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AT&T : "Nous ne nous limitons pas qu'aux technologies cellulaires pour l'IoT"

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Entretien Les opérateurs télécoms s’intéressent de près à l’internet des objets et en particulier au véhicule autonome. Rien de surprenant : la perspective de milliard d’objets connectés représente un marché colossal pour eux. Dans une interview exclusive, Mobeen Khan, responsable de la stratégie IOT de l’opérateur américain AT&T, explique à L’Usine Digitale comment il appréhende ce secteur et pourquoi il s’inscrit dans sa démarche d’adoption de la 5G… mais aussi d’autres technologies.

AT&T : Nous ne nous limitons pas qu'aux technologies cellulaires pour l'IoT
AT&T : "Nous ne nous limitons pas qu'aux technologies cellulaires pour l'IoT" © D.R.

L’Usine Digitale - Depuis quand AT&T s’intéresse à l’IOT ?

Mobeen Khan - Nous investissons dans l'Internet des objets depuis plus de 10 ans. Voitures, camions, tracteurs, alarmes, machines industrielles, wearables... Nous connectons tout un tas de choses.  Quatre domaines se distinguent en particulier : la gestion des flottes automobiles, la gestion d'actifs, la santé et les smart cities.

 

En quoi consistent vos efforts en la matière ?

M. K. : Nos investissements sont principalement concentrés dans deux couches. La première est la connectivité avec la gestion du service, l'intégration des technologies satellite, le Wi-Fi... Mais aussi l'évolution du réseau vers le LTE-M et la 5G. La seconde est la plateforme, domaine dans lequel nous cherchons surtout à répondre aux besoins des intégrateurs systèmes, des grandes entreprises et des développeurs qui cherchent à mettre des objets connectés sur le marché le plus vite possible.

 

Vous vous intéressez aussi au véhicule autonome ?

M. K. : Oui. Nous avons actuellement 10 millions de voitures connectées sur la route, dont plus d'un million sont arrivées au cours du dernier trimestre. Les usages de cette connectivité sont pour le moment principalement pour obtenir des diagnostics moteurs et faire remonter les données de divers capteurs afin d'effectuer de meilleures mises à jour ou de réparer le véhicule. Une autre fonctionnalité clé qui se développe est la mise à jour "Over the Air", via le réseau cellulaire. Elle augmente la réactivité des fabricants en cas de faille de sécurité et permet de conserver une flotte aux versions logicielles homogènes. Pour les flottes d'entreprise, cela permet de savoir où se trouvent les véhicules, quelle est leur consommation, de vérifier le profil de conduite...

 

Tout ceci est pour nous une première étape vers le véhicule autonome. Sur ce plan, nous travaillons avec Ford et Delphi pour tester les technologies à la fois de la voiture, du réseau et de l'infrastructure. Nous effectuons de la R&D, mettons au point des preuves de concepts et des tests en conditions réelles. Nous faisons aussi partie du Center of Automobility, un centre de test pour les véhicules autonomes. Nous y fournissons la partie réseau.

 

Combien de temps avant l'arrivée du véhicule autonome ?

M. K. : Nous sommes encore au tout début de ces technologies. De nombreux problèmes vont devoir être résolus avant d'avoir une vraie expérience autonome. D'ailleurs, si vous demandiez aujourd'hui à une personne lambda de monter dans une voiture et de la laisser se conduire toute seule, beaucoup auraient peur. Il est important d'habituer les gens à cette idée. Il faut ensuite assurer la connectivité du véhicule avec l'infrastructure, le réseau cellulaire et les autres véhicules. Et puis, il y a les régulations à prendre en compte, notamment dans les villes. Comment allons-nous réglementer les environnements mixtes dans lesquels rouleront à la fois les véhicules classiques et ceux disposant de divers niveaux d'autonomie ? On ne passera pas du pilotage manuel au pilotage 100% autonome d'un seul coup. La transition prendra très longtemps. Un autre point est l'adaptation des politiques d'assurance. Qui paie quoi et dans quelles conditions ?

 

Du coup, par où commencer ?

M. K. : Etant donné tous ces défis, je pense que les tout premiers essais commenceront dans des environnements bien définis, par exemple des campus universitaires ou des complexes industriels, avec un van autonome qui transporterait les gens d’un point à un autre. Cela va se mettre en place assez vite, mais en revanche la progression vers une autonomie complète prendra longtemps. Aujourd’hui on a déjà le "cruise control" ou le freinage intelligent, l’aide au stationnement, ce genre de choses. D’ici à deux ans, ces composants seront par défaut dans toutes les voitures. C’est une première étape importante pour préparer les automobilistes à l’idée que la voiture puisse se conduire toute seule. De cette manière, le jour où les niveaux d’autonomie 3 et 4 seront possibles, ils seront prêts.

 

Qu’en est-il de la bande passante nécessaire à l’IOT ? La 5G est-elle un passage obligé ?

M. K. : C’est une opportunité incroyable pour nous en tant qu’opérateur. Nous anticipons déjà aujourd’hui les besoins futurs de l’IoT, que ce soit au niveau des standards, de l’infrastructure ou des bandes de fréquences nécessaires. Pour les applications les plus basiques, comme le smart cruise automobile ou les lampadaires connectés dans les villes, la 4G suffit. En revanche, pour de la conduite 100% autonome ou de la surveillance vidéo dans les villes, il faudra de la 5G. Cela va se faire progressivement.

 

Tout passera par le réseau cellulaire, selon vous ?

M. K. : Non, plusieurs technologies sont impliquées : communication de véhicule à véhicule (V2V), communication du véhicule à l’infrastructure (V2I), des communications à courte distance, des communications avec les capteurs… Nous n’en sommes encore qu’au début, et je ne pense pas qu’on ait encore résolu tous les problèmes. C’est pour cela que nous effectuons autant de tests. Quand faut-il s’appuyer sur un réseau local et pas sur des communications à courte portée ? Comment la décision est-elle prise ? C’est ce que nous cherchons à déterminer.

 

Vous investissez sur la communication à courte distance ?

M. K. : Oui. Si vous vous intéressez à l’IoT, il est vite évident que tout ne pourra pas être connecté par des technologies cellulaires. Pour les containers sur un bateau, on va utiliser du satellite. Dans le sous-sol d’un hôpital, on s’appuie sur du Wi-Fi. Il faut une approche holistique.

 

Et la sécurité dans tout ça ?

M. K. :  L’alliance que nous avons récemment annoncée nous aidera à garantir la sécurité des solutions IoT sur notre réseau. Nous ne nous cantonnons pas à la simple sécurité du réseau, nous avons une approche par couches. Chaque couche doit être sécurisée : l’objet connecté lui-même, le réseau, le cloud, les données. C’est pour ça que cette alliance existe.

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