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Alibaba décroche à New York les milliards de son expansion… chinoise

Le géant chinois Alibaba a réussi une entrée en bourse record au NYSE de quelque 25 milliards de dollars. De cette manne, il devrait se servir pour gonfler son activité de numéro un du e-commerce chinois. Il pourra surtout installer la logistique indispensable pour sortir des frontières de son pays.
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Alibaba décroche à New York les milliards de son expansion… chinoise
Alibaba décroche à New York les milliards de son expansion… chinoise © Flickr CC - Charles Chan

Comme prévu, le chinois Alibaba vient d’opérer une entrée spectaculaire au NYSE de 25 milliards de dollars. Un record absolu. Et il ne manque pas d’opportunités de dépenser cette nouvelle manne. Deux grandes options s’offrent à lui, qui ne s’excluent pas l’une l’autre. Dans un premier temps, il devrait continuer à gonfler son poids en Chine, qui fait déjà de lui le numéro un du e-commerce. La taille du pays lui laisse encore de nombreuses opportunités. Mais son entrée en bourse pourrait aussi être pour Alibaba, un des premiers leviers de son expansion internationale.

Une place de marché tentaculaire

En Chine, Alibaba règne déjà sans conteste sur le e-commerce, mais sa marge de manœuvre est encore très importante. "Leurs 280 millions d’utilisateurs représentent à peine la moitié des 600 millions d’internautes chinois," rappelle Etienne Roché, analyste stratégique pour L’Atelier BNP Paribas. Mais souvent présenté comme le rival d’Amazon - une comparaison qui transparaît entre les lignes dans le propre document d’entrée en bourse du Chinois - Alibaba n’est pas seulement un e-commerçant, copie asiatique de l’américain.

Pour commencer, il ne vend aucun produit en ligne directement. C’est une place de marché sur laquelle se rencontrent des marchands et leurs clients au travers de plusieurs sites thématiques. À commencer par TaoBao et Tmall. Le premier accueille de petits marchands, alors que le second est réservé aux grandes marques partenaires. Y compris quelques géants occidentaux comme L’Oréal, Nike, Gap, Levi’s, Microsoft et… Apple. Il a aussi un site pour les grossistes, un pour les produits de luxe, etc. Un modèle déclinable à l’envi.

Bien au-delà du e-commerce

Mais Alibaba n’est pas qu’une plate-forme de e-commerce. "Alibaba, ce sont plusieurs centaines de millions de transactions par heure, estime Henri Isaac, professeur et chargé de mission "Transformation Numérique" à l’Université Paris-Dauphine. Et leur puissance informatique est supérieure à celle d’Amazon. Ils viennent d’ouvrir leur 5e datacenter." Comme Amazon, il a entamé la rentabilisation de ses infrastructures avec des offres de cloud. Ouvert en août à Shenzhen, le dernier centre de 10 000 serveurs est réservé à l’activité de services cloud AliYun et cible en particulier les clients qui souhaitent lancer une activité à Hong-Kong, à Taïwan et dans l’Asie du Sud Est. Le chinois en a déjà ouvert deux autres de même dimension en 2014, à Beijing et à Hongkong. L’activité ne représente encore que 102 millions de dollars (chiffre d’affaires 2013), mais avec une croissance de 26%. Il héberge des entreprises du mobile, et de jeu, mais aussi les activités chinoises d’Apple et de Microsoft !

Mais Alibaba se différencie aussi de son rival américain par une diversification qui le fait tendre davantage vers une galaxie " à la " Google. "Ils ont investi dans le paiement, dans les réseaux sociaux", rappelle Henri Isaac. Alipay est un dispositif de paiement en ligne sécurisé au travers d’un dispositif biométrique. "Alipay Wallet est déjà massivement utilisé pour payer les billets de cinéma, le gaz et l’électricité, les taxis, etc.", explique Etienne Roché. La moitié des paiements en ligne en Chine passent par son système. Et Alibaba promeut sa fonction depuis fin août avec un nouveau partenaire de poids : l’autre géant chinois, Huawei. L’équipementier télécoms a implanté Alipay Wallet dans ses nouveaux smartphones. Or, avec 20 millions d’unités vendues au 2e trimestre, il est le 3e plus important vendeur de smartphone au monde derrière Samsung et Apple.

Une diversification jusqu’à la santé as a service

Alibaba va encore plus loin dans la diversification, avec des incursions dans la santé, par exemple. "Ils font fabriquer des bracelets connectés à des prix imbattables, par exemple, détaille Etienne Roché. Mais ils ont aussi développé une app qui permet au consommateur de contrôler les informations sur un médicament, simplement en en scannant le code barre. Ils travaillent sur l’hôpital du futur et regardent de très près le marché de la pharma : aussi bien du côté du praticien, que de la logistique, du consommateur ou de l’hôpital. Ils se posent en intermédiaire dans un marché de la "santé as a service"."

Au-delà des frontières chinoises

Avec ses 24 milliards de dollars récoltés à la bourse américaine, Alibaba peut ainsi devenir un Amazon, voire un Google chinois. Mais au-delà des inévitables obstacles politiques, concurrentiels, réglementaires, cette manne pourrait aussi l’aider à concurrencer les géants du numérique sur leur propre terrain. Hors de Chine. Il faudra bien quelques milliards de dollars pour exporter son système de e-commerce taillé sur mesure pour l’Empire du Milieu. Pour implanter quelques datacenters en Europe ou sur le continent américain, par exemple. Mais surtout pour réinventer une logistique adaptée.

En Chine, Alibaba a développé une organisation à toute épreuve. "Ils sont d’une efficacité et d’une agilité redoutable, parce qu’à la différence d’Amazon qui s’appuie sur UPS et Fedex, ils ont des partenariats avec tous les logisticiens du pays. Et un colis peut arriver chez son destinataire par tous les moyens, même à vélo", rappelle Etienne Roché. Sans oublier qu’ils livrent des produits qui sont tous fabriqués… en Chine. En Europe, ou aux USA, il lui faudrait sans doute abandonner ce maillage fin. Il lui faudrait acheminer ces produits par bateau ou avion, ou ouvrir de grands entrepôts locaux, et s’appuyer sur de grands logisticiens locaux comme le fait Amazon. À moins qu’il ne réussisse à exporter son modèle.

Emmanuelle Delsol
 

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