Seuls 62,5% des contenus haineux sont supprimés des réseaux sociaux, d'après la Commission européenne

Étude Un tiers (37,5%) des contenus haineux en ligne signalés ne sont pas supprimés par les réseaux sociaux. Ce chiffre ressort du sixième rapport sur ce sujet publié par la Commission européenne. Sont concernées les plateformes telles que Twitter, Facebook, Instagram, YouTube ou encore TikTok.

Seuls 62,5% des contenus haineux sont supprimés des réseaux sociaux, d'après la Commission européenne © William Hook / Unsplash

Près de deux tiers (62,5%) des contenus haineux en ligne signalés sont supprimés par les réseaux sociaux. Un chiffre en baisse rapport aux années précédentes où 71% des contenus notifiés étaient supprimés. La Commission européenne a publié jeudi 7 octobre 2021 les résultats de sa sixième enquête sur la lutte contre les discours haineux illégaux en ligne (voir la méthodologie à la fin*). Ce rapport concerne les signataires du "code de conduite pour la lutte contre les discours haineux illégaux en ligne" : Facebook, Twitter, YouTube, Microsoft, Instagram, Google+, Snapchat, Dailymotion, Jeuxvideo.com et TikTok.

Disparités dans les signalements reçus
Ce chiffre de 62,5% cache quelques disparités. En mauvais élève, Twitter supprime seulement 49,8% des signalements reçus (contre 35,9% l'année précédente), YouTube 58,8%, Instagram 66,2% et Facebook 70,2%. Tous les réseaux ne sont pas non plus égaux en termes de notifications reçues : Facebook et Twitter sont largement en tête avec respectivement 1799 et 1595 notifications. Puis, viennent YouTube, Instagram, TikTok, Jeuxvideo.com. Snapchat, Dailymotion et Microsoft n'ayant reçu quant à eux aucune notification.

Incitation au meurtre ou à la violence, diffamation, images visant certains groupes… Ces contenus haineux regroupent un ensemble hétéroclite de propos. L'orientation sexuelle est le motif à la base des discours haineux qui a fait l'objet du plus grand nombre de signalements (18,2 %), suivi par la xénophobie (18 %), l'antitsiganisme (12,5 %) et l'antisémitisme (9,3%).

Globalement les réseaux sociaux agissent vite, en accord avec le code conduite, puisque 81% des notifications sont examinées dans les 24 heures, contre 90,4% en 2020. La Commission déplore toutefois le manque de retour d'informations aux utilisateurs concernant leurs notifications puisque seules 60,3% des notifications reçues ont un retour d'information. Un chiffre en baisse par rapport à l'année précédente (67,1%).

Méthodologie

Le sixième exercice a été mené sur une période de 6 semaines, du 1er mars au 14 avril 2021, par 35 organisations qui ont communiqué les résultats relatifs à un échantillon total de 4543 notifications émanant de 22 États membres. Les notifications ont été transmises soit par les canaux de signalement mis à la disposition de tous les utilisateurs, soit par des canaux spécifiques accessibles uniquement aux émetteurs de notifications/de signalements de confiance.


Besoin d'une réglementation stricte
"Les informations fournies par les entreprises des technologies de l'information sur les mesures qu'elles ont prises pour lutter contre les discours haineux, notamment les actions visant à détecter automatiquement de tels contenus, constituent une nouveauté dans l'évaluation de cette année", se félicite la Commission sans détailler plus. A ce niveau, les modalités concernant la modération des réseaux sociaux restent assez floues. Quels sont les contenus supprimés uniquement avec un algorithme ? Quels contenus sont visionnés par des algorithmes et des humains ? Quels sont ceux dont la modération relève uniquement d'opérateurs humains ?

La Commission européenne ajoute que ce code de conduite reste un accord informel et que cela ne suffit pas. "La législation sur les services numériques fournira des outils réglementaires solides pour lutter contre les discours haineux illégaux en ligne", commente Vera Jourová, vice-présidente chargée des valeurs et de la transparence. L'Union européenne planche actuellement sur un Digital Services Act pour réguler les géants du numérique. Une réglementation qui pourrait permettre de clarifier certaines règles puisqu'un tiers des contenus signalés par des organisations de lutte contre les discriminations ne sont pas supprimés. Cette différence d'appréciation quant à la teneur des propos tenus semble trop importante.