Google est condamné à une amende de 220 millions d'euros pour sa position sur le marché de la publicité

Saisie par des éditeurs de presse, l'Autorité de la concurrence a condamné Google à une amende de 220 millions d'euros pour avoir favorisé ses propres services dans le secteur de la publicité en ligne. L'entreprise américaine, qui n'a pas contesté les faits, a également pris des engagements sur l'interopérabilité de Google Ad Manager et a promis de mettre un terme aux dispositions qui favorisaient Google Ad. 

Google est condamné à une amende de 220 millions d'euros pour sa position sur le marché de la publicité © Stock Catalog-Flickr

La rumeur courait depuis quelques jours. C'est désormais officiel : l'Autorité de la concurrence inflige une amende de 220 millions d'euros à Google pour avoir favorisé ses propres services dans le secteur de la publicité en ligne, d'après une décision rendue publique ce lundi 7 juin. Ce sont News Corp, le groupe Le Figaro et Rossel La Voix qui avaient saisi l'autorité. Le Figaro s'était finalement désisté. 

Des engagements pris
Google a également proposé des engagements, acceptés par l'Autorité, qui modifieront la façon dont fonctionnent son service publicitaire DFP et sa plateforme de mise en vente AdX. Il a déclaré vouloir améliorer l'interopérabilité des services Google Ad Manager avec les solutions tierces de serveur publicitaire et de plateforme de mise en vente d'espaces publicitaires. Il s'est aussi engagé à mettre un terme aux dispositions qui favorisaient Google Ad. Ces engagements doivent obligatoirement être mis place, note l'autorité. 

Isabelle Da Silva, présidente de l'Autorité de la concurrence, s'est félicitée de cette "première décision au monde se penchant sur les processus algorithmiques complexes d’enchères par lesquels fonctionne la publicité en ligne 'display'". Cédric O, secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, s'est également réjoui dans un tweet de cette "étape décisive pour renforcer l'équité entre les acteurs". 

Dans sa décision, le gendarme français estime que Google a accordé un traitement préférentiel à ses technologies propriétaires proposées sous la marque Google Ad Manager, à la fois en ce qui concerne le fonctionnement du serveur publicitaire DFP, qui permet aux éditeurs de sites et applications de vendre leurs espaces publicitaires, et de sa plateforme de mise en vente SSP AdX au détriment de ses concurrents et des éditeurs.

Le modèle économique des éditeurs de presse fragilisé
Ces pratiques sont "particulièrement graves" car elles ont pénalisé les concurrents de la firme de Mountain View sur le marché du SSP (Supply Side Platform) et les éditeurs de sites et d'applications mobiles, indique l'autorité dans sa décision. Parmi eux, se trouvent les groupes de presse qui ont été affectés alors même que "leur modèle économique est par ailleurs fortement fragilisé par la décrue des ventes d’abonnements papier et la baisse des revenus publicitaires associés", regrette-t-elle.

Google a souhaité bénéficier de la procédure de transaction. Elle permet aux entreprises qui ne contestent pas les faits qui leur sont reprochés d'obtenir le prononcé d'une sanction pécuniaire à l'intérieur d'une fourchette proposée par le rapporteur général et ayant donné lieu à un accord des parties. 

Aux Etats-Unis, Google est également sous le feu des critiques. Début avril, un article du Wall Street Journal révélait l'existence du projet "Bernanke" dans le cadre duquel l'entreprise utiliserait les données provenant des sites d'éditeurs de presse (recueillies via ses produits, comme Google Ad Manager) pour optimiser les offres des annonceurs utilisant sa plateforme. Le but étant de s'assurer qu'ils remportent les enchères pour des espaces publicitaires compétitifs tout en payant les éditeurs les moins chers possibles.