Après la Révolution... la Terreur numérique ?

Fort de 20 ans d’expérience au contact direct des défis numériques posés aux organisations, Guillaume Buffet, aujourd’hui Président de U, plateforme de transformation digitale @Uchange_ et du think tank Renaissance Numérique @Rnumerique, a gagné une place à part dans le dialogue avec les décideurs économiques et politiques en France.

Il livre en exclusivité pour L’usine digitale ses analyses sans concession des transformations en cours.

Pour cette première tribune,  Guillaume Buffet ose un parallèle impertient avec la révolution française et la terreur qui l'a suivie. Eclairant.

 

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Après la Révolution... la Terreur numérique ?

La révolution numérique n’est pas une révolution de velours : elle balaie les modèles d’affaires des industries traditionnelles et ébranle les régulations qui les protégeaient. Mais à l’image de la noblesse française, alertée par Necker en 1788, les grands acteurs économiques doivent prendre conscience qu’ils détiennent les clefs de leur survie. A condition, cette fois, de se remettre en question dans le temps.

Mais de quelle révolution parle-t-on ? Depuis bientôt 20 ans, chaque avancée technologique est annoncée, à grand renforts de livres blancs et de conférences, comme porteuse d’un retournement social et économique. La sémantique anglo-saxonne, à l’exemple de l’immanquable "Sky is the limit", renforce cette manie de transformer une technique nouvelle en évènement révolutionnaire ; que l’on pense Client-serveur, Cloud, Big Data (et sa petite sœur surdouée Smart-Data), SoLoMo, phablet, SAAS, IoT, … Derrière ces termes, soyons lucides : au mieux des évolutions. Sans R, elles manquent de souffle.

quand le peuple prend le pouvoir

Une Révolution se produit lorsque le peuple prend le pouvoir. Dans sa traduction numérique : lorsque le récepteur a acquis le même pouvoir que l’émetteur. L’avènement du 2.0 et de la multitude, c’est celui de commenter, partager, participer, contrarier, ré-inventer. Notre prise de la Bastille ? Elle se situe quelque part entre le lancement de Blogger en 1997 et celui de Facebook en 2004.

À écouter les locomotives de l’économie française, il s’agit d’une simple rébellion qu’il convient de mettre au pas, avec plus ou moins de véhémence ou de morgue selon l’interlocuteur. Ces groupes sont trop occupés qu'ils sont à optimiser les serrures de leurs modèles régulés. Cela vous rappelle quelqu'un ces histoires de serrures ? Dans ce maelstrom, ce sont pourtant ces grands acteurs établis qui sont en difficulté !

Les start-up coupeuses de tête ?

Terreur de 1793 ou Terreur rouge russe en 1919 : nombre de révolutions provoquent une période de violence politique. Dans le monde numérique aussi, le peuple d’utilisateurs, allié à la bourgeoisie des nouveaux entrants (j’ai bien sûr nommé les start-up), veut trancher la tête de cette noblesse établie.*

Pourtant, l’Histoire a aussi montré que des changements sociaux majeurs peuvent se faire pacifiquement, à l’instar de la chute du mur de Berlin en 1989. Et si la Révolution numérique suivait cet exemple ? Et si, face au souffle de l’économie numérique, les grands groupes construisaient des moulins, plutôt que des abris ?

Les exemples existent ! A commencer par le plus célèbre. La mutation d’Apple d’un groupe de hardware moribond en un leader de la musique en ligne, de la téléphonie, des applications mobiles en est la preuve : il est possible de se réinventer à partir de métiers qui n'étaient pas les siens, en s'appuyant sur sa communauté de clients et en acceptant de partager une partie du pouvoir et des revenus. Et de contrer, dès lors les plus brillantes startups du secteur.

ACCEPTER D'ABOLIR LES (PIVILÈGES) Rentes et régulations

La condition sine qua none de cette mutation ? Faire "sa nuit du 4 août" : accepter d'abolir ses privilèges. De quels privilèges parle-t-on ? Ceux du XXème siècle. Qui s'appellent des rentes, des régulations.

Tant que cette "noblesse" économique sera convaincue que des textes de lois la protègent de la disruption, le risque de Terreur continuera de grandir. Le jour où elle acceptera d'abolir ces régulations, qui n'ont souvent comme vocation que de défendre leurs intérêts particuliers, ils pourront entamer leur mue.

Leur mue ? Insuffisant ! Leur transformation. Celle qui consiste à accepter de mettre en péril les modèles existants pour en inventer de nouveaux, à apprendre à prendre des risques, à les provoquer même, pour se tromper. Et se tromper encore. Avant de réussir.

Non, les régulations ne sont pas un frein à la concurrence. Celle d’aujourd’hui les ignore d’ailleurs. Elles sont un frein à l’innovation. Sans innovation de rupture, à l’ère numérique, les têtes continueront à tomber.

Guillaume Buffet, @gbuffet

Guillaume Buffet
Pionnier du numérique français, il accompagne les premiers pas du marketing en ligne dans les années 1990, comme directeur d’agence (Singapour) et président de l’IAB, avant de créer son cabinet de conseil en stratégie (Les Gentils) et de s’investir dans plusieurs startups (Starting Dot, J’en Crois Pas Mes Yeux). Il s’est aussi engagé pour rapprocher enjeux numériques et responsables politiques (Club Sénat, puis en fondant Renaissance Numérique qu'il préside depuis 2011). En septembre 2015 il lance la plateforme de transformation digitale U.

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