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"A l’ère du numérique, les modèles verticaux ne sont plus efficients", prévient Benjamin Tincq

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Du 5 au 7 mai, au Cabaret Sauvage se tiendra la seconde édition du OuiShare Fest, le premier festival international dédié à l’économie collaborative. Sous-titré "L’âge des communautés", il réunira des intervenants venus du monde entier. Nous avons demandé à Benjamin Tincq, un des fondateurs de l’association OuiShare quels étaient les enjeux de ce mouvement. Notamment pour l’entreprise et son management.

A l’ère du numérique, les modèles verticaux ne sont plus efficients, prévient Benjamin Tincq
"A l’ère du numérique, les modèles verticaux ne sont plus efficients", prévient Benjamin Tincq © D.R.

L’Usine Digitale - Avec Internet se développent de nouvelles pratiques collaboratives, comme, par exemple, les consommateurs s’entraidant, se substituant au service après-vente. Un tel mouvement est-il appelé à se généraliser ? 

Benjamin Tincq - C’est un type de communauté que j’associe davantage au crowdsourcing : c’est un peu le degré zéro de la communauté. Une communauté, c’est avant tout un groupe de  personnes qui partagent un centre d’intérêt. Dans le cas que vous donnez, il s’agit d’affinités avec une marque, un produit. Pour le faire vivre, les entreprises créent des forums en ligne, c’est une mécanique de community management classique qui commence à être rodée aujourd’hui.

Comment aller au-delà sur ce type de communauté ?

Pour animer une vraie communauté de clients, d’utilisateurs ou de fans, cela devient plus intéressant dès lors qu’on leur permet de se rencontrer, quand on combine le online et le offline. Dacia, par exemple, organise régulièrement des pique-niques géants, où les personnes viennent avec leurs voitures. Airbnb ou Djump organisent également des "meetups" pour les membres de communauté, comme la plupart des start-up de l’économie collaborative.

Le lien social au sein de ces communautés fait partie de la valeur immatérielle de la marque, du service ou du produit. Les mécaniques de co-création de produits, qu’on associe surtout à des plates-formes en ligne, peut également se transposer offline : Michel et Augustin, par exemple, organisent des dégustations dans leurs locaux où les clients peuvent se rencontrer dans un cadre convivial tout en donnant leur avis. 

Vous organisez trois jours de manifestations sur le thème de l’économie collaborative. Comment la définissez-vous ?

Sous ce terme, on regroupe l’ensemble des pratiques et des modèles économiques reposant sur des communautés et des structures horizontales. Ce mouvement s’incarne par exemple dans les modes de consommation, dite collaborative, où l’on retrouve tous les modes d’échanges de bien et de services entre particuliers, souvent intermédiés par une plate-forme numérique : covoiturage (BlaBlaCar), location de voiture entre particulier (Drivy), logement chez l’habitant, prêt de biens de consommation courante (Sharewizz)…

Ce  mouvement s’incarne également dans un nouveau système de production industrielle, distribué et collaboratif permis par la combinaison du partage des savoirs en open source au niveau mondial et de la démocratisation des moyens de production au niveau local. On peut dresser un parallèle avec le développement d’Internet, qui a fait chuter les coûts de production immatérielle (blogs, vidéo, …).

Avec les nouveaux lieux de fabrication et de prototypage comme les Fablabs et Makerspaces, où l’ont peut trouver des imprimantes 3D, découpes lasers et outils de fabrication numérique, les barrières à l’entrée de la production physique suivent la même évolution. Dans ces nouveaux lieux, on trouve des machines mais aussi des personnes qui possèdent des compétences, des savoir-faire, eux-mêmes connectés avec un réseau mondial de "makers", d’artisans, d’amateurs, de designers et d’entrepreneurs, comme au sein du réseau des 250 Fablabs.

Quel impact cela va-t-il avoir sur les entreprises ? Sur leur organisation ?

Les nouveaux modèles qui sont en train d’émerger vont transformer significativement beaucoup de secteurs, et de pratiques dans les entreprises. Un point commun entre ces nouveaux modes de consommation et de production, mais aussi avec les logiques de financement participatif par exemple, c’est l’effacement progressif de la frontière entre consommateur et producteur. Aujourd’hui, un passionné peut développer un concept chez lui, le prototyper à bas coût dans son garage, puis tester son marché et lever des fonds via une campagne de crowdfunding, et lancer une entreprise pour commercialiser son produit.

Au sein des entreprises, de nouveaux modes d’organisation émergent, plus décentralisés, plus horizontaux. Les modèles verticaux, en silo seront de moins en moins efficients. Le prix Nobel d’économie Ronald Coase a démontré dans les années 30 que la grande entreprise existait car elle minimise les coûts de transaction sur le marché. Les nouveaux modes d’organisation vont vraisemblablement de plus en plus invalider cette conclusion.

Ainsi, les entreprises sont de plus en plus tentées de faire appel à des compétences extérieures. Elles font d’ailleurs de plus en plus porter le pilotage de produits innovants à l’extérieur des frontières de l’entreprises, car elles savent que le développement sera plus rapide, plus efficace. A l’ère du numérique et des réseaux, les structures verticales traditionnelles ne sont plus adaptées, et certainement pas les plus efficientes.

Comment les entreprises existantes peuvent-elles utiliser ces évolutions ? Doivent-elles les craindre ou s’en servir pour se développer ?

Elles ont plusieurs moyens de réagir. Beaucoup réfléchissent aux moyens de revoir leur organisation pour être plus souples, plus agiles, plus horizontales. D’autres veulent s’appuyer sur les évolutions en cours pour proposer de nouveaux services, accompagner les mutations en cours. C’est ce qu’essaie de faire La Poste avec son service "Identité Numérique" au service des start-up, ou lorsqu’elle réfléchit à la manière d’utiliser son réseau physique pour accueillir des imprimantes 3D.  On observe aussi des partenariats entre entreprises classiques et acteurs émergents : Citroën et OuiCar, Auchan et Quirky, et la plupart des assureurs et mutuelles qui développent des produits spécifiques pour la consommation collaborative.    

Quelle est la situation de la France en matière d’économie collaborative ?

On s’inquiète parfois du retard français en matière de numérique. Dans le domaine du collaboratif, la France est en avance, on peut la voir comme le laboratoire international de ce domaine. Il y a un vrai dynamisme tant du côté des pratiques que de l’offre. En outre, la législation française sur le crowdfunding, est particulièrement avancée. Ce n’est donc pas un hasard si OuiShare est né à Paris et si le premier événement international dédié au secteur, le OuiShare Fest, a lieu à Paris.

Christophe Bys

Tous les renseignements ainsi que le programme pour assister au Ouishare fest sont disponibles ici

 
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