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AlphaDogfight : un pilote de chasse de l'US Air Force s'est pris 5-0 contre une intelligence artificielle

Vidéo Aucun métier n'est-il à l'abris d'un remplacement par un système autonome ? Même les pilotes de chasse, pourtant considérés comme des élites, ont du souci à ce faire. Lors d'un concours organisé par la Darpa aux Etats-Unis, plusieurs industriels ont opposé leurs systèmes de pilotage autonome les uns aux autres pour en déterminer le meilleur. Le duel final a opposé l'un de ces systèmes à un pilote de l'Armée de l'air des Etats-Unis... qui s'est fait battre à plate couture.
mis à jour le 24 août 2020 à 11H30
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AlphaDogfight : un pilote de chasse de l'US Air Force s'est pris 5-0 contre une intelligence artificielle
AlphaDogfight : un pilote de chasse de l'US Air Force s'est pris 5-0 contre une intelligence artificielle © USAF

La Darpa, l'agence du département de la Défense des États-Unis dédiée au développement de technologies de pointe, a tenu le 20 août la finale de son concours AlphaDogfight. Ce dernier opposait plusieurs systèmes automatisés, basés sur des techniques d'intelligence artificielle, dans des joutes aériennes simulées à bord d'avions de chasse F-16. Le dernier duel a opposé le système vainqueur, développé par Heron Systems, à un pilote de chasse de l'US Air Force... Et l'homme s'est pris une déculottée : 5 à 0.

Comment souvent dans ce genre d'exercice, un certain nombre de contraintes étaient en place. Les pilotes n'ont pu utiliser que le canon M61A1 Vulcan de 20 mm situé dans le nez de l'appareil, aucun armement externe n'était autorisé. Il s'agissait donc de tester les capacités de dogfight de ces systèmes, qui disposent d'un double avantage dans ces conditions. Ils ne sont pas affectés par les accélérations ou décélérations, même les plus extrêmes (ils peuvent effectuer des manœuvres à 9 g pendant plusieurs minutes), et possèdent une visée d'une précision surhumaine même dans les situations les plus critiques. Ils savent aussi toujours où se trouve l'ennemi, tandis que le pilote humain doit le chercher du regard.

Des stratégies pas forcément applicables en conditions réelles
Le pilote humain a affronté la machine à l'aide d'un casque de réalité virtuelle HP Reverb G1, et n'a pas souffert non plus des forces gravitationnelles. Cela n'a pas suffit à combler son écart de précision et réactivité avec le système autonome, bien qu'il s'en soit mieux tiré dans la dernière manche après avoir adapté sa stratégie. Connaissant la précision du système autonome, il a tâché d'éviter de se retrouver rapidement dans son viseur, et y est parvenu dans une certaine mesure, mais n'a pas pu se mettre en position de passer à l'offensive.

Il faut noter néanmoins la stratégie particulière de la machine, qui reposait principalement (mais pas uniquement) sur le fait de charger l'ennemi – au risque d'une collision. Une technique qui démontre son absence d'instinct de survie, mais qui serait difficilement applicable en conditions réelles. Un avion de chasse est un appareil extrêmement coûteux et complexe à fabriquer, et prendre le risque de perdre un de ses avions, même si on arrive à abattre un ennemi, n'est pas acceptable. Le système avait aussi tendance à pousser l'avion à ses limites (vitesses maximales ou minimales), ce qui représente un autre risque non négligeable, par exemple en cas de décrochage.

Des systèmes entraînés par deep reinforcement learning
Ces pilotes virtuels reposent sur un entraînement à base d'apprentissage par renforcement, c'est-à-dire qu'ils effectuent des milliers et des milliers de combats aériens simulés et s'améliorent progressivement. Une fois cette étape passée, le modèle peut tourner sur un ordinateur relativement léger (du niveau d'un SoC Nvidia Tegra), tout à fait capable d'être embarqué dans un avion.
 


Car c'est évidemment la prochaine étape. La simulation a bien des intérêts, mais ce sont les résultats en conditions réelles qui comptent. Si la Darpa n'a pas de projets annoncés en la matière pour l'instant, l'Air Force Research Laboratory (AFRL) travaille sur la question depuis 2018, et a d'ores et déjà déclaré qu'un combat entre un pilote de chasse et un système autonome aura lieu en juillet 2021. Outre une automatisation pure et simple du pilotage, ces systèmes pourraient servir à l'avenir de coéquipier aux pilotes, voire même leur fournir des esquadrilles à l'aide de drones.

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