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Aujourd’hui le paiement mobile. Demain, la fin du cash ?

Tribune Comment paierons-nous demain ? Allons-nous inexorablement vers un monde sans chèque, sans carte bleue, sans liquide ? Les modes de paiement sont inévitablement destinés à être chaque jour un peu plus "centrés sur le mobile". Si le chemin vers des règlements 100% mobiles, voire 100% dématérialisés, est encore long, cela n'est plus de la science-fiction. Etat des lieux par Alban Nogues, Vice-Président innovation & technologies et expert des services financiers chez CGI.

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Aujourd’hui le paiement mobile. Demain, la fin du cash ?
Aujourd’hui le paiement mobile. Demain, la fin du cash ? © Capture d'écran Apple

Oubliez le code pin, le sans contact plébiscité

L’évolution du paiement sans numéraire en France n’est pas sans faire penser à un glissement de terrain : lent, mais inéluctable, et s’accélérant. Un glissement qui s’opère de la carte bancaire, dont l’Hexagone est le champion mondial en termes d’utilisation, vers le nouveau centre névralgique de notre vie quotidienne : le smartphone. Certes, la carte bleue demeure encore, et de loin, le moyen de paiement le plus utilisé : 97% des Français y ont eu recours au cours des douze derniers mois(1). D’autant plus que le paiement sans contact se développe : près de deux Français sur trois l’ont utilisé l’an passé.

L’augmentation du plafond de paiement de 20 à 30 euros dope son utilisation : ne plus avoir besoin de saisir son code est un gain de temps réel, pour le client comme pour le commerçant. Entre 2012 et 2017, l’usage du sans contact en France a été multiplié par 1000, passant de 1,17 million à 1,23 milliard de transactions, d'après le groupement d'intérêt économique des cartes bancaires. Le montant des échanges a lui aussi explosé, passant de 12 millions à 12,4 milliards d'euros. Pour 2018, le réseau CB devrait ainsi comptabiliser plus de 2 milliards de transactions sans contact dans l'Hexagone, soit une hausse de plus de 70% comparé à 2017(2)


Quand le smartphone remplace la monnaie

Qui a encore de la monnaie sur soi ? Les smartphones compatibles NFC (technologie de communication sans-fil permettant l'échange d'informations entre des périphériques compatibles) se multiplient, accélérant l'implantation des solutions de paiement portées par les géants du smartphone tels qu’Apple et Samsung, mais aussi Google ou Orange, avec Orange Cash. Avec elles, le smartphone a déjà entamé sa mue pour se métamorphoser en moyen de paiement universel. Avec pour sécuriser les paiements un scan 3D du visage ou l’empreinte digitale reconnue par le capteur du smartphone. En mode nomade, les concept stores les plus modernes ont déjà supprimé le passage en caisse, à l’instar d’Apple dans ses Stores. Les vendeurs sur les marchés et autres brocantes se contentent eux aussi d'une app sur smartphone et d'un mini terminal, bien moins onéreux à l’achat que la location d’un TPE, tels izettle ou Sumup. Reprenant le meilleur des deux mondes, Lyf Pay, créé début 2017, propose quant à elle à ses utilisateurs, quels que soient leur banque et leur téléphone, de payer via son app chez des milliers de commerçants partenaires (dont Auchan, Casino, Marionnaud ou Carrefour), en y associant services, offres commerciales et cartes de fidélité.

