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Après la faillite de grosses plateformes centralisées, la crypto-finance n'a pas dit son dernier mot

Levée de fonds Selon un refrain qui se répand dans le secteur, la faillite de Celsius ne serait pas la faillite de la finance décentralisée, mais celle de la finance pas assez décentralisée. Les investisseurs parient sur la "vraie" DeFi, à l'instar de la start-up française Morpho Labs qui vient de lever 18 millions de dollars.
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Après la faillite de grosses plateformes centralisées, la crypto-finance n'a pas dit son dernier mot
Après la faillite de grosses plateformes centralisées, la crypto-finance n'a pas dit son dernier mot © Photo by Tezos on Unsplash

Les faillites des plateformes de finance décentralisée Celsius et Voyager Digital n'ont pas signé l'arrêt de mort du secteur, loin de là. En tout cas les fonds de capital-risque y croient toujours dur comme fer. Cependant, une distinction est en train de s'imposer dans le landerneau du web3, entre la "bonne" finance décentralisée, la vraie, et la "mauvaise" qui n'est pas vraiment décentralisée. Un storytelling qui tente de donner un sens à la bérézina vécue par le secteur le mois dernier, en désignant les coupables : la finance dite "centralisée", ou "CeFi".

Par "finance centralisée", on n'entend pas finance traditionnelle, banques, courtiers et intermédiaires financiers classiques. Mais les plateformes comme Celsius, auxquelles les utilisateurs confiaient leur cryptomonnaies pour les placer et qui, pour faire bref, ont fait n'importe quoi avec dans le but d'aller chercher des rendements inatteignables. Dans la DeFi, tout irait bien dans le meilleur des monde, et pourquoi pas, jusqu'à preuve du contraire.
 

La finance décentralisée lève plus de fonds

Ce que l'on peut d'ores et déjà constater, c'est que les applications de DeFi sont sur une dynamique très nette en termes de levées de fonds au mois de juin (624 millions de dollars, plus du double de la moyenne des mois précédents), alors que les levées de la CeFi sont légèrement retombées. Elles se placent toutefois à un niveau bien supérieur (1,9 milliard de dollars), selon les données de la société d'études Messari relatives au premier semestre 2022.

De manière générale, les fonds d'investissement continuent de lever de l'argent pour investir dans la crypto, malgré la conjoncture. Variant, par exemple, a bouclé fin juillet un nouveau véhicule de 450 millions de dollars, pour investir notamment en phase d'amorçage.

morpho Labs, jeune espoir français

Il se trouve que Variant a investi mi-juillet, aux côtés d'une trentaine d'autres fonds (dont Coinbase Ventures, Semantic et XAnge) et d'une soixantaine d'investisseurs individuels, dans une start-up française du nom de Morpho Labs, un nouvel acteur de la finance décentralisée. La "vraie", puisque la start-up a développé un protocole permettant de mettre en relation des prêteurs et des emprunteurs en peer-to-peer, en calculant un taux d'intérêt optimisé grâce à un système d'allocation dynamique. Le tour de table, mené par Variant et Andreessen Horowitz (qui semble décidément s'intéresser de plus en plus à la France), s'élève à 18 millions de dollars.

Le protocole de Morpho Labs, créé en 2021 par un étudiant de Polytechnique et Télécom Paris et un directeur de recherche au CNRS, est développé en surcouche des protocoles de prêts décentralisés Compound et Aave, qui sont des sortes de marchés monétaires pour les cryptomonnaies. Par le biais de smart contracts, ils font se rencontrer l'offre et la demande de liquidités en passant par des "pools de liquidité". Mr X peut épargner en plaçant son argent dans le pool. Quand Mme Y emprunte, elle "collatéralise" son emprunt en bloquant une somme supérieure au montant du crédit, et les liquidités sont débloquées du pool. Ce collatéral est liquidé si elle ne rembourse pas.

les smart contracts, rien que les smart contracts

Tout est mis en commun, donc les épargnants se partagent les taux d'intérêt (dont les ordres de grandeur sont plus raisonnables que ceux qui étaient promis par Celsius, par exemple). Par ailleurs, afin de conserver un marché liquide, c'est-à-dire pour permettre aux prêteurs de récupérer leurs avoirs à tout moment, les montants prêtés sont toujours supérieurs aux montants empruntés. Enfin, il y a plus de prêteurs que d'emprunteurs. Si bien que les taux d'intérêt, calculés en fonction de l'offre et de la demande, ne sont pas optimaux ni pour le prêteur ni pour l'emprunteur. Tout se déroule par le biais de smart contracts, sans intervention humaine.

Morpho Labs vient rajouter une couche à ce système, en faisant correspondre offre et demande de prêt, en "one-to-one", en sortant ces deux utilisateurs matchés du pool. L'argent du prêteur est ainsi utilisé à 100% et il n'a pas à partager le taux d'intérêt avec d'autres membres du pool. Dans les cas où le P2P ne fonctionne pas (pas de matching, ou le prêteur souhaite retirer son argent alors qu'il est entièrement emprunté), c'est la couche basse qui reprend la main et les utilisateurs rebasculent sur Aave ou Compound (avec des taux moins intéressants).

le défi de la sécurité

Morpho Labs assure que 30 millions de dollars de liquidités évoluent déjà dans son protocole. Pour l'instant, la start-up ne se rémunère pas, mais à l'avenir l'idée est de prélever une commission sur les transactions.

La start-up française est un exemple de finance décentralisée réellement sans intermédiaire, qui serait donc l'alpha et l'omega de l'avenir de la crypto-finance. Si celle-ci s'est moins développée jusqu'à présent, c'est pour plusieurs raisons. Tout d'abord, des taux moins alléchants que ceux des plateformes centralisées (mais on comprend pourquoi, si tout le monde fait comme Celsius). Ensuite, un fonctionnement plus ésotérique – bien que plus transparent – au niveau de l'expérience utilisateur, et moins de fonctionnalités (trading, conservation…). Et l'absence de prise en charge des monnaies fiat. A leur avantage, elles permettent généralement de placer de l'épargne en cryptomonnaies sans avoir besoin de la bloquer pendant une durée minimum.

Reste à savoir si ces applications de finance décentralisée résisteront en matière de sécurité informatique. Car si c'est uniquement le code qui fait loi, c'est aussi le code qui peut faillir.