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2e tour de la Présidentielle 2017 : quel numérique pour la France des cinq prochaines années ?

Comme chaque semaine, Renaissance Numérique revient sur l’actualité de la campagne présidentielle. Les urnes ont rendu leur verdict : le 2e tour de l’élection présidentielle se jouera sans les partis traditionnels de gouvernement, et verra s’affronter Emmanuel Macron (En Marche !) et Marine Le Pen (Front National). A travers ces deux candidats, ce sont deux visions du numérique qui s’affrontent. Dans un souci de clarté, nous comparons aujourd’hui cinq grandes thématiques (économie, démocratie, sécurité, culture et solidarité). Retrouvez l’intégralité de leurs mesures sur le site de Renaissance Numérique.
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2e tour : quel numérique pour la France des cinq prochaines années ?
2e tour de la Présidentielle 2017 : quel numérique pour la France des cinq prochaines années ?

Les résultats du dimanche 23 avril 2017 ont confirmé une tendance dégagée depuis quelques mois par les sondages : ce sont les deux favoris des pronostics, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui ont reçu le plus de suffrages et se qualifient par conséquent pour le 2e tour de l’élection présidentielle.

En matière de numérique, tout ou presque oppose les deux candidats. Chacun perçoit différemment les opportunités offertes par la transition numérique : Emmanuel Macron opte pour un numérique ouvert qui s’articule à l’échelon européen, en avançant 85 propositions, tandis que le programme de Marine Le Pen laisse entrevoir un souverainisme numérique développé en 10 mesures.

 

Démocratie : l’e-démocratie pour E. Macron, constitutionnaliser les libertés numériques pour M. Le Pen

 

L’une des forces du programme d’Emmanuel Macron réside dans sa vision de la démocratie numérique. Le candidat préconise une numérisation quasi-totale des démarches administratives, gage d’efficacité de fonctionnement selon lui. Il propose à cet égard la création d’un « compte citoyen », plateforme centralisant l’accès à l’ensemble des démarches administratives. Le candidat se démarque également en proposant la modernisation et la simplification par le numérique des différents services publics, comme la justice ou la police : dématérialisation des procédures de justice "pour tous les litiges inférieurs à 4000 euros", numérisation des procédures simples pour la justice et la police, mise en place d’un portail numérique de la justice.

 

Marine Le Pen pour sa part, ne semble pas se saisir des potentialités offertes par le numérique en matière de modernisation de l’action publique et se concentre avant tout sur une approche défensive du numérique. Elle entend sanctuariser les libertés numériques par voie constitutionnelle, au titre de libertés fondamentales. Elle souhaite par ailleurs la création d’une charte à valeur constitutionnelle qui inclura la protection des données personnelles, et qui devrait prévoir un stockage des données personnelles sur des serveurs situés en France.

 

Economie : favoriser l’innovation, mais par différents moyens

 

Pour fluidifier le marché du travail, l’ancien locataire de Bercy recommande un code du travail digital, simplifié, à destination des entreprises. Pour favoriser l’innovation, il propose la constitution d’un Fonds européen de financement en capital-risque, doté d’au moins 5 milliards d’euros. Parallèlement, il entend financer l’innovation par "un prélèvement forfaitaire unique sur l'ensemble des revenus tirés du capital mobilier et en remplaçant l'ISF par un impôt sur la fortune immobilière".

Pour le candidat d’En Marche !, c’est l’échelon européen qui est le plus pertinent en matière de numérique. Il se proclame en faveur d’une harmonisation des règles au sein d’un "marché unique du numérique". En plus du Fonds européen cité précédemment, il entend également créer une Agence européenne "pour la confiance numérique" afin de réguler les grandes plateformes.

 

Marine Le Pen souhaite quant à elle favoriser l’innovation des start-ups en recentrant le crédit impôt recherche (CIR) sur les PME innovantes, en réorientant une part de l’assurance vie (2 %) vers l’investissement productif et le capital-risque, ainsi que par l’incitation des grands groupes à créer leurs propres fonds d’investissement dans l’innovation. Elle envisage de réguler la concurrence du marché numérique et de créer un "secrétariat d’État dédié aux mutations économiques rattaché au ministère des Finances" pour anticiper les évolutions numériques de la société.

 

Solidarité et inclusion numérique

 

Les deux candidats s’entendent sur une mesure, qui faisait d’ailleurs consensus parmi les impétrants à l’Elysée : relancer le plan très haut débit pour couvrir les zones blanches. Emmanuel Macron est néanmoins plus précis, puisqu’il en fait l’une des priorités de son plan d’investissement de 20 milliards d’euros.

 

Le candidat propose une stratégie d’e-inclusion, articulée autour d’une coopération entre associations et collectivités locales ; le réseau "proposera du temps de soutien et des formations aux outils et aux services numériques". A noter que le candidat d’En Marche ! développe également une politique d’inclusion à destination des personnes en situation de handicap, dont le numérique serait le moteur : adaptation des formations grâce aux outils numériques, plateformes locales pour diffuser les bonnes pratiques, financement de dispositifs médicaux innovants.

 

Sécurité : Macron prolixe, Le Pen atone

 

Le programme d’Emmanuel Macron compte de nombreuses mesures de cyber-sécurité. Il préconise la constitution d’une base de données centralisée à l’échelle européenne pour lutter contre le terrorisme. Il propose de renforcer les moyens de services de renseignements et souhaite prendre en considération Internet comme "un nouveau terrain d’opération des conflits".

 

Marine Le Pen reste très vague voire tacite sur les questions de sécurité numérique. Lorsqu’elle aborde les libertés numériques, elle fait part de sa volonté de combattre le cyber-djihadisme et la pédo-criminalité, mais ne développe pas de plan d’action spécifique.

 

Culture : deux approches contradictoires

 

Le domaine de la culture est également l’illustration des divergences entre les deux candidats. Emmanuel Macron s’inscrit résolument dans la défense des droits d’auteurs, par la négociation d’accords sur la rémunération des artistes et les éditeurs de contenus. Le candidat d’En Marche ! propose également de simplifier la réglementation en matière de publicité, pour "lever les freins à la croissance" du secteur. Il prône également l’émergence d’un Netflix européen, visant à promouvoir le meilleur de la création audiovisuelle européenne. Enfin, le candidat prévoit la mise en place d’un pass culture pour les jeunes de 18 ans, leur permettant d’accéder à une offre en ligne.

 

Marine Le Pen en revanche se démarque par sa volonté de supprimer la loi Hadopi, et d’ouvrir le "chantier de la licence globale", sans plus de précisions. Face à l’émergence du crowdfunding, elle évoque sa volonté de favoriser le mécénat populaire en créant une plateforme numérique prévue à cet effet. On ne sait cependant pas quelle place occuperait cette plateforme au regard des acteurs du marché comme Kickstarter ou Kisskissbankbank.  

 

En fin de compte, les propositions numériques des deux candidats sont conformes à l'orientation générale de leurs programmes respectifs : Emmanuel Macron ancre son projet à l'échelon européen, tandis que Marine Le Pen l'appréhende au niveau national. On peut enfin noter que le numérique a été inégalement investi par les deux candidats.

 

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