Du coup, sans surprise, le smartphone est perçu par tout un chacun comme le moyen de paiement de l’avenir. Déjà, 43% des 18/24 ans aimeraient utiliser leur téléphone mobile pour régler leurs achats (contre 28% des Français). Il faut dire que, si l’on en croit les analyses de l’institut Gfk pour Cofidis, la génération Z, celle des 18-24 ans, est tout particulièrement réceptive aux paiements dématérialisés. Un jeune sur 5 âgé de 18 à 24 ans a payé avec son mobile, en sans contact, au cours des derniers mois, soit presque deux fois plus que la moyenne des Français (10%) (1)

Dernier-né, l’"instant payment" repousse encore plus les limites du paiement par mobile mais pas uniquement. Pas besoin de connaître le numéro de compte bancaire ou l'Iban d'un ami, d'un parent ou d'un commerçant pour lui virer une somme sans délai. Son numéro de téléphone mobile suffit pour effectuer un virement immédiat, en temps réel (par exemple la solution MB Way du consortium SIBS au Portugal). Depuis le site de sa banque ou son application mobile en mode instantané, le compte est crédité en moins de 10 secondes et la confirmation du paiement envoyée par SMS sous 20 secondes. En cours de déploiement depuis novembre 2018 au sein de 34 pays de la zone SEPA (Union européenne, Suisse, Norvège, Islande, Monaco, Saint-Marin et Liechtenstein), ce service plafonné à 15 000 euros est utilisable 24h/24, 365 jours par an. A quoi bon du cash, des chèques, des virements, quand on pourra demain, d’un clic de souris ou du bout des doigts, envoyer et recevoir instantanément un virement ?


L’arrêt de mort du cash est-il signé ?

Les innovations numériques vont-elles avoir raison, en Europe comme dans l’Hexagone, des bons vieux billets de banque ? Si la Suède fait depuis plusieurs années figure de pionnière avec un tiers de sa population qui considère ne plus avoir besoin d’argent liquide, ses nombreux commerces qui n’acceptent plus les paiements en espèce et sa monnaie fiduciaire en circulation qui représente seulement 1% du PIB, contre 8 à 10% dans les autres pays de l'Union européenne, la France aussi semble prendre de plus en plus le virage du zéro cash.

Depuis 2018, au-delà de mille euros d'impôts dus, il faut désormais payer via un mode de règlement dématérialisé. Les services de paiement en ligne (PayPal, Paylib…) renforcent également leur position en étant désormais utilisés par une courte majorité de Français. Quant aux monnaies virtuelles, à commencer par le bitcoin, 2019 devrait voir leur décollage en France auprès du grand public. Via KeplerK, les Français vont en effet bientôt pouvoir cette année acheter 50, 100 ou 250 euros de bitcoin dans plus de 4000 bureaux de tabac, puis s’en servir à leur guise pour régler leurs achats ou les transférer. Mais attention tout de même à la nature toujours spéculative de ces nouvelles crypto devises.


Un rapport remis à l'État en juillet dernier préconise la suppression progressive de la circulation de l’argent liquide en France. C’est bien là tout l’enjeu. Enfin, l’économie européenne n’a déjà-t-elle pas entamé ce virage quand le fiduciaire euro ne représente que 10% du volume total d’euros en circulation, avec donc près de 90% d’euro scriptural (masse M1 passant de 20% en 1990 à 10% en 2017(3)) ?

Payer en magasin via son empreinte digitale, régler son addition avec un téléphone mobile, effectuer un virement 24h/24 et 7j/7 en quelques secondes : pour à la fois suivre et générer ces changements, c’est toute l’industrie du paiement qui est en pleine révolution.
Elle doit réinventer ses méthodes tout en bouleversant les usages des consommateurs sans oublier la sécurisation de leurs données et les enjeux économiques. Mais entre nouveaux coûts et nouveaux processus, le nouveau business model reste encore largement à inventer…de même que le paradigme que seul le client paie, puisqu’à présent les objets pourront payer également (comme les tests fait autour de véhicules connectés qui réalisent la transaction de règlement d’essence ou d’électricité en toute autonomie)


(1) Enquête exclusive Gfk pour Cofidis « Les moyens de paiement selon les générations : état des lieux et prospective » (02/18)
(2) Groupement des cartes bancaires CB (11/17)
(3) Source Banque de France et BCE


Par Alban Nogues, Vice-Président innovation & technologies et expert des services financiers chez CGI.


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