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Avec Crim3.0, Perspective(s) modélise en 3D les scènes de crimes pour la justice

Levée de fonds Spécialiste des technologies interactives 3D à Aix-en-Provence, Perspective(s) coopère avec le Laboratoire d’Analyses Criminalistiques (LAC) de Marseille pour intégrer l’intérêt de reconstitutions numériques dans le travail de la magistrature.
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Avec Crim3.0, Perspective(s) modélise en 3D les scènes de crimes pour la justice
Avec Crim3.0, Perspective(s) modélise en 3D les scènes de crimes pour la justice © Perspective(s)

Perspective(s) a officialisé le 6 novembre une levée de fonds de 1,9 million d’euros pour accélérer la diffusion de ses technologies de réalité virtuelle, réalité augmentée, web 3D ou maquette numérique, dans les secteurs de l’Industrie 4.0, de la construction, du commerce virtuel ou de la muséographie. Mobilisée, entre autres, sur la reconstitution 3D de la grotte préhistorique Cosquer à Marseille, la PME aixoise de 14 salariés a également investi un marché de niche : la modélisation 3D de scènes de crimes.

Une mission qu’elle assure aux côtés du Laboratoire d’Analyses Criminalistiques de Marseille, spécialisé dans la morphoanalyse des traces de sang qui détermine les événements (chronologie, localisation des acteurs…) à l’origine des traces étudiées et la synthèse criminalistique (ADN, empreintes digitales, balistique, traces de sang…). La solution s’intitule "Crim3.0".

Déjà une quarantaine de reconstitutions à son actif
"En un an et demi, nous avons réalisé une quarantaine de reconstitutions 3D, principalement sur des homicides mais pas seulement, confie Romain Senatore, président et cofondateur de la société avec Stéphane Kyles. Nous intervenons à la demande du laboratoire, si lui-même a été sollicité par le juge ou le procureur. Notre modélisation permet de visualiser à 360° l’intégralité du lieu, en y insérant l’ensemble des éléments du dossier d’enquête. Tous les angles de vues sont possibles : on peut voir la scène depuis les yeux de la victime, de l’agresseur ou d’un témoin…"

Il précise également que "la combinaison programmation 3D/design 3D est une aide à la lecture précieuse pour la magistrature car elle peut apporter beaucoup d’informations complémentaires aux textes. Au-delà des compétences techniques, il faut une réelle maturité pour appréhender des faits parfois très loin du quotidien de Monsieur Tout le monde." Par ailleurs la confidentialité et la sécurisation des données sont extrêmement importantes.

Pour le Laboratoire, dirigé par Philippe Esperança, expert criminalistique agréé par la Cour de Cassation, la technique peut figer les lieux tels qu’ils ont été découverts, par exemple lorsqu’il n’a pas été possible aux juges de les conserver sous scellés, et offrir "à tout moment une vision la plus proche de la réalité de la scène". Il souligne que des clichés photographiques "sont souvent trompeurs car ils représentent en deux dimensions une réalité en trois dimensions".

Donner vie sans interpréter
Perspective(s) peut traiter des centaines de pages de documents (procès-verbaux, scellés…). Elle s’appuie aussi sur les clichés pris par la police scientifique et les experts. Son moteur 3D, NX Graphics, constitue le cœur technologique unique de son savoir-faire, sur lequel elle déploie ensuite ses solutions sur-mesure avec ses équipes de développement et graphiques. L’échange est constant entre le LAC et la société pour préparer la modélisation, les éléments à intégrer (météo, lieu, acteurs…), les indices et actions de police relatives aux constatations effectuées et enfin les conclusions de l’expert du laboratoire.

"Notre travail est de donner vie à toutes ces informations sans jamais interpréter quoi que ce soit, poursuit Romain Senatore. Nous avons travaillé sur une reconstitution en réalité virtuelle où le lieu avait été complètement détruit. Lors de la procédure de reconstitution des faits par la justice, les prévenus, équipés d’un casque, y ont été immergés pour exposer leur version de l’affaire. On peut imaginer aussi que la réalité virtuelle évite de se déplacer sur un site risqué, par exemple une cité exposée à des trafics… Elle permet en outre de réduire les coûts par rapport à une reconstitution physique."

En fonction des éléments soumis, l’équipe de Perspective(s) peut effectuer la modélisation en une quinzaine de jours. "Le laboratoire étant rapide et efficient, nous pouvons agir dès qu’il nous transmet ses données et constatations."

Normaliser pour prévenir les dérives
La société œuvre à l’élaboration d’une norme Iso sur ce type de production. "L’idée, explique Romain Senatore, consiste plus à définir précisément une méthode qu’à limiter la concurrence. Il faut éviter les dérives et la course technologique sans queue ni tête. La technologie doit être cadrée pour être efficiente." Perspective(s) est intervenue également sur la formation professionnelle de magistrats de la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence, lors d’une session dédiée à ces technologies, en novembre 2019 à Marseille. Ces derniers ont pu se déplacer et s’immerger en réalité virtuelle dans des scènes de crime modélisées.

"Au début, le scepticisme était de mise. Mais les démonstrations ont révélé une appétence pour ces solutions. Nous poursuivrons ces formations pour échanger sur les besoins de la justice et mesurer aussi nos limites. Nous sommes convaincus que nos solutions peuvent nous ouvrir des portes aux Etats-Unis. Là-bas où la justice est payante, les cabinets d’avocats voient d’un très bon œil notre savoir-faire qui peut apporter un réel plus en termes d’investigations, de constatations et bien entendu de business."

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