariat global stratégique" liant les deux pays si ces mesures étaient finalement implémentées.