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A l'étranger aussi, les villes testent et se transforment en laboratoires

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Et sorti de l'Hexagone, comment procède-t-on ? Retours d'expérience de trois villes emblématiques du pilotage numérique des politiques publiques.

A l'étranger aussi, les villes testent et se transforment en laboratoires
SINGAPOUR

En France, la gestion des données pour piloter la ville se pense sous les prismes de l'open data, du respect des informations des citoyens et de l'ambition de mener une politique de la ville plus efficace. Ces axes de travail pourraient venir des injonctions étatiques, mais on observe les mêmes problématiques à l'étranger.
 

Attardons-nous sur trois villes, trois "smart cities" aux projets bien distincts. Santander est présentée comme la ville la plus "connectée" d'Europe grâce aux milliers de capteurs dont elle s'est dotée. Boston suit un chemin axé sur des partenariats avec les géants du numérique tels Waze ou Uber.

 

Force de frappe

Enfin, Singapour s'est engagée tous azimuts dans des projets d'industrialisation de la "ville intelligente" en signant d'onéreux contrats avec de grands groupes, parmi lesquels les français Engie, Dassault ou Bol-loré. Plus récemment, l'arrivée du secteur privé a fait le buzz. Sidewalk labs (filiale d'Alphabet, la holding de Google), vient de signer un partenariat avec Toronto (Canada) pour gérer un quartier, qui accueillera son laboratoire. L'opérateur privé pourra ainsi expérimenter sa manière de gérer la ville avec une liberté jamais atteinte. Idem pour Amazon, en négociation pour trouver son propre terrain d'entraînement, peut-être à Union Point, près de Boston.
 

Enfin, les fonds d'investissements de Bill Gates (Microsoft) ont acheté 100 kilomètres carrés dans l'Etat de l'Arizona pour faire sortir de terre une "smart city" de 80 000 personnes. Malgré la force de frappe impressionnante de ces acteurs, ces projets s'ancrent toujours dans la recherche. Pour quels résultats ?

 

Singapour : Les "données fermées" privilégiées

La cité-Etat asiatique est un laboratoire d'expérimentation et d'industrialisation des processus de la ville intelligente. Des villes étrangères (surtout chinoises) mettent un point d'honneur à répliquer ce qui fonctionne dans la petite île de 5,6 millions d'habitants. L'une des raisons qui confèrent à Singapour des avantages pour les tests grandeur nature sur la gestion des données est le manque d'entité de régulation équivalente à la Cnil, un contre-pouvoir nécessaire mais qui peut ralentir la mise en application de nouvelles technologies.

 

Par ailleurs, ici, Etat et collectivité se confondent, réduisant le nombre d'acteurs. Ainsi, il n'y a qu'un seul organisme HLM. Les décisions sont accélérées mais François Gruson, conseiller R&D pour Dassault Systèmes sur le projet de “jumeau numérique” de Singapour, note que la cité-Etat apporte des contraintes nouvelles de gestion des données : "Des tensions existent avec certains voisins et cela impose une problématique de confidentialité des données. Le gouvernement veut des solutions en dehors d'internet, qui transitent uniquement sur ses propres réseaux. La cybersécurité est importante partout, mais ici, elle va jusqu'à interdire l'usage d'un cloud."


Ainsi, la ville ne possède ni portail de données ouvertes ni modèle de participation de la société civile. Ses habitants, férus de nouvelles technologies, contribuent pourtant aux programmes gouvernementaux de récupération des données personnelles de façon assidue. "Mais l'aspect financier me semble tout de même prépondérant, mesure François Gruson. Quand la ville veut observer la mobilité des collégiens, elle a les moyens de distribuer 25 000 capteurs très rapidement."

 

Santander (Espagne) : 12 000 capteurs au service des usagers

Lancé en 2010, le projet "Smart Santander" fut l'un des premiers à poser les principes de la ville intelligente. A cette occasion, 12 000 capteurs sont installés dans la capitale de la Cantabrie, grâce aux fonds européens et aux partenariats avec des universités du monde entier. Bruit, humidité, qualité de l'air, quantité de déchets des bennes à ordure, nombre de places de parking disponibles, parcours des bus… tout est récupéré et analysé pour piloter la ville de 172 650 habitants. Les résultats touchent à des domaines très différents. La consommation des luminaires chute de 40 % en réduisant la luminosité lorsque la rue est déserte. Les capteurs permettent de déclencher le ramassage des poubelles lorsque les bacs sont presque pleins. La consommation d'eau est également réduite en programmant l'arrosage en fonction de l'humidité de la terre…
 

De quoi faire rêver les collectivités les plus technophiles. Mais cette accumulation de résultats s'accompagne d'un bémol : certaines de ces applis relèvent de la recherche pure. Initiés par les universités, la plupart des programmes informatiques ont été développés par des scientifiques, qui cherchent à démontrer la faisabilité d'un concept, et non par des prestataires, qui visent l'industrialisation du process. Certaines applications grand public, notamment "SmartSantander. eu", développée en 2012 par l'université, ne sont plus mises à jour depuis longtemps. Bien sûr, les capteurs ont amélioré la vie des citoyens, mais ces programmes doivent s'accompagner d'une montée en compétence de la ville pour perdurer.

 

Boston (Etats-Unis) : Le partenariat public - privé au banc d'essai

"Boston est plus qu'une ville intelligente, annonce Camille Combe, chargé de projet “mobilité” pour le think tank la Fabrique de la cité. C'est un laboratoire du partenariat. La situation actuelle, avec ces entreprises qui viennent proposer des échanges de données aux collectivités, existe, entre autres, parce que la ville de Boston a fait les premiers pas auprès de ces grands acteurs pour accéder à leurs données." Cette volonté portée par le maire, Marty Walsh, permet de lier un premier partenariat d'échange de données avec Waze, dès 2015. "C'est à la suite de cette expérimentation que le programme “Connected Citizen” fut créé", poursuit Camille Combe.


Pour la ville, le partenariat est une réussite car il a réduit la congestion de certains carrefours de 20 %. La même année, la capitale du Massachusetts nouait un partenariat avec Uber, mais les données transmises ne convenaient pas. L'entreprise, s'inscrivant dans une démarche de respect des données personnelles de ses utilisateurs, refusa de transmettre les informations à l'échelle du trajet. Pour la ville, les données agglomérées au niveau d'un quartier n'avaient pas d'intérêt et le projet fut arrêté. Les essais ne se limitent pas aux partenariats. Pour preuve, l'outil "BOS:311". Sur ce site de "non-urgence", les citoyens peuvent envoyer la photo d'un défaut constaté (nids-de-poule, etc. ). Une fois le problème résolu, les agents répondent avec une nouvelle photo. Au départ, le service ne touchait que les zones aisées, mais la traduction en espagnol en a démocratisé l'accès. Aujourd'hui, plus de 1,5 million de "non-urgence" ont été référencés de cette façon.

 
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