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Alcatel-Lucent : des syndicats inquiets pour l’emploi, mais rassurés par la méthode Combes

La stratégie industrielle de Michel Combes a plutôt convaincu les syndicats. Pour autant, tous ont compris qu’elle se traduirait par des suppressions de postes. Début des discussions en juillet.
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Alcatel-Lucent : des syndicats inquiets pour l’emploi, mais rassurés par la méthode Combes
Michel Combes © Alcatel-Lucent

Michel Combes a rencontré hier soir les syndicats et représentants du personnel afin de leur présenter son plan stratégique. Bien sûr, l’inquiétude est de mise. Tous ont compris que réduction des coûts rimerait forcément avec réduction des effectifs. Même si aucune information à ce sujet n’a encore été donnée. "Quand j’ai demandé quels seraient les ajustements, je n’ai eu aucune réponse, confirme Hervé Lassalle, élu CFDT. Nous n’avons aucun chiffre." Mais tous voient aussi ce plan comme celui de la dernière chance. "Nous sommes dans une situation très mauvaise aujourd’hui, qui implique qu’il n’y a surement pas le choix. Reste à savoir avec quel impact sur les effectifs." Même constat pour Stéphane Dubled, élu CGT : "il y a une urgence réelle. L’entreprise ne va pas bien. Il faut faire un choix entre trouver des solutions pour se repositionner sur son marché, ou mourir."
 
Néanmoins, tout en en comprenant les conséquences, les syndicats ont plutôt apprécié le plan stratégique de Michel Combes. Ce qui les rassure en premier lieu, c’est que ce plan s’appuie prioritairement sur une démarche industrielle et non d’abord sur un plan de suppressions d’emplois. Frédéric Aussedat, CFE-CGC, comme Stéphane Dubled rappellent que c’est une première depuis la fusion d’Alcatel et de Lucent. "Jusqu’ici, on nous annonçait d’abord les suppressions de postes, raconte Stéphane Dubled, puis on ajustait la stratégie. L’an dernier, on nous a dit : nous sommes 80000 on en supprime 5000, sans que l’on sache d’où cela sortait." Démarche d’autant plus dommageable qu’aucun retour en arrière n’était possible. L’élu évoque ainsi l’externalisation de l’informatique chez HP, qui selon lui est sans doute devenu source de coûts aujourd’hui.
 
"La démarche de Michel Combes est innovante, moins dangereuse, moins périlleuse, continue-t-il. On regarde ce qui est nécessaire, puis on adapte l’outil de travail. Même si, bien sûr, nous risquons de ne pas être d’accord !" Pour Frédéric Aussedat, "pour la première fois, c’est un programme qui porte un espoir en interne autant qu’en externe. Avec un vrai plan technologique, structuré en termes de réponse économique, financière, qui se tient par rapport aux difficultés d’Alcatel-Lucent."

Une base réelle de discussion avec la direction

Mais, même s’il n’est pas encore très détaillé, ce plan industriel permettra aussi au syndicat de mieux argumenter d’éventuelles contre-propositions par exemple. Stéphane Dubled note en particulier les indicateurs de performance détaillés que Michel Combes s’est engagé à communiquer pour vérifier que le plan est suivi des effets escomptés. là-encore, une première depuis la fusion. "Bien sûr, nous attendons de voir si ces indicateurs seront réels. Et là-dessus, nous allons marquer Michel Combes à la culotte," précise le syndicaliste. De son coté, Frédéric Aussedat explique que "ce sont les quatre "business line" mises en place [routing IP, Plates-formes IP, réseaux mobiles, réseaux fixes, ndlr] qui sont responsables de l’ensemble du cycle de vie des produits. Elles vont devoir faire des économies et justifier des moyens strictement nécessaires à leur activité. Ce sont elles qui vont prendre les décisions". Si cela ne présage pas de réductions d’effectifs moins massives, cela rassure l’élu sur la cohérence des décisions qui seront prises.

D’inévitables suppressions de postes

Si les syndicalistes apprécient la méthode, ils s’attendent donc aussi à des suppressions de poste importantes. Quand le nouveau patron annonce par exemple que, dans le mobile, c’est la 4G qui sera privilégiée, et la 2G et la 3G abandonnées, Hervé Lassalle tire quelques conclusions : "En recherche, les effectifs sur la 4G restent minoritaires. Même si il y a eu quelques basculements de personnes vers cette technologie récemment, cela ne pourra pas absorber tout [l’ensemble des effectifs potentiellement supprimés, ndr]." La France qui travaille peu sur l’IP et le mobile sera sans doute prioritairement touchée comme le suppute Frédéric Aussedat, même s’il explique que Michel Combes a prévu de relancer un volume de recherche dans le LTE. "La finance, le marketing et les ventes seront aussi impactées. Mais on n’a pas encore de vision sur le volume, les modalités, les éventuelles reconversions."
 
Stéphane Dubled insiste : "ce plan ne doit pas signifier que les gens de la 2G et de la 3G soient automatiquement conduits à partir." D’autant que, pour lui, Michel Combes a bien précisé qu’il faudrait maintenir les contrats associés à ses technologies. Pas de logique implacable, donc, liant les annonces d’abandon de technologies et suppressions d’emplois. "Les gens qui travaillent dans ces activités s’inquiètent, bien sûr. Et la direction doit absolument les rassurer, sinon Alcatel-Lucent ne pourra pas tenir ses engagements vis-à-vis des clients. Et ça, c’est la mort." Outre les secteurs technologiques directement visés, les syndicats s’inquiètent aussi pour la pyramide des âges. Beaucoup de ceux qui pourraient être amenés à partir ont plus de 50 ans. Avec tous les risques de ne pas retrouver de poste avant la retraite. "Chez Alcatel-Lucent France, la moyenne d’âge est de 48 ans, rappelle Frédéric Aussedat. Comme nous n’embauchons plus depuis des années, il y a très peu d’employés en dessous de 32 ans."
 
"La stratégie est définie, mais pas encore la tactique", conclut le syndicaliste. Comme ses pairs, il attend les détails de l’impact du plan de Michel Combes. Le directeur général retrouvera d’ailleurs rapidement, dès juillet, les syndicats et représentants du personnel pour établir un calendrier.

Emmanuelle Delsol
 

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