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Avec "Fonds perdus", Thomas Pynchon explore l’enfer du numérique

L’auteur culte américain Thomas Pynchon s’attelle dans son nouveau roman à décrire l’univers caché du numérique après l’explosion de la bulle internet. Espions crapuleux, geeks déjantés, start-up véreuses… L’auteur nos entraîne dans les méandres infernales du web profond…
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Avec Fonds perdus, Thomas Pynchon explore l’enfer du numérique
Avec "Fonds perdus", Thomas Pynchon explore l’enfer du numérique © DR

Qui l’aurait cru ? L’un des plus grands romans sur l’univers du numérique aura été écrit par un homme de 77 ans. Thomas Pynchon, dans ses habits d’auteur culte et vénéré par toute une génération de lecteurs depuis "L’arc-en-ciel de la gravité", réussi encore à étonner. Lui qu’on imagine vivre reclus chez lui, hors du monde - fantasme entretenu par la rareté des clichés témoignant de son existence et un rapport aux médias qui ferait passer Cormac McCarthy pour un jet-setter survolté - décrit l’envers de l’internet avec un réalisme effroyable.

D’abord il y a le style. Un flux continu de phrases compressées, chargées de références culturelles. Les dialogues sont menés tambour battant, asséchés des verbes inutiles (pas de "dit untel" ou de "répond untel") à tel point que l’on ne sait pas toujours qui parle. Les mots fusent, les trouvailles lexicales se bousculent (la "meufia", le "neztective"…), l’humour est partout. Le lecteur est comme balloté. Il suit l’intrigue comme il peut, s’accroche tant bien que mal aux noms des très nombreux personnages qui peuplent ce maelström d’une modernité époustouflante.

Culture geek

Et bien sûr, il y a l’histoire, qui se laisse peu à peu découvrir dans la nébulosité pynchonienne. Début 2000, peu après l’éclatement de la bulle internet. Maxine Tarnow, inspectrice des fraudes sur le carreau, met le grappin sur une mystérieuse start-up dont les flux de capitaux vers le Moyen-Orient intriguent d’autant plus que l’entreprise est la seule du secteur du Net à se porter comme un charme. Commence une enquête tortueuse dans la "Silicon Alley", équivalent new-yorkais de la Silicon Valley de la côte ouest.

On suit dès lors l’enquête de cette mère de famille, confrontée à une galerie de personnages aux intérêts pas toujours très clairs. Elle plonge dans le web profond, cette zone mal famée de l’internet, fréquente des geeks déviants, rencontre un tueur mystérieux. Peu à peu, l’auteur tisse des liens entre l’éclatement de la bulle internet et les attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001. Le livre prend des allures de thriller, pimenté par les aventures sexuelles de son héroïne, des dialogues savoureux, des clins d’œil omniprésents à l’univers des geeks.

En acceptant de ne pas tout comprendre, le lecteur voit progressivement se dessiner la face noire du web. Les amateurs de technologies numériques trouveront leur comptant de références. Cette grande fresque moderne complotiste ravira aussi les esprits tortueux, qui cherchent dans chaque phrase une signification cachée. Quant aux amoureux de l’écriture, ils découvriront dans ce langage inventif et technoïde une certaine forme de poésie.

Olivier James

Fonds perdus, par Thomas Pynchon. Seuil, 444 pages, 24€.

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