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Après avoir conquis le commerce B2C, le BNPL s'attaque au B2B

Levée de fonds De nouvelles fintechs se frottent aux problématiques de délais de paiement entre entreprises, espérant résoudre les difficultés de trésorerie des fournisseurs et de leurs clients. Un problème historiquement bien connu en France.
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Après avoir conquis le commerce B2C, le BNPL s'attaque au B2B
Après avoir conquis le commerce B2C, le BNPL s'attaque au B2B © Hero

Paradoxe ou ironie du sort, c'est au moment où le secteur du paiement fractionné (BNPL) B2C entre dans une zone de turbulences que le BNPL B2B commence à décoller. Tandis que le premier fait face à une crise de croissance doublée de difficultés à se refinancer dans un contexte de chute des valorisations boursières et d'inflation, le second attire les investisseurs et se structure.

La plus grosse levée de fonds du secteur, réalisée par Mondu, vient d'être dévoilée ce lundi 30 mai. La start-up berlinoise a bouclé un tour de table de 43 millions de dollars en série A, mené par le fonds américain de Peter Thiel Valar Ventures, avec l'appui de Cherry Ventures, FinTech Collective, ainsi que plusieurs business angels issus de Klarna, Zalando et SumUp. Mondu avait levé 14 millions en seed il y a sept mois.
 

eclosion de fintechs spécialisées

La semaine dernière, le britannique Tranch, qui cible les entreprises utilisatrices de logiciels SaaS en leur permettant d'étaler le règlement d'un abonnement annuel, facturé moins cher que l'abonnement mensuel, a levé 3,5 millions de livres sterling en pré-amorçage.

Parmi les autres acteurs du secteur, on peut citer l'allemand Billie, qui a levé 100 millions de dollars en série C en octobre 2021, notamment auprès de Klarna, poids-lourd du BNPL B2C. Ou encore le britannique Hokodo, et l'américain Resolve.

En France, l'un des grands acteurs du paiement fractionné pour les particuliers, Alma, compte se développer dans le B2B. Hero, une fintech fondée en septembre 2021, a déjà investi le marché. Elle a levé 1,8 million d'euros auprès de business angels (Qonto, Stripe, Adyen…), complété par une ligne de crédit de 5 millions d'euros auprès d'Avelinia Capital, qui constitue un fonds de dette obligataire pour ses financements. En 2022, la start-up sera capable de financer 60 millions d'euros de transactions.

libérer de la trésorerie

Tout comme le paiement en plusieurs fois existait bien avant les fintechs dans le commerce de détail, le paiement différé est à la base des relations clients-fournisseurs dans le monde B2B. En moyenne, en France les clients paient à plus de 60 jours. Et c'est un problème. Les délais de paiement sont en effet la cause de difficultés de trésorerie récurrentes pour les fournisseurs, qui peinent à maintenir à flot leur fonds de roulement. En France, où plus de la moitié des factures sont réglées en retard, 25% des défaillances de PME seraient dues aux retards de paiement.

"L'intérêt du BNPL B2B est de libérer de la trésorerie sur les factures qui sont dues aux entreprises, pour la remettre au travail", explique à L'Usine Digitale Roland Jais Nielsen, fondateur et CEO de Hero. Les plateformes de BNPL permettent aux fournisseurs toucher les sommes qui leur sont dues immédiatement. Selon Philipp Povel, le cofondateur de Mondu, le marché du BNPL B2B représenterait 200 milliards de dollars en Europe et aux Etats-Unis.

moderniser l'escompte et l'assurance crédit

Ces nouvelles fintechs apportent des solutions plus modernes en "consumérisant" des moyens de financement de court terme comme l'affacturage (cession de créance) ou l'escompte bancaire, plus lourds à mettre en place. Chez Hero par exemple, les factures passent par l'API de la start-up pour être envoyées au débiteur (que la vente se fasse online ou offline), qui reçoit un lien de paiement. A terme, la start-up proposera également aux acheteurs de profiter de facilités de paiement. Son business model repose sur des commissions de 1,5 à 3,9% selon l'échéance des factures, le volume, le moyen de paiement et le secteur.

Les contraintes sont en revanche plus lourdes que dans le BNPL B2C. Premièrement, en matière de vérification de la solvabilité du débiteur, qui nécessite un scoring plus complexe. Deuxièmement, parce que les montants en jeu sont plus élevés et réclament un financement plus important du côté des fintechs. 

la french tech au rendez-vous

Hero revendique plus de 130 clients à date, parmi lesquels le groupe Dessange, et le grossiste de mode eFashion Paris. La start-up de 14 personnes projette une nouvelle levée de fonds en 2022, et le recrutement d'une quinzaine de nouveaux collaborateurs. Elle lancera prochainement une solution de BNPL pour les achats en magasin.

D'autres fintechs françaises s'attaquent à la problématique des délais de paiement B2B, par d'autres angles. C'est le cas de Kresus, avec une solution automatisée d'escompte commercial (remise accordée en fonction du délai de paiement), et de Defacto, qui accorde des crédits aux PME en payant leurs factures, que les acheteurs remboursent plus tard.

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