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Après les Etats-Unis, l’internet industriel débarque en Europe

Bien ancrée dans l'aéronautique, la remontée de données récoltées par des capteurs omniprésents investit de plus en plus de secteurs industriels. Alors que les start-up de la Silicon Valley ont développé les technologies nécessaires au bon usage de ces big data, l'Europe comprend peu à peu leur intérêt.
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Après les Etats-Unis, l’internet industriel débarque en Europe
Après les Etats-Unis, l’internet industriel débarque en Europe

Après San Francisco et les Etats-Unis en décembre dernier, c’est en Europe et plus précisément à Londres que Jeff Immelt, le CEO de GE, a voulu frapper les esprits en dévoilant à l’occasion d’une manifestation baptisée "Minds & Machine", le 19 juin, des turbines et machines bourrées de capteurs capables de produire l’équivalent d’un téraoctet de données par jour. Ce rendez-vous était une manière de marquer l’arrivée, sur tous les continents, de GE et de ses partenaires de la Silicon Valley (Sales force, Oracle, IBM…) dans la guerre de ce que l’on appelle "l’Internet industriel". L’enjeu est de taille puisque le groupe investit l’équivalent d’un milliard d’euros par an pour innover en matière de services et équiper de nombreux capteurs les machines de ses clients, leur conférant ainsi de l’intelligence.

Des capteurs, il y en a partout autour de nous : sur la route, dans les airs, dans les immeubles ou encore les usines. Prenons l’exemple de l’aéronautique. Imaginez-vous à bord d’un avion. Peut-être êtes-vous déjà monté avec une certaine appréhension, avec la crainte qu’il y ait des avaries au niveau des moteurs ? En fait, vous ne le savez peut-être pas, mais vous n’avez aucune raison de vous inquiéter car tous les grands motoristes de l’aéronautique accompagnent en temps réel le pilote dans la gestion de l’aléa. En effet, une multitude de capteurs installés sur les moteurs permettent de prévenir plusieurs mois à l’avance du moindre risque.

Mais que font ces capteurs concrètement ? Ils mesurent les états du moteur, les données d’environnement et informent en temps réel la compagnie aérienne du moindre changement et de tout risque, même très mineur, qui pourrait apparaître dans les trois mois. Ces solutions, les autres grands motoristes (Snecma, Rolls Royce, Pratt & Whitney, etc.) les ont aussi mis en œuvre depuis plusieurs années.

Alors, qu’y a-t-il de nouveau ? Pourquoi parle-t-on maintenant d’Internet industriel ? Ce qui est nouveau, c’est la mobilisation d’acteurs industriels mondiaux tels que GE, Siemens ou encore ABB, déterminés à généraliser ce savoir-faire au-delà de l’aéronautique, à grande échelle et dans tous les secteurs industriels comme le transport, l’énergie et la santé pour ne citer qu’eux. Les solutions et les acteurs (surtout ceux de la Silicon Valley) sont en place pour tirer les fruits de ce nouveau gisement de croissance qui, de l’avis des spécialistes du secteur, est aujourd’hui l’une des principales technologies de rupture, avec les relais de croissance les plus importants.

Alors que la première édition "Minds & Machine" de GE avait eu lieu aux USA, la deuxième du nom a donc lieu cette année en Europe. Mais où en sont les industriels sur le Vieux Continent et où en sont notamment les français sur ce sujet ? Les grands acteurs de la défense et de l’aéronautique comme EADS, Safran et Thales ont mis en œuvre des solutions et des services innovants, dont certains sont déjà déployés. Cela dit, leur approche est plus qualitative et plus prudente que celle de leurs concurrents anglo-saxons. Les services et les solutions élaborés par les industriels européens de l’aéronautique sont, en effet, le fruit de l’élaboration de modèles de données qui ont nécessité des années de recherche, avec une approche scientifique et mathématique. Et ce sur un nombre limité d’équipements ou de systèmes.

Or l’approche anglo-saxonne est différente. Celle-ci consiste plutôt à appliquer de façon globale les technologies du big data, à acquérir une grande quantité de données et à élaborer ensuite des modèles de données. Cette dernière méthode nécessite des investissements plus lourds et incite donc à mutualiser les investissements de capacités de traitement sur des parcs de matériels plus grands. Voire, comme le fait GE, à rentabiliser ses investissements sur plusieurs secteurs industriels. Il est donc très probable que le monde anglo-saxon sera plus à l’écoute de la démarche entreprise par ce dernier. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Jeff Immelt a choisi Londres comme tremplin en Europe.

Gontran Reboud, consultant pour le cabinet de conseil en stratégie et transformation Karistem

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

Jean-Yves de Paris (75)
09/10/2013 18h23 - Jean-Yves de Paris (75)

A ce propos, Pierre Bellanger, le président fondateur de Skyrock, développe toute une réfexion sur les enjeux souverains de la révolution internet dans son dernier ouvrage L'internet Industriel que je recommande vivement.

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