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"Atmel n’est aucunement responsable de la faillite de LFoundry ", selon son directeur général en France

Atmel, qui détenait l’usine de LFoundry de Rousset, aujourd’hui en redressement judiciaire, fait l’objet de deux assignations en justice, dont l’une pour responsabilité dans la faillite de l’entreprise des Bouches-du-Rhône. Jusqu’ici, elle s’était contentée de réagir par voie de communiqué. Alfredo Vadillo, son directeur général en France, a accepté de répondre aux questions de L’Usine Nouvelle.
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Atmel n’est aucunement responsable de la faillite de LFoundry , selon son directeur général en France
"Atmel n’est aucunement responsable de la faillite de LFoundry ", selon son directeur général en France © LFoundry

Lors de la cession à LFoundry de l’usine d’Atmel de Rousset (Bouches-du-Rhône) en 2010, vous avez présenté ce repreneur allemand comme un investisseur sérieux et viable, ce qui s’est révélé faux. Comment vous avez pu vous tromper à ce point ?

Alfredo Vadillo - Nous ne nous sommes pas trompés. La direction de LFoundry a fait preuve de mauvaise gestion. En juin 2010, après un processus élaboré de vente conduit par une banque, LF Germany a racheté le site de Rousset. À cette époque, LF Germany, un fabricant expérimenté et au capital important, exploitait déjà un site en Allemagne avec une clientèle mondiale, aux technologies éprouvées, et avec un bénéfice de 58 millions d’euros. Sa performance financière, ses activités et ses plans stratégiques et d’affaires pour le site (dont un accord visant à maintenir l’emploi à Rousset) ont été présentés et discutés avec le Comité d’entreprise.

Le cabinet Syndex, mandaté par le Comité d’entreprise, a en outre entièrement revu l’opération. Le Comité d’entreprise (y compris MM Guerrini et Chini) a approuvé la vente à l’unanimité, et LFoundry a repris une entreprise sans aucune dette, avec des actifs nets d’une valeur de plus de 80 millions d’euros (tel que confirmé par le commissaire indépendant mandaté par le tribunal de commerce lors de la cession) et un contrat de sous-traitance de long terme.

Pourquoi avez-vous réduit le contrat de fabrication avec LFoundry de 4 à 3 ans ? Ne fallait-il pas au contraire laisser plus de temps à LFoundry afin de diversifier sa clientèle ?

À l’origine, nous nous étions mis d’accord sur un contrat de 4 ans portant sur l’achat par Atmel de plus de 400 millions de dollars de produits et services. L’accord exigeait qu’Atmel paye un nombre fixe de tranches de silicium, indépendamment de ses besoins, des conditions de marché et des évolutions de prix. L’accord garantissait à LFoundry une source de revenus importante, et offrait à l’entreprise suffisamment de temps pour diversifier ses activités.

La diversification, la transition vers un modèle de fonderie spécialisée, et le développement de nouvelles technologies étaient tous inclus dans le plan de LFoundry que Syndex avait revu et que le Comité d’entreprise avait approuvé. LFoundry n’a jamais atteint ces objectifs. En 2012, LFoundry (et non Atmel) a demandé qu’Atmel accélère l’achat des tranches de silicium pour les aider à gérer leur trésorerie. Bien que la durée de l’accord ait été réduite d’une année, Atmel a rempli tous ses engagements d’achat de tranches, ce que LFoundry a confirmé.

En juin dernier, vous avez arrêté brutalement vos commandes de fabrication à LFoundry Rousset. Pourquoi ne pas avoir essayé de conclure un autre contrat de fabrication ?

Atmel n’a pas brutalement arrêté son contrat ; ce contrat est simplement arrivé à son terme une fois que les engagements d’Atmel ont été remplis, en avril. Atmel a depuis acheté des tranches de silicium supplémentaires. Atmel a annoncé à LFoundry, il y a un an, qu’un nouveau contrat pourrait être envisagé si l’entreprise pouvait proposer des technologies avancées, des performances opérationnelles, et à des prix et conditions contractuelles disponibles dans le marché. LFoundry n’a jamais proposé une offre compétitive, des technologies avancées ou encore un plan de réorganisation crédible.

