Au Parlement européen, les eurodéputés réclament une stratégie européenne pour le jeu vidéo

Les eurodéputés, réunis en plénière à Strasbourg, ont voté le 18 janvier un rapport d’initiative dans lequel ils réclament une "stratégie européenne en matière de jeux vidéo", qui protège le consommateur et stimule l'innovation. La balle est maintenant dans le camp de la Commission européenne.

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Au Parlement européen, les eurodéputés réclament une stratégie européenne pour le jeu vidéo

Un Européen sur deux joue aux jeux vidéo. Mais selon les eurodéputés, les joueurs devraient être mieux armés contre différents types d’abus. Dans un rapport d’initiative adopté par 577 voix pour, 56 contre et 15 abstentions en session plénière le mercredi 18 janvier, ils réclament donc à la Commission européenne (l’institution qui propose les législations applicables à l’ensemble du Vieux continent) de mettre sur pied une "stratégie en matière de jeux vidéo". Et les eurodéputés ont une idée très précise de ce que ce texte devrait contenir.

Mieux protéger les joueurs

Leur priorité consiste à mieux protéger les joueurs - qu’il s’agisse de leur santé mentale comme de leur porte-monnaie. Les élus européens pensent en effet que s’ils peuvent avoir des "effets positifs", les jeux vidéo, si on en abuse, risquent d'"avoir une incidence négative sur les relations sociales, le travail, les taux de décrochage scolaire, la santé physique et mentale et les résultats scolaires". Le Parlement européen souligne en outre que "la dépendance envers les jeux vidéo est un problème pour certains joueurs".

Les eurodéputés se sont aussi saisis de la problématique des "loot boxes", ces "coffres à butin" ou "coffres-surprises" qui, dans bon nombre de jeux, permettent d’accéder à un niveau supérieur, de pouvoir habiller son avatar avec un costume rare (et ainsi se démarquer des autres joueurs) ou de gagner des accessoires qui permettent d’évoluer plus aisément dans l’univers du jeu. Or ces "coffres à butin" ne sont pas gratuits : il faut les acheter, et selon le Parlement, cela n’est "pas sans conséquences pour les consommateurs".

L’option d’interdire les "loot boxes" est sur la table

Les députés insistent sur le fait que "le mécanisme de vente de ces coffres-surprises est en général conçu en s’appuyant sur une formule connue sous le nom de 'piège à utilisateurs', susceptible d’avoir des conséquences psychologiques et financières négatives en déclenchant des achats involontaires ou compulsifs, en particulier chez les mineurs et les jeunes enfants", et vont jusqu'à évoquer l’option d’une "interdiction" pure et simple de ces "loot boxes" à l’échelon européen. La Slovaquie et les Pays-Bas ont déjà commencé à légiférer en la matière.

"Les institutions veulent éviter la fragmentation du marché européen. Elles auraient aussi tout intérêt à nouer un dialogue avec les développeurs de jeux vidéo et avec les plateformes qui les distribuent et à appeler à l’autorégulation, afin que les jeux rendus disponibles soient éthiques et responsables. C’est dans leur intérêt de concevoir des jeux auxquels les Européens ont plaisir à jouer et qui n’ont pas d’effets négatifs sur eux !", lance Annette Cerulli-Harms, spécialiste des jeux vidéo installée à Berlin, qui travaille pour ConPolicy, un cabinet de conseil qui planche sur les politiques qui touchent aux consommateurs.

"Les entreprises et les plateformes de jeux doivent aussi en faire davantage pour s'assurer que les enfants ne puissent pas effectuer d'achats dans les jeux sans le consentement de leurs parents", explique l’eurodéputé français Geoffroy Didier (Les Républicains).

Bientôt un prix européen du jeu vidéo en ligne ?

En outre, toujours selon ce rapport du Parlement européen, les données des joueurs devraient être mieux protégées, les femmes mieux représentées dans les jeux (le secteur devrait "éviter l’objectivation des femmes et d’éviter de créer, de répéter ou d’exacerber les stéréotypes sexistes", maintiennent les députés), et l'annulation des abonnements aux jeux devrait être aussi facile que leur souscription.

Le Parlement européen réclame donc à la Commission européenne de prendre à bras le corps toutes ces thématiques afin de mieux épauler les joueurs, mais aussi de donner un coup de fouet à l’innovation dans le secteur. Le Parlement lance l’idée de créer "un prix européen annuel du jeu vidéo en ligne", et plus généralement, il appelle de ses vœux une "stratégie européenne du jeu vidéo qui aiderait ce secteur créatif et culturel à exprimer tout son potentiel".

Reste à voir si les eurodéputés seront entendus par la Commission européenne et notamment par sa présidente, Ursula von der Leyen, qui vit dans un appartement au sein même de l’institution. L’histoire ne dit pas si elle dispose d’une console dans son salon pour occuper un éventuel temps mort entre deux réunions.

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