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A la recherche des talents de demain

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En bouleversant le pilotage des collectivités, la transition numérique conduit la territoriale à se doter de nouveaux métiers dont le chef de file est le responsable "smart city".

A la recherche des talents de demain
A la recherche des talents de demain © geralt/Pixabay

Le bouleversement de la ville connectée concerne forcément les métiers territoriaux, au premier rang desquels figure le nouveau profil de chargé de mission ou responsable "smart city". Tanguy Selo, chief digital officer, chargé de l'innovation et des usages numériques de la ville de Mulhouse (1 500 agents, 110 000 hab. ) se targue d'"être le premier responsable à avoir porté ce titre dans les collectivités". Arrivé à la mairie en 2015, à l'issue d'une création de poste, ce cadre, de formation ingénieur de commerce, passé par la direction d'un pôle de compétitivité à Lyon, a toujours beaucoup travaillé avec les territoires avant d'intégrer pour de bon une collectivité. C'est aussi grâce à une création de poste que Marion Glatron a pris, la même année, la direction déléguée à l'innovation et à la smart city à la métropole de Rennes.

 

Détachée de la fonction publique d'Etat, ex-responsable du service "enseignement supérieur, recherche et innovation" au ministère de l'Enseignement et de la recherche, elle n'est pas non plus issue de la territoriale, pas plus que Yann Mareschal qui vient du ministère des Affaires étrangères et qui assure aujourd'hui la responsabilité du portefeuille "projets innovants" à Bordeaux métropole (28 communes, 250 agents, 770 000 hab. ).

 

Une ressource supplémentaire

Leur point commun est leur familiarité avec la gestion en mode projet. Ni experts, ni vraiment techniciens, ces chargés de mission doivent connaître l'ensemble des projets en cours dans les directions "métiers" et doivent évaluer si ceux-ci peuvent être concernés par le numérique. "Je me présente comme une ressource supplémentaire et j'interroge chaque projet selon une grille précise : adéquation aux besoins des usagers, impact sur la gestion des données, usage numérique possible ou non", détaille Tanguy Selo. Observateur et partie prenante, le chief digital officer doit trouver des relais dans les services et, surtout, les faire travailler ensemble. Or "rendre ces organisations transverses reste complexe. Les projets sont longs à mettre en œuvre alors même que la technique et les usages évoluent très rapidement", rappelle Céline Juteau, conseillère numérique de l'association Villes de France.

 

De fait, pour mettre en place un chatbot (assistant virtuel) sur la collecte des déchets, Yann Mareschal a d'abord organisé une réunion collégiale puis un entretien avec chaque responsable des services concernés : le support "collecte", les administratifs de la permanence téléphonique, l'équipe de gestion des déchetteries, etc. En tout, quinze heures de communication téléphonique lui ont permis d'échanger et, peut-être, de convaincre. "Nous devons mettre en place des projets pour faciliter la vie des citoyens mais tout en gardant en tête l'usage des agents de la collectivité", assure la responsable. Un travail chronophage mais utile auquel s'ajoutent les relations avec des prestataires extérieurs.

 

De la difficulté de recruter certains profils

Parfois perçus comme ceux qui délèguent le service public au privé, les chief digital officers s'en défendent. "Au contraire, nous restons très vigilants sur le choix d'externaliser ou pas et nous nous assurons de garder la main sur les données et la sécurité", explique Marion Glatron. Gérée par des chefs de projet "open data", la donnée est au cœur des projets numériques. Arrivés dans les collectivités, surtout les plus grandes, après la loi de 2016 pour une République numérique, les chief data officers ont été chargés de valoriser les données publiques.

 

Souvent recrutés en interne, avec un profil plus territorial que les responsables "smart city", ces postes font aujourd'hui partie intégrante des stratégies numériques des villes. "Notre travail consiste à identifier des sources de création de valeur à partir de la donnée", assure Nathalie Vernus-Prost, chief data officer de la métropole de Lyon (59 communes, 10 000 agents, 1 370 000 hab. ).

 

Le trio de la ville intelligente ne serait pas complet sans le délégué à la protection des données (DPD) imposé par l'entrée en vigueur, le 25 mai dernier, du règlement européen sur la protection des données ou RGPD. Souvent recruté en interne, le DPD n'en reste pas moins une nouvelle fonction qui pousse bien plus loin le champ de compétence des anciens correspondants "informatique et libertés". "Les projets smart city intègrent les DPD qui doivent être les garants d'une liberté de la donnée respectueuse de l'intérêt général, c'est un vrai sujet", affirme Jacques Priol, consultant et directeur de Civiteo, cabinet de conseil et stratégie.

 

Pour garder la main sur leurs développements numériques, les collectivités "ont besoin d'une réinternalisation de compétence. On voit ainsi revenir des développeurs dans les directions des systèmes d'information (DSI), chargés de prototyper des nouveaux produits", avance Fabien Cauchi, consultant chez Metapolis. S'il est vrai que la mairie de Paris ou le Grand Lyon ont une équipe de développement intégrée à leur direction de l'innovation, la tendance a plutôt été récemment de diminuer le nombre de développeurs. Faute de moyens, les collectivités se trouvent dans la difficulté de recruter ces profils, également très recherchés dans le secteur privé.

 

A la métropole de Rennes, Marion Glatron estime qu'"avec la recrudescence des projets, structurellement, les aspects numériques des différents services montent en puissance". La collectivité emploie dans sa DSI un data scientist et a noué un partenariat avec un institut de recherche sur l'intelligence artificielle.
 

Rendez-vous
Le 12 décembre, l'association Villes de France organise à Paris le rendez-vous de l'intelligence locale. A cette occasion sera publié un manifeste consacré à la smart city.

 
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