Vous faites maintenant appel surtout à des fondeurs en Asie pour fabriquer vos puces, pourquoi ? Est-ce que le gain est si important par rapport une fabrication de LFoundry ?

Oui, comme presque tous les autres fabricants de semi-conducteurs dans le monde. D’autres fonderies proposent de meilleures technologies, performances, prix, réactivité et autres termes contractuels. LFoundry n’a jamais proposé ni une offre ni une performance compétitive.

Atmel est assigné en justice pour confusion de patrimoine entre les deux entités ? LFoundry Rousset et Atmel Rousset sont-elles réellement deux sociétés indépendantes ?

Atmel Rousset et LFoundry sont deux entreprises indépendantes. Atmel est un client et un créancier important de LFoundry. Il n’y a jamais eu de "confusions de patrimoines" entre ces sociétés et la demande de LFoundry n’est motivée par aucun précédent juridique comparable. Cette accusation est simplement une tentative d’extorquer des fonds à une entreprise performante. C’est un scandale que l’action juridique de LFoundry puisse potentiellement nuire aux 267 salariés d’Atmel à Rousset et aux 557 employés de l’entreprise en France, et également affecter les industries françaises de la défense et de la sécurité nationales, ainsi que l’industrie spatiale européenne, conséquences que LFoundry n’a jamais prises en compte.

Les administrateurs judiciaires de LFoundry considèrent que, vu les conditions dans laquelle la cession s’est déroulée, elle ne pouvait que conduire à la faillite de LFoundry Rousset. Acceptez-vous d’endosser votre part de responsabilité ?

Atmel n’est aucunement responsable de la faillite de LFoundry. Le processus de vente a été rigoureusement étudié, structuré, évalué et approuvé par toutes les parties prenantes, y compris le Comité d’entreprise et le président actuel de LFoundry. L’opération offrait à LFoundry toutes les chances possibles de réussir — un repreneur rentable et expérimenté, un plan opérationnel solide, une source de revenus garantie à long terme, aucune dette, et des actifs nets d’une valeur supérieure à 80 millions d’euros. LFoundry a fait preuve de mauvaise gestion et c’est pour cette raison qu’ils sont en faillite. Tenir Atmel pour responsable est inacceptable, et nuit aux activités industrielles dans la région.

Les administrateurs judiciaires se disent prêts à abandonner les poursuites judiciaires si Atmel revient à la table de négociation. Acceptez-vous de le faire ?

Atmel a, à chaque instant, agi correctement et dans la légalité la plus totale. Nous ne céderons pas au chantage.

Vous savez que, sans Atmel, il est impossible de sauver LFoundry Rousset. Pourquoi ne pas vous impliquer pour contribuer à trouver une solution ?

Atmel s’est déjà impliqué, et a dépensé beaucoup de temps et d’énergie pendant près de deux ans, en attendant que LFoundry trouve une solution. Cette solution réside dans la nécessité pour LFoundry de trouver de nouveaux investisseurs et clients, de développer des technologies de pointe, et d’améliorer sa structure surdimensionnée de coûts et de gestion. Bien que ce soit regrettable pour les employés de LFoundry, Atmel n’est aucunement responsable de cette situation. Notre responsabilité - envers nos employés et nos clients - est de nous concentrer sur l’exécution de notre stratégie d’entreprise dans une industrie hautement concurrentielle et un environnement macroéconomique difficile.

Avec des clients internationaux exigeants et 557 employés dans trois sites en France - en Loire-Atlantique, dans les Bouches-du-Rhône et dans les Hauts-de-Seine, la priorité d’Atmel est, et doit être, de se concentrer sur l’innovation et la création de produits supérieurs. Atmel entend protéger sa réputation, celle de ses employés, et son investissement actuel en France. Malgré les actions regrettables de LFoundry à son encontre, Atmel espère maintenir une activité en France forte et viable.

Propos recueillis par Ridha Loukil

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