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A Museomix Est, 36h pour créer un dispositif immersif et interactif pour les visiteurs du palais du Tau

Du 11 au 13 novembre 2016 s'est tenu à Reims le premier Museomix Est. Pendant près de 36 heures sept équipes ont planché sur des installations, numériques ou non, susceptibles de réinventer l'expérience du visiteur de musée. L'événement s'est tenu dans le Palais du Tau, un bâtiment abritant de magnifiques statues et tapisseries mais à la muséographie désuete. Comment naît une idée ? Comment se matérialise-t-elle ? Quels sont les obstacles ? Dans ce lieu inspiré, nous avons suivi une équipe.
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A Museomix Est, 36h pour créer un dispositif immersif et interactif pour les visiteurs du palais du Tau
A Museomix Est, 36h pour créer un dispositif immersif et interactif pour les visiteurs du palais du Tau © Capture écran YouTube

Ils étaient une soixantaine à braver le froid naissant et l'humidité de l'automne rémoise ce vendredi 11 novembre 2016. Ces garçons et ces filles, essentiellement des trentenaires, venus de l'Est de la France, mais aussi de Paris ou de Belgique, après de premiers contacts lors d'un petit déjeuner, écoutaient le premier brief d'un marathon qui allait durer pratiquement trois jours. Il s'achèvera dimanche 13 en fin de journée dans ce Palais du Tau qu'ils viennent hacker. Leurs motivations sont diverses : l'une explique connaître le monument qu'elle adore, une autre qui travaille dans le milieu de la culture confie qu'elle espère rencontrer du monde, construire son réseau. D'autres ont déjà participé à ce type de manifestations et reviennent parce qu'ils aiment l'ambiance ou, comme l'explique Emmnanuel Rouiller, graphiste professionnel, parce qu'ici il peut "créer librement, sans la contrainte du client, ce qui ouvre des perspectives intéressantes".

 

C'est le principe de Museomix, une sorte de hackathon où des bénévoles réalisent un prototype de dispositif offrant une nouvelle façon de visiter le musée, de découvrir les collections, d'interagir avec les oeuvres. Cette session organisée dans ce bâtiment jouxtant la cathédrale où les rois se faisaient couronner est une nouveauté dans la communauté. "C'est la première fois qu'on organise un tel événement dans un monument national et non dans un musée. Ici, il n'y a pas de collections ", précise Laure Pressac, responsable de la mission prospective et numérique au Centre des monuments nationaux (CMN).

 

1h30 de visite hyper minutée

Pour les participants, tout commence par une visite au tempo très serré. Car il s'agit de savoir ce qu'il va falloir hacker. Pendant 90 minutes, ils vont de salle en salle, éclairés par les commentaires de spécialistes du sacre, de la taille de pierre ou de l'art de faire de la tapisserie.. L'ambiance est studieuse. On découvre les trésors du sacre de Charles X, les collections de statues venues de la cathédrale, ou encore le très haut plafond tout en bois de la salle du Tau. A cela s'ajoute quelques haltes dans des salles spécialement aménagés pour l'événement : là c'est le techshop géré par une association locale, le centre culture numérique Saint-ex. Un peu plus loin, dans une magnifique salle voûtée, les installations où bûcheront les différentes équipes sont présentées. Sans oublier les deux tentes dans la cour, où les compagnons du devoir, partenaires de l'événement, détaillent l'ensemble des outils à la dipsotion des participants.

Mais à 11 heures, les groupes de travail ne sont pas encore constitués. Commence alors un brainstorming autour d'une dizaine de thèmes proposés. Chacun peut rejoindre le groupe qu'il veut, la discussion est ouverte. Les quelques personnes qui rejoignent le facilitateur Thibault Van Langenhove réfléchissent à voix haute autour du thème du sacre et de l'artisanat. On parle expérience sensorielle, protocole et champagne. Filipe Vilas-Boas voudrait réaliser une installation offrant à tout visiteur de revivre le sacre, comme s'il était le roi. Très vite, le groupe se resserre sur le seul sacre, les personnes intéressées par l'artisanat rejoignant ceux qui travaillent sur le champagne, à deux tables de là.

 

Naissance d'une idée

A chaque fois, les séances sont plutôt courtes, une dizaine de minutes. Et une personne par groupe vient présenter un résultat à l'issue de ce laps de temps devant l'ensemble des personnes présentes. Ainsi, les participants peuvent passer d'un groupe à l'autre selon ce qui l'intéresse. Les idées doivent être affinées, on enjoint les participants à aller plus loin, le principe du Museomix n'étant pas tant d'être sage que d'inventer. Les équipes se reconfigurent. Chez les amateurs de sacre, on réfléchit à la manière de faire revivre le sacre "et si le visiteur pouvait se faire couronner dans une image 3D ?", propose l'un. Le facilitateur insiste : "il faut faire quelque chose qui ne donne pas une impression de déjà-vu", puis les enjoint à être plus concrets dans leur projet.

 

Bientôt arrive l'ultime moment de cette matinée, celui dit du bingo où les sept équipes définitives se constituent, à peine trois heures après l'arrivée des uns et des autres. En effet, au fil des séances, des thèmes ont été abandonnés.

La marguerite à l'issue du bingo résume la composition de l'équipe. sa forme étrange vient de l'absence d'un codeur

Pour ajouter une contrainte, chaque équipe doit réunir des profils différents : un communicant, un codeur, un médiateur culturel, un fabricant... L'ambiance est plutôt bon enfant, les amateurs de sacre ne trouvent pas de codeurs, mais ne semblent pas plus désappointés que ça. L'heure est au repas et après d'âpres discussions sur la manière de concevoir le sacre, le moment est venu de faire connaissance, de découvrir les passions des uns et des autres, ce qui les amène ici...

