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Antitrust : La Commission européenne peine à décortiquer le fonctionnement des algorithmes d'Amazon

Vu ailleurs Depuis juillet 2019, la Commission européenne enquête sur le comportement d'Amazon vis-à-vis des vendeurs tiers de sa marketplace. Ce sont les algorithmes de détermination des prix qui sont au coeur de ces accusations antitrust. Or, les enquêteurs bruxellois auraient beaucoup de mal à décortiquer ces systèmes par manque d'information mais aussi de compétence. Mais sans preuves suffisantes, impossible de condamner le géant de l'e-commerce.
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Antitrust : La Commission européenne peine à décortiquer le fonctionnement des algorithmes d'Amazon
Antitrust : La Commission européenne peine à décortiquer le fonctionnement des algorithmes d'Amazon © Amazon

La Commission européenne, autorité en charge du respect du droit de la concurrence, a des difficultés à rassembler suffisamment de preuves pour conclure qu'Amazon a un comportement antitrust, rapporte le Financial Times. Ce sont les algorithmes, au cœur du fonctionnement de la marketplace, qui posent problème.

Une enquête ouverte en 2019
Cela fait désormais deux ans, depuis juillet 2019, que l'exécutif européen a ouvert une enquête approfondie sur l'utilisation par le géant de l'e-commerce des données non publiques des vendeurs tiers de sa marketplace. Les conclusions préliminaires, publiées en novembre 2020, montrent que "des volumes considérables de données non publiques des vendeurs sont à la disposition des salariés de l'activité de vente au détail d'Amazon", d'après la Commission.

Ces données sont utilisées, via des algorithmes, pour "calibrer les offres de détail" et les "décisions commerciales stratégiques" au détriment des autres vendeurs de la plateforme. Ce qui permet à Amazon de "concentrer ses offres sur les produits qui se vendent le mieux" et de les ajuster en fonction des données des vendeurs.

Eviter la concurrence
Ainsi, cette situation permet au géant de l'e-commerce d'éviter "les risques normaux de la concurrence" et de tirer parti de sa position dominante sur le marché de la fourniture de services de marketplace en France et en Allemagne, soit ses plus grands marchés en Europe, d'après le régulateur européen.

Depuis, l'institution européenne a élargi ses investigations au fonctionnement, tout aussi obscure, de la "Buy box" et du label Prime d'Amazon. "Les conditions de concurrence sur la plateforme d'Amazon doivent également être équitables. Ses règles ne devraient pas favoriser artificiellement les offres de vente au détail d'Amazon ou avantager les offres de détaillants qui utilisent ses services logistiques et de livraison", expliquait Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive chargée de la politique de la concurrence.

Le secret commercial est un obstacle
Or, les enquêteurs de la Commission auraient du mal à comprendre précisément le fonctionnement des algorithmes de détermination des prix, alimentés par ces données non publiques, et ce malgré l'envoi d'une série de questions à Amazon. En pratique, il est impossible d'accéder au code source en raison de la protection du secret commercial, se lamentent les fonctionnaires bruxellois.

Mais cette situation n'a rien d'exceptionnel. La Commission est régulièrement confrontée à ces obstacles lorsqu'elle doit évaluer la légalité du fonctionnement d'un système d'apprentissage automatique. "Les affaires impliquant des algorithmes sont complexes", a déclaré un juriste basé à Bruxelles, sollicité par le Financial Times. "Mais l'UE n'a pas à dicter le fonctionnement d'un code informatique. C'est à l'entreprise qui utilise l'algorithme de fournir un résultat équitable", a-t-il défendu.

Au-delà des difficultés techniques, la Commission aurait reçu des documents qui attesteraient qu'Amazon n'a aucun intérêt à essayer de désavantager les vendeurs tiers étant donné qu'ils constituent l'essentiel de ses bénéfices. "Pourquoi Amazon voudrait-il aggraver l'expérience client si les clients réalisent qu'ils peuvent obtenir des produits de meilleure qualité pour moins chers ailleurs ?", se demande une personne proche du dossier.

Un décalage entre la théorie et la pratique
Ces difficultés illustrent l'écart qu'il y a entre la volonté de l'Europe d'encadrer voire de réprimer le comportement des grandes entreprises technologiques et la réalité du terrain. Mais, même si la Commission avait accès aux détails des algorithmes, serait-elle réellement en capacité de les décortiquer ? Rien n'est moins sûr.

L'obligation de divulguer le code source des logiciels est un sujet au cœur des préoccupations de Bruxelles qui travaille actuellement sur une future réglementation sur l'intelligence artificielle. La transparence des algorithmes est au cœur de ce texte.

Une législation internationale incompatible ?
Or, les règles sur le commerce électronique débattues au niveau de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), dont l'UE fait partie, sembleraient incompatibles avec cette future loi. En effet, l'une des règles de cet accord prévoit l'instauration d'une clause interdisant les pays signataires d'introduire dans leur propre législation des mesures qui exigent l'accès ou le transfert du code source d'un logiciel. Ce qui en d'autres termes empêcherait les personnes qui le désirent d'accéder au "coeur" du fonctionnement d'un système d'apprentissage automatique, une situation en contradiction avec la future réglementation européenne.

En dépit de ces difficultés, Bruxelles compte aller jusqu'au bout du processus même si cela prend plusieurs années. De son côté, Amazon a refusé de commenter cette situation.

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