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Amazon-Hachette : épisode estival de l'affrontement entre le numérique et l'industrie

La guerre de cet été entre Hachette et Amazon autour du prix des ebooks révèle la difficulté qu’ont encore certains marchés traditionnels à s’adapter au numérique. Mais il n’est peut-être pas trop tard, à condition d’investir en R&D.
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Amazon-Hachette : épisode estival de l'affrontement entre le numérique et l'industrie
Amazon-Hachette : épisode estival de l'affrontement entre le numérique et l'industrie © Daniel Sancho - Flickr - CC

L’été a été plus chaud dans les librairies que sur les plages. L’affrontement entre Amazon et Hachette s’est transformé en guerre ouverte. Et ce n’est pas fini. Mais à l’instar de la lutte entre Uber et les taxis du monde entier, ou de celle entre le monde de l’audiovisuel et un Netflix en pleine expansion européenne, cette bataille résonne comme un symbole. Celui de la transformation inéluctable de l’économie par le numérique qui n’épargne plus aucune industrie, et surtout pas celle de la culture.

Amazon veut des ebooks à un prix unique aux USA à 9,99 dollars et Hachette ne veut pas. Pour se faire entendre, le géant américain aurait semble-t-il usé de moyens de pression tels le refus des précommandes de livres Hachette sous prétexte d’indisponibilité ou les retards de livraison.

De quoi provoquer la très médiatique protestation sur deux pages dans le New York Times de plus de 900 auteurs parmi lesquels des pointures comme Paul Auster ou Stephen King, pour beaucoup publiés ailleurs que chez Hachette.

Une classique politique de distribution

Pour Henri Isaac, professeur et chargé de mission "Transformation Numérique" à l’Université Paris-Dauphine, "on oublie pour commencer qu’il s’agit d’une politique de distribution classique. Simplement il ne s’agit pas de pots de yaourt, mais de livres. Amazon est une plate-forme de portée internationale, il a acquis un imposant pouvoir de négociation dans le livre physique et électronique." Le géant compterait près de 250 millions de clients.

Amazon, connu pour sa faible rentabilité, réinvestit la plus grande partie de son chiffre d'affaires dans son développement, son infrastructure et sa R&D. C’est loin d’être le cas des acteurs du livre. Pour Henri Isaac, le conflit de cet été révèle ainsi également l’inertie ou au mieux les trop faibles avancées des éditeurs de livres, qui n’investissent toujours pas dans une évolution numérique de leur métier.

"On peut s’interroger sur la capacité des européens à bâtir une plate-forme équivalente à celle du californien, regrette-t-il. Et avec les plates-formes des grands du numérique se créent des habitudes et des effets d’irréversibilité." Autrement dit, les lecteurs - consommateurs ont pris l’habitude du dispositif Amazon. Reprenant l’expression favorite de The Family, Henri Isaac estime que ce secteur a pris Internet à la légère et qu’aujourd’hui les barbares sont à sa porte.

L’édition doit investir en R&D numérique

S’il ne peut pas concourir sur le terrain de la plate-forme, le secteur pourrait néanmoins se doter d’une véritable valeur ajoutée le différenciant pour de nouveau peser dans des négociations avec Amazon. Ce qui passerait par des investissements en R&D orientés vers le numérique.

"Un ebook aujourd’hui reste la copie numérique d’un livre papier, sans video ni interaction avec les lecteurs, regrette Henri Isaac. Quant au modèle économique, les éditeurs pourraient imaginer des accès simples aux livres, puis des accès premium progressifs avec discussion avec la communauté de lecteurs, échanges avec l’auteur, mises à jour, etc. Et certaines catégories d’ouvrages comme les guides de voyages ou les livres de cuisine devraient déjà être des apps !"

L’économie du livre doit donc réinventer son métier en ne se voilant plus la face et en investissant dans le numérique.

Emmanuelle Delsol

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