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5 raisons de lire Flash Boys, l'essai sur le trading à haute fréquence qui interroge l'âge numérique

Vous avez entendu parler du trading à haute fréquence, cette méthode qui consiste à gagner des milièmes de seconde pour gagner toujours plus ? C'est bien sûr une histoire venue de Wall Street dont les excès fascinent autant qu'ils effraient. C'est aussi le sujet du formidable document publié par les éditions du sous sol, Flash Boys de Michael Lewis. Nous vous donnons cinq raisons de vous y plonger. 
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Dans Flash Boys (éditions du sous sol), le journaliste américain Michael Lewis raconte par le menu comment une poignée d'informaticiens et de spécialistes des marchés financiers ont enquêté pour comprendre comment cette technique fonctionnait. Il en résulte une plongée fascinante dans la finance digitalisée, où chaque micro secondes gagnées peut se transformer en dollars. De quoi alimenter notre réflexion sur les conséquences de l'accélération à l'âge numérique. Et voilà cinq bonnes raisons pour courrir chez votre libraire.

 

 1 Parce que les journalistes des Etats-Unis sont imbattables pour le storytelling

“Un essai de 300 pages sur le trading haute fréquence comme conseil de lecture, c’est une blague ou quoi”, êtes-vous en train de vous dire… Non car Michael Lewis, l’auteur, ex investisseur devenu journaliste, a un sens du récit que bien des romanciers français peuvent lui envier. Pour mémoire, il est l’auteur du Casse du siècle, adapté par Hollywood avec Brad Pitt Chrisitan Bale, Ryan Gosling et Steve Carell.

 

La scène d’ouverture de Flash Boys est implacable, relatant le travail physique de terrassement pour faire passer une liaison optique à très haut débit. De même, s’il raconte une histoire très abstraite et complexe, il n’oublie pas qu’une bonne histoire ce sont aussi de bons personnages, avec des portraits très vivants des différents protagonistes. Entre deux développements sur le fonctionnement des marchés des produits dérivés, cela fait du bien.

 

2 Parce que Flash boys rappelle que le virtuel c’est d’abord du réel

A force de parler de digitalisation, on finirait par croire qu’il s’agit d’une sorte de quatrième dimension, qui vient s’ajouter au monde existant, comme une surcouche qui viendrait se déposer. Or, un des mérites de Flash boys est de montrer qu’il n’en est rien. Les performances du monde virtuel s’appuient d’abord sur des réalités physiques. Le trading à haute fréquence a été rendu populaire après un bug du système qui fit perdre plusieurs centaines de milliers de dollars en un temps ultra-court, accréditant l’idée d’une finance complètement virtualisée.

 

Ce n’est pas complètement faux, mais ce n’est pas vraiment vrai non plus. Car pour obtenir ces résultats, il a fallu creuser des lignes haute fréquence en ligne droite, pour accélérer la vitesse des informations. Derrière les performances virtuelles, il y a des hommes qui creusent la terre bien réelle.

 

3 Parce qu’à la fin, c’est toujours (ou presque) les bons (ou presque) qui gagnent

Dans ce grand melting pot que sont les Etats-Unis, ce sont des outsiders, des gars (oui ça sent la chaussette, la finance version Wall Street, la parité n’y est pas à l’ordre du jour) venus d’ailleurs, immigrés récents qui s’opposent aux rejetons des familles praticiennes made in Côte Est. Du coup le livre a des allures de feel good story façon Erin Brockovich. Flash boys c’est aussi une histoire d’hommes qui se réunissent pour restaurer une situation qu’ils estiment injuste.

 

A force de sophistications, le fonctionnement du marché financier était devenu incompréhensible pour les non-initiés. C’est l’acharnement d’une poignée d’hommes venus d’ailleurs qui va réussir à décortiquer les modes de fonctionnement quelques peu opaques des opérations boursières automatisées. C’est passionnant comme une partie de jeu de go, et là on n’est pas sûr qu’un ordinateur aurait pu battre l’équipe de brillants ingénieurs financiers. Car le récit fait le choix de suivre cette bande de chevaliers qu’ils proclament blancs.

 

4 Parce que c’est une peu l’histoire de l’apprenti sorcier à Wall Street

Ce qui frappe à la lecture de Flash boys c’est à quel point la complexité et l’hyper sophistication des outils en place rend de plus en plus incompréhensible aux (presque) communs des mortels (et on parle là de personnes hautement qualifiées et diplômées) la compréhension de la big picture. C’est la quintessence d’un système qui est exposée dans ce palpitant document, soit l’accumulation de règles procédures, de décisions, d’arbitrages qui finissent par créer un objet qui prend son autonomie et leur échappe.

 

Difficile de dire qui a véritablement créé le trading à haute finance, même s’il apparaît que certaines personnes ont trouvé le moyen d’en profiter. “Quand une machine avait été défectueuse et qu’une plateforme boursière se retrouve sous le radar, le président de ce marché n’avait aucune idée de ce qui s’était passé ou de comment y remédier : il était à la merci de ses ingénieurs en système d’information. Mais il était bien obligé de s’exprimer, donc il disait qu’il y avait eu un problème technique. C’était comme si l’on ne pouvait pas expliquer la manière dont la Bourse fonctionnait sans avoir recours à des métaphores plus ou moins approximatives ou à des termes qui ne veulent rien dire.” Soit une version 3.0 du mythe de Frankenstein.

 

5 parce que la technique c’est bien beau, mais c’est la régulation qui fait tout

Est-ce à cause de ce degré de complexité ? Ou pour préserver de puissants intérêts ? Difficile de trancher, mais une chose s’affirme quel que soit le rôle joué par l’informatique et l’algorithmie, rien n’est possible si la régulation ne l’autorise pas. Autrement dit, les développements du trading à haute fréquence ne sont en rien un phénomène spontané dû au génie humain, mais la conséquence de décisions politiques. A cet égard le rôle joué par la S.E.C., l’équivalent nord américain, de notre autorité des marchés financiers, est essentielle. C’est elle qui autorise ou non certaines pratiques. La question de la formation des membres et de l’administration qui la composent est posée en filigrane dans cette enquête fouillée.

 

Et comme on est aux Etats-Unis, il y a forcément un procès à un moment de l’histoire entre un informaticien et la banque d’affaires qui l’emploie, pour savoir à qui appartient le code qu’il a manipulé.


Bonus : parce que malgré certaines descriptions techniques pas toujours évidentes pour un non-initié, la traduction de Céline Alix est particulièrement réussie et qu'elle mérite toutes nos félicitations. 

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

Mr Tillier
26/04/2016 08h15 - Mr Tillier

Mais surtout: parce que les echelles de temps dans les grandes entreprises et les usines c'est la semaine, les mois, les annees... pas les millisecondes. Et parce que la finance doit absoluement etre connectee aux echelles de temps de la vie reelle. Cela jouent sur les emplois. Les gens peuvent rester toute la nuiot debout, ce sont ces idioties de fluctuations en millisecondes qui ruinent le travailleur moyen.

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