Alcatel-Lucent : un plan non renégociable

Michel Combes, le directeur général d'Alcatel-Lucent, n' a pas donné d'espoir de négociation aux salariés venus manifester. Les syndicats fustigent un plan concentré sur la France.

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Alcatel-Lucent : un plan non renégociable

Après une rencontre de près de deux heures avec Michel Combes, le directeur général d'Alcatel-Lucent, l'intersyndicale CFDT, CGT, CFE-CGC de l'équipementier s'est affichée unanimement très déçue. Le nouveau patron, qui avait plutot séduit les salariés et leurs élus, est désormais la cible de leurs récriminations.

Déçus que celui-ci utilise la même méthode que ses prédécesseurs. Car tous les représentants syndicaux continuent de rappeler, comme à leur habitude, que c'est la gestion jugée désastreuse de Serge Tchuruk, Patricia Russo, artisans de la fusion à marche forcée entre Alcatel et Lucent, puis Ben Verwaayen qui ont en train l'équipementier dans sa chute. Et ont essentiellement compté sur les plans sociaux pour résoudre les problèmes. Au nombre de six depuis la fusion en 2007. "On voit défiler les dirigeants, et, à chaque fois, on morfle, s'insurgeait ainsi un ingénieur. Or, cette recette ne marche pas. Il faut de la stratégie et des dirigeants visionnaires."

"Seuls le calendrier, les modalités, les mesures sont négociables, a expliqué Hervé Lassalle, représentant CFDT. Mais l'annonce du 8 octobre ne l'est pas." La direction ne semble donc pas prête à remettre en cause suppressions de postes et fermetures de sites. Michel Combes a rappelé qu'il travaillait à sauver l'entreprise et voulait qu'à l'issue du plan Shift, en 2015, tous les salariés aient un emploi. A l'intérieur ou en dehors d'Alcatel-Lucent...

Le DG a expliqué aux syndicalistes qu'il fermait les sites de Rennes et Toulouse parce que trop petits pour que l'entreprise puisse les faire évoluer. Quant à Orvault, près de Nantes, c'est la dispersion de ses activités qui lui vaut d'être une des cibles du plan. Si le centre de R&D de Villarceaux (Bell Labs) et le site historique de Lannion semblaient préservés, les syndicats ont eu la confirmation qu'ils n'échapperaient pas au plan social.

Des ingénieurs 4G assommés et incrédules

Sur le site d'Orvault, trois quarts des employés sont dédiés à la 4G. "Alors que la technologie mobile est officiellement l'un des piliers de la nouvelle strategie, cela a été un coup de massue d'apprendre que nous étions touchés", raconte une ingénieure 4G d'Orvault. Et pour cause. Non seulement ces équipes sont visées par de possibles mutations ou suppressions de postes mais ils viennent d'apprendre qu'Alcatel-Lucent formait une équipe d'Ottawa sur les mêmes sujets.

Démotivés, les ingénieurs pourraient compromettre les démonstrations de diffusion multicast sur réseau mobile 4G que l'opérateur américain Verizon souhaite faire à l'occasion du Superbowl en février 2014, comme le raconte cette ingénieure. "C'est à Orvault que l'on travaille sur l'architecture, le développement, les tests pour cette démonstration", insiste-t-elle avec fierté.

"Un sacage de l'emploi en France"

Les élus de l'équipementier stigmatisent d'ailleurs ce qu'ils désignent comme "le sacage de l'emploi en France." Le représentant CFE-CGC a ainsi rappelé que les syndicats comprenaient "les difficultés du groupe et le recentrage des produits, mais n'acceptaient ni les fermetures de sites qui ne répondent selon eux à aucune logique économique, ni que la France soit la plus touchée." Et qu'il était en particulier anormal qu'elle soit tenue à l'écart des technologies IP. 13% des suppressions de postes concernent l'Hexagone, alors qu'il n'accueillera que 3% des créations de postes prévues.

C'est à Orvault, ville voisine de Nantes, chère au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, que les syndicats ont appelé l'ensemble des salariés à manifester le mardi 22 octobre prochain. Après quoi se tiendront les 23 et 24 octobre, des réunions entre élus et direction, ainsi qu'un CCE. Les syndicats demandent aussi à être reçus par le gouvernement concernant l'ampleur trop importante du plan et la prise de position des opérateurs télécoms francais.

Emmanuelle Delsol

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