Microsoft abuse-t-il de sa position dominante en intégrant Teams à la suite Office, se demande Bruxelles

Vu ailleurs Slack a déposé une plainte car il accuse Microsoft d'être en situation de monopole avec son logiciel de discussion de groupe Teams, qui est intégré dans sa suite bureautique. Pour trancher ce litige, la Commission européenne a décidé de sonder les entreprises concurrentes en leur demandant de fournir des chiffres. En réalité, Microsoft n'est pas le seul à suivre cette stratégie. Google et Salesforce (propriétaire de Slack) font la même chose avec leur propre logiciel de discussion.  

Microsoft abuse-t-il de sa position dominante en intégrant Teams à la suite Office, se demande Bruxelles © Unsplash

La Commission européenne souhaite savoir si Microsoft abuse de sa position dominante en intégrant son logiciel de discussion de groupe Teams avec ses autres solutions, telles qu'Outlook, Word, Excel et Powerpoint. Pour trouver des éléments de réponse, elle a envoyé un questionnaire aux entreprises éditant un logiciel de discussion concurrent, telles que Zoom, Google (Meet) et Facebook (Messenger Rooms), d'après une dépêche Reuters publiée le 8 octobre 2021.  


Une plainte déposée en juillet 2020
A l'origine de la plainte se trouve Slack, entreprise éditrice d'un logiciel de discussion éponyme rachetée par Salesforce en décembre 2020 et concurrent direct de Teams, qui a déposé une plainte contre Microsoft devant la Commission européenne déposée en juillet 2020.

"Microsoft a illégalement associé son produit Teams à la suite bureautique Office qui a une position dominante sur le marché", arguait Slack à cette époque dans un communiqué. Ce faisant, il "oblige des millions de clients à installer Teams, bloquer sa suppression et cache le coût réel pour les entreprises" utilisatrices d'Office. Slack attend donc de Bruxelles qu'elle oblige Microsoft à commercialiser Teams comme un produit à part de sa suite bureautique. 


Des questions sur la perte de revenus engendrée
Pour répondre à cette question, la Commission européenne doit mener une enquête. Dans son questionnaire, consulté par Reuters, elle demande aux sociétés concurrentes de fournir une liste de clients qui sont passés à Microsoft Teams, de préciser la perte de revenus que cette situation a engendrée ainsi que l'impact des produits intégrés sur leurs investissements dans l'innovation et la qualité et le prix de leurs produits.

La Commission souhaite également en savoir davantage sur l'impact de la pandémie de Covid-19 sur les logiciels de discussion. En effet, face à la massification du télétravail, le recours à ces outils a explosé. Ainsi, entre le 11 et le 19 mars 2020, l'utilisation de Microsoft Teams est passée de 32 millions d'utilisateurs actifs quotidiens à 44 millions à travers le monde, soit 12 millions d'utilisateurs en plus en seulement une semaine.

Teams intégré à Windows 11
A noter que depuis le dépôt de plainte de Slack, Microsoft Teams a également été intégré à Windows 11. Plus besoin de lancer l'application, le logiciel est directement accessible depuis la barre de tâches. Cette intégration pourrait être utilisée comme un nouvel argument pour attester de la position monopolistique de Microsoft, qui risque une amende pouvant aller jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires mondial (143,02 milliards de dollars en 2020). 

Mais en réalité, Microsoft n'est pas le seul à suivre cette stratégie d'intégration. Ainsi, Google a intégré son logiciel Meet dans sa suite, Google Workspace, comme Salesforce avec Slack. Seul Zoom y échappe pour l'instant car il n'a rien dans lequel intégrer sa solution. 

Microsoft a été condamné à plusieurs reprises pour des pratiques anticoncurrentielles. Sa dernière peine date de 2013 où il avait été condamné par la Commission européenne à une amende de 560 millions d'euros pour avoir favorisé son navigateur web, Internet Explorer, au détriment de ceux de ses concurrent.