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Amazon épinglé (encore une fois) sur ses conditions de travail dangereuses

Vu ailleurs La livraison express, marque de fabrique d'Amazon, n'est pas sans conséquence sur les accidents du travail. Selon une enquête menée par Reveals News et The Atlantic, 9,6 accidents "sérieux" pour 100 employés ont été signalés en 2018 aux Etats-Unis, un chiffre beaucoup plus élevé que la moyenne. C'est loin d'être la première fois que le géant de l'e-commerce se fait taper sur les doigts.
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Amazon épinglé (encore une fois) sur ses conditions de travail dangereuses
Amazon épinglé (encore une fois) sur ses conditions de travail dangereuses © Amazon

Après avoir été accusé de détruire des emplois en France par Mounir Mahjoubi, Amazon est de nouveau au centre d'une controverse. Le site Reveals News du Center for Investigative Reporting, en collaboration avec The Atlantic, a publié une enquête sur le taux de blessures des employés travaillant dans les entrepôts américains du géant de l'e-commerce.

 

Les accidents du travail comptabilisés en 2018 seraient deux fois plus nombreux par rapport à ses concurrents. Reveals News accuse les cadences infernales d'être responsables de ce chiffre élevé. En effet, Amazon est connu pour ses livraisons express qui exigent des travailleurs une productivité très forte. Suite à ces révélations, plus d'une centaine de membres du personnel ont manifesté devant l'entrepôt new-yorkais pour exiger une hausse des salariés et des conditions de travail plus humaines.

 

Un chiffre qui dépend des entrepôts

Plus précisément, l'enquête journalistique révèle que 9,6 accidents "sérieux" pour 100 employés ont été signalés en 2018 alors que la moyenne aux Etats-Unis était de quatre pour 100 salariés dans le secteur de l'entreposage. Une blessure est "sérieuse" si elle oblige une personne à suspendre impérativement son activité professionnelle.

 

Ces chiffres sont plus importants dans certains entrepôts. Celui de l'Oregon comptabilise 26 accidents sur 100 travailleurs, soit plus de six fois la moyenne. Dans celui du Kent (Washington), 292 blessés ont été enregistrés en 2018 alors qu'un porte-parole de l'entreprise se félicitait d'avoir expédié un million de colis en un jour. Le nombre de travailleurs blessés augmenterait également lorsqu'Amazon proposerait des offres spéciales au Cyber Monday et au Black Friday.

 

Reveals News accuse également les robots d'être un facteur aggravant de cette situation. Après le lancement des robots à Tracy (Californie), en cinq ans, le taux de blessures graves a presque quadruplé, passant de 2,9 pour 100 travailleurs en 2015 à 11,3 en 2018. Cette augmentation est due en partie à la cadence des robots, impossible à suivre par un humain. 

 

DE NOUVELLES RÉVÉLATIONS SUR LA MORT D'UN TRAVAILLEUR

Amazon a répondu à ces accusations. Il a expliqué que les chiffres étaient plus élevés que la moyenne car il comptabilisait méticuleusement les accidents du travail pour les transmettre à l'Agence fédérale sur la sécurité et la santé au travail (OSHA), ce qui n'était pas le cas de ses concurrents. Mais attention, cet organe fédéral n'exige des entreprises qu'elles n'enregistrent les accidents du travail dans les registres officiels uniquement lorsqu'ils entraînent des jours d'absence ou des soins médicaux allant au-delà des premiers secours. Par ailleurs, le nombre de blessures augmenterait pendant le Cyber Monday et le Black Friday car la société emploie plus de travailleurs pour faire face à cet accroissement de la demande.

 

L'enquête fait également la lumière sur la mort d'un préposé à l'entretien, écrasé par une machine à compresser les plastiques qu'il tentait de désobstruer, en novembre 2016, dans un entrepôt d'Indiana. Après plusieurs mois d'enquête, Amazon est condamné au paiement d'une amende de 28 000 dollars car il n'aurait pas dispensé une formation suffisante. Mais le rapport final publié en septembre 2018 annule la peine. Reveals News affirme, dans son enquête, que l'Etat américain aurait considérablement minimisé la responsabilité d'Amazon dans le but d'attirer son deuxième siège social.

 

Les accusations se multiplient 

Amazon fait depuis longtemps l'objet d'enquêtes sur ses conditions de travail extrêmes voire mortelles. Nos confrères de Business Insider avaient publié une enquête en février 2019. Ils ont ainsi récolté une trentaine de témoignages d'employés à différents postes aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans d'autres pays d'Europe. Le constat est encore une fois accablant. La plupart concerne des semaines de 60 heures où les accidents se multiplient. Le code du travail américaine permet d'allonger les heures travaillées à condition de rétribuer les employés à hauteur de 50 % de plus que leur paie habituelle. On apprend également que les employés les plus performants reçoivent une monnaie interne, baptisée "swag bug", qui ne peut être dépensée que sur Amazon.

 

Et les conditions de travail ne risquent pas de s'améliorer. Amazon veut réduire par deux les délais de livraison pour répondre en partie aux ripostes des géants comme Walmart et Target qui ont investi sur leurs services en ligne et le retrait en magasin. Cette nouvelle stratégie qui pèse lourd dans les finances de la firme est en partie responsable des résultats financiers décevants publiés fin octobre 2019. Pour la première fois en deux ans, son bénéfice a diminué par rapport à l'année précédente.

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