 

Faire connaissance avec les autres membres de l'équipe

Tôt le matin, on leur a expliqué que cette première journée serait consacrée à la mise au point de leur idée. Tous savent qu'en fin de journée, ils devront la présenter  en trois minutes aux autres équipes mais aussi aux autres communautés Museomix qui se réunissent un peu partout dans le monde. La seconde journée sera davantage consacrée au prototypage et la troisième à la mise au point ultime avant l'arrivée du public dans l'après-midi, qui viendra tester les différentes propositions.

 

A l'heure du repas, le projet reste dans les têtes. Mais déjà commence l'après-midi. Direction la magnifique salle voûtée où les équipes se réunissent. Les tables sur lesquelles se trouvent une clé USB et de la documentation sont séparées les unes des autres par des paravents tableaux, où le facilitateur continue d'encourager le groupe à pousser plus loin son idée sur le sacre. En ce début d'après-midi, l'équipe semble faire du surplace : on veut faire vivre le sacre d'un roi dans toute sa splendeur, on pense à un dispositif immersif ou collaboratif. Des interrogations pointent : faut-il faire revivre toute la journée ? Occuper un seul espace ? Proposer un parcours ? Se limiter au palais du Tau ou inclure la cathédrale voisine ? Emmanuel Dorffer, professeur d'histoire et bénévole, est appelé à la rescousse. Intarissable et passionné, il raconte comment se passait un sacre, étape par étape. Les informations s'accumulent mais reste en suspens la question centrale pour les muséomixeurs : que va-t-on proposer aux visiteurs ?

 

Incarner l'idée dans un dispositif matériel


Les propositions continuent d'affluer : une expérience de théâtre ? Installer un écran 360° dans la chapelle haute ? Et pourquoi pas un holograme ? C'est après une visite au fablab que les idées se décanteront finalement. Le facilitateur explique : "il fallait faire bouger l'équipe. Au bout d'un moment, si on reste au même endroit, la pensée fait du surplace." En outre, c'est l'existence des contraintes (la chapelle haute est déjà réservée par une autre équipe) qui va débloquer l'idée. Ainsi que la proposition faite par une des équipières jusque-là très discrète. Elle montre aux autres une vidéo qui donnait à des visiteurs d'un musée l'illusion d'être sur la banquise pour les sensibiliser à la question environnementale.

 

L'idée fuse : on va proposer au visiteur de s'immerger dans le tableau du sacre de Charles X par François Gérard, tableau qui se trouve au palais du Tau. D'un coup, toutes les pistes, les idées exprimées jusqu'ici semblent se sédimenter, se réorganisent pour le projet. Il faudra un fond vert pour filmer les visiteurs, il va falloir animer le tableau, avoir un médiateur pour aider le public à s'approprier l'installation. Il reste à peine une heure avant l'heure des présentations, l'équipe est en ordre de marche.

 

 

En route pour la réalisation 


Tout est alors sur des rails. La deuxième journée sera consacrée à la mise en production. L'absence de codeurs ne sera finalement pas un problème, l'équipe comptant en la personne d'Emmanuel Rouiller d'un bon connaisseur des techniques vidéo. Chacun se voit affecté un rôle précis : "Sabrine détoure les personnages, Lucie travaille sur la communication, Vincelle travaille sur les animations, Maud et moi-même on travaille sur le contenu" se réjouit Floriane Casula, qui évoque avec joie le moment de la première animation "l'évêque a levé les bras" !

Pourtant, tout ne s'est pas fait dans la simplicité : s'il était relativement facile de trouver un fond vert ou le bon logiciel de projection, c'est le tableau de Gérard qui a posé problème, l'équipe ne trouvant pas de reproduction d'une qualité suffisante pour qu'elle puisse être agrandie sur l'écran. Quant à l'original présent sur place, il n'était évidemment pas question de l'utiliser. (voir vidéo ci-dessous)

 

Les visiteurs ont donc pu naviguer dans le tableau le dimanche à l'heure prévue. "L'équipe était très investie, très professionnelle. Ils étaient davantage dans une dynamique professionnelle que pour s'amuser. Ils ont été superbement épaulés par le fablab "commente le facilitateur à l'issue des trente heures de travail. Et l'avis du public, puisqu'après tout c'est pour lui que tout cela a été fait ? S'il a apprécié l'expérience, il fallait le convaincre de s'y plonger. "Les gens réagissaient bien une fois dedans, mais il faut dire que ce n'était pas forcément des personnes familières des nouvelles technologies " poursuit Thibault van Langenhove.

Le sacre du travail d'équipe est venue quand l'un des visiteurs a résumé ce qu'il venait de vivre d'un "c'était comme un tableau dans Harry Potter ". Magique !

 

La vidéo de présentation du projet autour de l'expérience immersive dans le tableau du sacre de Charles X

Tous nos remerciements à toute l'équipe "Sacrée journée" composée pour leur accueil : Vinciane Briers, biologiste et makeuse. Sabrine Bibollet, étudiante en product design. Maud Allera, historienne de l’art du XXe. Lucie Alexis, enseignante-chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication. Floriane Casula, étudiante à l’école du Louvre. Emmanuel Rouillier, graphiste et designer interactif. Filipe Vilas-Boas, artiste numérique et designer interactif. Ainsi qu'à Thibault van Langhenove, le facilitateur.

 

Making of : nous étions présents sur place le 11 novembre uniquement. Les informations sur les étapes suivantes ont été récoltées par téléphone. 

 

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