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[Tribune] Le futur du travail, c'est accepter de se former tout au long de sa vie

Tribune Les carrières ne se décident plus aujourd'hui à la sortie du Bac. Le monde du travail évolue plus vite que jamais et les vies professionnelles sont parsemées de changements de cap et de reconversions. Pour Cyril Zimmermann, cofondateur de l’Ecole La Plateforme, il est grand temps d'adapter les cursus de formation à cette nouvelle réalité : il faut continuer de se former tout au long de sa vie.
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[Tribune] Le futur du travail, c'est accepter de se former tout au long de sa vie
[Tribune] Le futur du travail, c'est accepter de se former tout au long de sa vie © Nick Morrison - Unsplash

Remise en cause des avantages statutaires, perte d’emploi inattendue avec reconversions difficiles et fin de carrière sans perspective… Le chamboulement des vies professionnelles des 40-50 ans est une réalité de plus en plus manifeste. L’emploi à vie des 30 Glorieuses ne reviendra plus. Des emplois stables et des parcours professionnels linéaires continueront bien sûr à exister mais ils ne constitueront plus la norme.

Les carrières monolithiques n'existent plus

Or il est impossible d’accepter passivement l’émergence d’un modèle social dans lequel une minorité aurait accès à une stabilité et à une progression professionnelle quasi assurée, tandis qu’une majorité devrait perpétuellement se réinventer sous la contrainte de la précarité. Il est temps de repenser la construction des trajectoires professionnelles à l’aune des réalités de notre économie, et à l’heure de mutations technologiques et sociologiques accélérées. Il faut radicalement briser la hiérarchie entre la formation initiale et la formation continue pour mieux lutter contre l’obsolescence des compétences et les ruptures des parcours individuels.

Il doit être clairement expliqué et illustré aux nouvelles générations qu’ils pourront et devront certainement changer de voie plusieurs fois dans leur vie professionnelle et que, loin d’être une fatalité, ces changements de direction sont porteurs d’épanouissements potentiels. Il faut en finir avec l’illusion dangereuse que "le choix d’un métier à 18 ans, c’est pour la vie" et que les études supérieures sont la clé d’une vie professionnelle prédictible et linéaire. Désormais, quelle que soit la voie choisie, chacun va devoir apprendre et passer par de nouveaux cycles de formation tout au long de sa vie. Je prends le pari que les médecins devront bien plus qu’aujourd’hui retourner en formation pendant leur carrière, au même titre que les informaticiens et les différents métiers du secteur tertiaire.

Les entreprises doivent s'impliquer dans la création des cursus

Pour nous adapter et promouvoir cette évolution, il faut que les acteurs qui créent les emplois (entreprises, associations, organismes et collectivités publics) soient de plus en plus impliqués dans la conception des formations, et pas seulement dans son financement (direct ou indirect) comme c’est le cas aujourd’hui.  Au plus près des réalités du marché de l’emploi, ils doivent participer à la création de programmes pédagogiques professionnalisants, agiles et adaptés aux différentes phases de la vie professionnelle. Et il leur appartient d’assumer un discours renouvelé sur les parcours individuels et la "nécessaire formation tout au long de la vie" en miroir de leurs besoins.

Dans cette perspective, chaque jeune français sorti du collège ou du lycée, avec ou sans le bac, pourrait disposer d’un crédit de formation qu’il dépenserait comme il le souhaite et à tout âge avec un renouvellement de ce crédit pendant les périodes d’activité professionnelle. Chacun pourrait ainsi donner à sa vie professionnelle une orientation qui évolue en fonction de ses aspirations du moment, et en lien avec l’évolution des offres d’emploi sur le marché du travail.

Ce rééquilibrage des rôles dans la conception des offres de formation pourrait nous aider à bâtir un nouveau modèle social dans lequel les diplômes obtenus à l’âge de vingt ans auraient une importance qui s’amoindrirait avec la maturité professionnelle. Cela permettrait sans doute d’ouvrir des opportunités à un plus grand nombre d’individus, de réduire le caractère aristocratique et un peu figé de notre sociologie professionnelle, et de mieux gérer l’innovation au sein des entreprises, la diversité des talents, les évolutions sociologiques et les grandes ruptures de nos sociétés.

Cyril Zimmermann, cofondateur de l’Ecole La Plateforme_ à Marseille



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